LA PLAINTE DU RUSSE
Un prisonnier qui de la Sibérie S'était enfui miraculeusement,
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M'a dit les maux dont souffrait ma patrie;
Je les médite en mon isolement :
Pauvres mougiks! on escompte nos âmes !
Troupeau de serfs à la glèbe attaché !
On nous vend nous, nos enfants et nos femmes,
Comme un bétail que Ton mène au marche.
Mais il ajoutait que la terre Verrait bientôt ces maux finir, Et que, cette fois, la lumière Du soleil couchant doit venir.
De la Russie il m'a peint la légende , Orgie infâme où le sang coule à flols! On est grand czar, on est czarine grande Quand on ourdit de funèbres complots.
Pierre le Grand tient lui-même la hache Et Catherine a tué son mari ; Sur le velours le sang laisse une tache : La peur fera changer le favori.
Mais il ajoutait que la terifî Verrait bientôt ces maux unir, Et que, cette fois, la lumière Du soleil couchant doit venir.
Et ce sont là nos pontifes suprêmes , Ceux devant qui nous sommes à genoux , Bénis par eux ou chargés d'anathèmes , C'est la rosée ou la foudre pour nous!
Ah! plaise à Dieu que l'univers échappe Au double joug dont ils pressent nos fronts , A cette tiare , à cette double chappe Dont les plis neufs cachent des éperons !
Mais il ajoutait que la terre Verrait bientôt ces maux finir, Et que, cette fois, la lumière Du soleil couchant doit venir.
De temps en temps le tambour nous déplace ; Le knout en l'air, un soldat nous instruit ; Et, qu'on nous fouette ou qu'on nous tue en masse, La discipline en nos cœurs fait la nuit. L'aigle noir double, en ses quadruples serres Tenant le sceptre avec la pomme d'or, Nous crie : « Il faut des peuples tributaires « Pour apporter des roubles au trésor ! »
Mais il ajoutait que la terre Verrait bientôt ces maux finir.
Et que, cette fois, la lumière Du soleil couchant doit venir.
Ce prisonnier dont la barbe était blanche , Dont chaque ride accusait un chagrin , Dont l'œil avait une expression franche, Et dont le front semblait être d'airain , Me dit , un jour d'intime confidence , Tout bas, un mot des Russes ignoré ,
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Qui de ma nuit a rompu le sileoce Depuis qu'il a dans mon esprit Tibre.
Mais il ajoutait que la terre Verrait bientôt ces maux Unir»
Et que cette fois la lumière Du soleil couchant doit venir.
0 liberté! nom que mon peuple ignore, Que le vieillard a prononcé tout bas , Tu m'apparais comme la belle aurore Qui mettra fin à nos sanglants combats. Brisons le knout! rails, sillonnez le momie î Peuples lointains, la Russie a du blé : Apportez-lui la science féconde Et l'art divin qui chez nous est TOilé.
Mais il ajoutait que la terre Verrait bientôt ces maux finir, Et que cette fois la lumière Du soleil couchant doit venir.