LE IIEPOS DU SOIR
Quand le soleil se couche horizontal , De longs rayons noyant la plaine immense, Comme un blé mûr le ciql occidental De pourpre vive et d'or pur se nuance ; L'ombre est plus grande et la clarté s'éteint Sur le versant des pentes opposées; Enfin le ciel par degré se déteint , Le jour s'efface en des brumes rosées.
Reposons-nous !
Le repos est si doux :
Que la peine sommeille Jusqu'à l'aube vermeille !
Dans le sillon , la charrue au repos Attend l'aurore et la terre mouillée^ Bergers , comptez et parquez les troupeaux , L'oiseau s'endort dans l'épaisse feuillée. Gaules en main , bergères aux doux yeux , A l'eau des gués mènent leurs bétes boire ; Les laboureurs vont délier les bœufs, Et les chevaux soufflent dans la mangeoire.
Reposons-nous!
Le repos est si doux :
Que la peine sommeille Jusqu'à l'aube vermeille !
Tous les fuseaux s'arrêtent dans les doigts : La lampe brille , une blanche fumée Dans l'air du soir monte de tous les toits; C'est du repas l'annonce accoutumée :
Les ouvriers, si las, quand vient la nuit, Peuvent partir, enfin la cloche sonne; Ils vont gagner leur modeste réduit, Où sur le feu la marmite bouillonne.
Reposons-nous !
Le repos est si doux :
Que la peine sommeille Jusqu'à l'aube vermeille!
La ménagère et les enfants sont là,
Du chef de l'àtre attendant la présence,
Dès qu'il paraît, un grand cri : « Le voilà ! >»
S'élève au ciel, conmie en réjouissance;
De bons baisers , la soupe , un doigt de vin .
Rendent la joie à sa figure blême;
11 peut dormir, ses enfants ont du pain ,
Et n'a-t-il pas une femme qui l'aime !
Reposons-nous!
Le repos est si doux :
Que la peine sonmieille Jusqu'à l'aube vermeille !
DE l'IKKKK l)l'PO!«T. 377
Tous les foyers s'éteignent lentement, Dans le lointain une usine qui fume Pousse de terre un sourd mugissement, Les lourds marteaux expirent sur l'enclume : Ah! détournons nos âmes du vain bruit Et nos regards du faux éclat des villes ; Endormons-nous sous l'aile de la nuit, Qui mène en rond ses étoiles tranquilles!
Reposons-nous !
Le repos est si doux :
ftue la peine sommeille Jusqu'à l'aube vermeille !