LES TROIS GRACES
Un jour, dans ma jeune saison , J'allais des vallons aux collines.
Cherchant le bout de l'horizon.
J'entrevis trois formes divines Sous un bois demi-ténébreux :
C'étaient de vivantes statues, Elles dansaient demi-vêtues ; Des trois sœurs je fus amoureux.
Oh ! vous les avez rencontrées Égayant nos âpres chemins, Jetant les fleurs à pleines mains, Mes trois célestes adorées.
Une avait les cheveux châtains.
Une était brune et l'autre blonde M'agaçant de leurs pieds mutins , Les trois sœurs menaient une ronde; Leurs pieds s'entre-choquaient entre eux Pour mieux mesurer la cadence.
Mon cœur allait avec la danse De leurs trois rhythmes amoureux.
Oh ! vous les avez rencontrées Égayant nos âpres chemins , Jetant les fleurs à pleines mains, Mes trois célestes adorées.
Dans leurs cheveux brillaient trois fleurs, Trois fleurs que l'on aime isolées, Mais dont les célestes couleurs Contrastent mieux étant mêlées ; Le lis, astre tombé des cieux, Les roses et les violettes , Rayon des divines palettes ; Des trois fleurs j'étais amoureux.
Oh! vous les avez rencontrées Égayant nos âpres cheraini,
DK Pir.HRF. DUPONT.
Jetant les fleurs à pleines mains , Mes trois célestes adorées.
Leurs trois chants formaient un accord, Et se heurtant sans choc bizarre, Se mariaient comme le cor Avec la flûte et la guitare.
Leurs voix , ensemble harmonieux , Étaient comme elles nuancées , Comme leurs mains entrelacées; Des trois voix j'étais amoureux.
Oh! vous les avez rencontrées Égayant nos âpres chemins , Jetant les fleurs à pleines mains , Mes trois célestes adorées.
Ces trois sœurs, qui dansaient en rond, Me voyant , rompirent leur chaîne Et vinrent me baiser au front :
Je sens encor leur douce haleine, Le doux parfum de leurs cheveux.
Grâces, qu'êtes-vous devenues?
Toutes trois fuyant vers les nues Ont délaissé leur amoureux.
Oh! vous les avez rencontrées Égayant nos âpres chemins, Jetant les fleurs à pleines mains , Me« trois célestes adorées.
52 CHAIVTS ET POÉSinS
LA BKUNE.
Que je vous parle d'une brune.
Dont les yeux luisent doucement
Comme le croissant de la lune
Reflété dans un lac dormant ;
De qui la taille est svelte et flne
Comme la tige des palmiers ,
De qui la bouche est purpurine
Comme la pourpre des rosiers.
De qui la parole divine
Eût courbé des rois à ses pieds. (bis)
Inclinez-vous quand elle passe.
Arbres et fruits , pliez roseaux , Murmurez flots et chœurs d'oiseaux.
La nature a ûlé sa grâce Du plus beau fil de ses fuseaux.
Vous caracoleriez près d'elle Sur des chevaux d'un sang royal ; Vous pourchasseriez la rebelle Comme un gibier seigneurial, Qui pour sa jambe de Diane, Qui pour ses lèvres de rubis ,
DE IMEUllE DUl'ONT. 53
Pour sa souplesse de liane ,
Pour ses yeux noirs , vrai paradis.
Elle esquiverait , diaphane,
Les Nemrods et les Amadis. (6m)
Inclinez-vous quand elle passe , Arbres et fleurs , pliez roseaux , Murmurez flots et chœurs d'oiseaux.
La nature a filé sa grâce Du plus beau ûl de ses fuseaux.
Hêvez les pierres précieuses,
Les grands troupeaux , les fleuves d'or,
Les étoffes les plus soyeuses ,
Dont une seule est un trésor.
Imaginez une arche pleine
De tout ce qui reluit à l'œil ,
Un palais dont un pied de reine
N'oserait pas franchir le seuil.
Ses yeux y toucheraient à peine,
Elle a mis plus haut son orgueil, (bis)
Inclinez-vous quand elle passe , Arbres et fleurs , pliez roseaux , Murmurez flots et chœurs d'oiseaux.
La nature a filé sa grâce Du plus beau fil de ses fuseaux.
Moins haut l'aigle a bâti son aire , Moins haut les flèches ont volé ,
5â GBAKTâ ET P0É81BS
De moins haut s'abat le tonnerre,
Jusqu'où va son orgueil ailé.
11 va cherchant le cœur d'un sage,
Fût-il empereur ou berger;
Reine au grand cœur, de plage en plage
Il faut errer et voyager.
La terre est un lieu de passage
Où le sage est un étranger. (bis)
Inclinez-vous quand elle passe , Arbres et fleurs, pliez roseaux Murmurez flots et chœurs d'oiseaux.
La nature a filé sa grâce.
Du plus beau fil de ses fuseaux.