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LES INONDATIONS

Lyon, join 1856.

Nous étions vainqueurs en Crimée, Et nous fêtions avec transport

DE PIERRE DUPOiVT. 473

Les débris de la grande armée Qui touchait déjà notre port.

Après la guerre et la disette, L'espoir verdoyait dans nos champs, Et l'année étalait, coquette, Les charmes trompeurs du printemps.

Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux ; Ton bras nous tient suspendus sur l'abîme : Pitié pour cette race inûme, Grâce pour tant de malheureux !

L'épi faisait courber la paille ; La vigne est belle, cette fois, Et le vigneron qui la taille Ose à peine éclaircir son bois.

Le sol délaissé , la chaumière , Ont vu leurs hôtes revenir.

Leurs sueurs manquaient à la terre Que leur sang ne doit plus rougir.

Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux ; Ton bras nous tient suspendus sur l'abîme: Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux !

On espérait... Le vent d'Afrique Se heurte avec le vent du Nord,

474 CHALITS ET POÉSIES

A cette secousse électrique Toute l'atmosphère se tord.

Les neiges fondent , les nuages Ont l'air d'un flux et d'un reflux Qui veut engloutir ses rivages.

Les laboureurs n'espèrent plus.

Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux ; Ton bras nous tient suspendus sur l'abîme ; Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux I

Des monts neigeux rompant les chaînes, Les torrents comme des vautours S'abattent sur les vastes plaines.

Les yeux sont tournés vers les tours.

Dans la nuit, les maisons s'affaissent.

Demain éclairera l'horreur Et les traces de mort que laissent Les grandes eaux dans leur fureur.

Dieu! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux ; Ton bras nous tient suspendus sur l'abîme r Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux !

Le Rhône, la Saône, la Loire, Vingt autres fleuves débordés

Ont envahi le territoire.

Portez secours aux inondés !

Des spectres flottent sur l'eau brune....

Écoutez d'où partent les crisi

La Pitié, d'un rayon de lune.

Éclaire ces pâles débris.

Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux !

Ton bras nous tient suspendus sur l'abîme ; Pitié pour cette race infime.

Grâce pour tant de malheureux !

L'arc-en-ciel paraît dans les nues.

Chacun s'émeut à ces douleurs; Les nations sont accourues :

C'est un débordement des cœurs- Que de mains on a vu se tendre Vers tous ces réchappes des eaux.

Dieu , quand nous voulons nous entendre, Retient dans sa main les fléaux.

Dieu ! ta colère nous décime Par des fléaux ténébreux ; Ta main nous tient suspendus sur l'abîme : Pitié pour cette race infime, Grâce pour tant de malheureux I

476 CHAWTS ET POÉSIES

TOUT BEAUl

Tout beau !

Ma mignonne, Dis-nous du nouveau ; Si la ville est bonne , Si le temps est beau ; N'attaquons personne , Ma chanson , tout beau !

J'arrive de Chine Où tout va très-bien , Hormis la cuisine ; J*ai mangé du chien , Des nids d'hirondelle!

Un Russe en rirait.

Lui qui mangerait Nos bouts de chandelle.

Tout beau !

Ma mignonne.

Dis-nous du nouveau j Si la ville est bonne ,

DE PIERUE DUPO^iT. 477

Si le temps est beau j N'attaquons personne , Ma chanson ; tout beau !

Le Japon desserre Ses ports ; nos vaisseaux , Bon vent d'ouest arrière, Iront dans ses eaux; Acier, soie et laine Chez eux se vendront , Nos chattes boiront Dans leur porcelaine.

Tout beau !

Ma mignonne , Dis-nous du nouveau ; Si la ville est bonne, Si le temps est beau ; N'attaquons personne , Ma chanson , tout beau !

L'Amérique libre Ne peut concevoir Une humaine fibre Chez l'esclave noir.

L'Europe l'accuse , C'est un faux semblant ; Du noir et du blanc Souvent elle abuse.

478 cnAsns et poiSsies

Tout beau !

Ma mignonne.

Dis-nous du nouveau ; Si la ville est bonne , Si le temps est beau ; N'attaquons personne, Ma chanson, tout beau !

Espagne, Italie, Terre de beaux-arts , De sainte fc lie, De sanglants hasards !

J'abjure les haines De ce sol béni , J'ai laissé mon nid Au pays des chênes.

Tout beau!

Ma mignonne, Dis-nous du nouveau ; Si la ville est bonne , Si le temps est beau; N'attaquons personne, Ma chanson, tout béàn !

Londres ni sa brume Ne m'ont pas tenté. Là , pourtant la plume £rre en liberté;

Espérons qu'en France Bientôt on dira Tout ce qu'on voudra.

Et sans défiance.

Tout beau î Ma mignonne, Dis-nous du nouveau; Si la ville est bonne , Si le temps est beau; N'attaquons personne, Ma chanson, tout beau !

Paris me rappelle :

Là , l'idée éclot De la plus nouvelle J'entends le grelot.

Ah ! quand on sait mettre L'idée en chanson , La bonne leçon !

L'air apprend la lettre.

Tout beau !

Ma mignonne , Dis-nous du nouveau!

Si la ville est bonne, Si le temps est beîiû ; N'attaquons personne, Ma cbaQSOD, tout beaul

480 CHAXTS ET POÉSIES

Les humains s'éclairent, Et de tous côtés , Jamais ne brillèrent Tant de vérités.

En vain l'ignorance Veut tout obscurcir; Chacun va cueillir Le fruit de science.

Tout beau !

Ma mignonne , Dis-nous du nouveau; Si la ville est bonne , Si le temps est beau ; N'attaquons personne , Ma chanson , tout beau !

Qu'on danse, qu'on rie.

Qu'on chante à plaisir.

Grâce à l'industrie Mère du loisir 1 Vapeur, mécanique, Électricité Du bal enchanté Mènent la musique.

Tout beau !

Ma mignonne^ Dis-nous du nouveau j

1)R PIERRE DUPOtVT. 481

Si la ville est bonne, Si le temps est beau ; N'attaquons personne, Ma chanson , tout beau !

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