A MON AMI M
Que Dieu , notre souverain maître ,
Éloigne tout péril Du bel enfant qui vient de naître
Parmi les fleurs d'avril !
Quand les nids sont encore vides, Les nids où soupire l'oiseau.
Mère , je vois tes yeux avides Rester fixés sur un berceau.
C'est que dans ce berceau repose Le nouveau-né , le bien-aimé ; Son œil est bleu , sa lèvre est rose , Son petit souffle est embaumé.
Que Dieu , notre souverain maître ,
Éloigne tout péril Du bel enfant qui vient de naître
Parmi les fleurs d'avril !
Tout célèbre ta bienvenue , Enfant éclos sous les baisers ; Le printemps empourpre la nue
±llt CUAM'S ET POÉSIES
Et verdit les sommets boisés ; Il vide ses pleines corbeilles Et ses trésors les plus secrets , Sur les prés épand les abeilles Et les oiseaux sur les forêts.
Que Dieu , notre souverain maître.
Éloigne tout péril Du bel enfant qui vient de naître
Parmi les fleurs d'avril!
La main du Seigneur est ouverte Et tous ses dons ont ruisselé ; Sur les coteaux, la vigne est verte ; La plaine voit fleurir le blé.
Enfant , que ton âme bénie Reçoive ainsi les dons de Dieu !
Que ton front couve le génie , Ton cœur l'amour, cet autre feu !
Que Dieu , notre souverain maître.
Éloigne tout péril Du bel enfant qui vient de naître
Parmi les fleurs d'avril !
Fleurissez , rose et violette , Où ses petits pieds marcheront ; Qu'une fée, avec sa baguette , Vienne toucher son petit front.
Ne t'écarte pas de la roule Qui conduit ton père au bonheur ;
DE PIERIIE DUPONT.
Que ton ombre soit toujours toute Sous le rayon droit de rhunneur !
Que Dieu , notre souverain maître ,
Éloigne tout péril Du bel enfant qui vient de naître
Parmi les fleurs d'avril !
LA VACHE BLAKCHE.
Connaissez-vous ma vache blanche ?
Elle est plus blanche que son lait :
Elle broute les bouts de branche, l.'herbe flne et le serpolet.
Tous les printemps elle est génisse , Tous les hivers a deux jumeaux, Toute l'année elle est nourrice De la ville et de nos hameaux.
Sa mamelle est une rivière , Une rivière de bon lait :
Elle connaît ma main légère; Une autre ne peut pas la traire :
Gare au pied fourchu , s'il vous plaît !
Elle a jambe de demoiselle.
Large flanc , regard caressant
116 CîIASTS ET POESIES
Comme la lune encor nouvelle , Ses cornes forment un croissant.
A son fanon pend une cloche Qu'on entend d'une lieue au loin , Dès qu'elle flaire mon approche , Elle bondit comme un poulain.
Sa mamelle est une rivière , Une rivière de bon lait:
Elle connaît ma main légère ; Une autre ne peut pas la traire :
Gare au pied fourchu , s'il vous plaît!
Le lait de Blanche est une essence Des fleurs sauvages du pays ; Il renferme plus de science Que tous les livres de Paris :
Plus d'un visage lamentable , Qui se flétrissait de langueur, A retrouvé dans son étable Le teint rougeaud et la vigueur.
Sa mamelle est une rivière.
Une rivière de bon lait ; Elle connaît ma main légère ; Une autre ne peut pas la traire :
Gare au pied fourchu , s'il vous plaît !
Depuis tantôt dix-huit cent trente, Mon flanc ne s'est pas reposé , Et tous les ans , comme une rente,
Il me vient un poupon rosé :
Quel beau garçon ! quel brin de fille ! Quelles femmes ! quels bons maris I Leur sang comme un vin clair pétille : C'est Blanche qui les a nourris.
Sa mamelle est une rivière , Une rivière de bon lait :
Elle connaît ma main légère ; Une autre ne peut pas la traire :
Gare au pied fourchu , s'il vous plaît!