LA RÉPUBLICAINE
(Î5 fémerl848)
La République, cette reine Qui donne des leçons aux rois , En trois tours d'horloge a sans peine Ressuscité tous nos vieux droits.
On se battait pour des réformes , Pour des semblants de liberté ; Elle a brisé les vaines formes.
Et rétabli son unité.
Que la terre entonne un cantique !
Gloire au peuple , joie en tout lieu !
Jurons par l'eau, l'air et le feu De conserver cette relique :
La République vient de Dieu, Vive la République! (bis)
Un roi sorti des barricades , Par un fourbe austère abrité , Osaient de leurs folles bravades Menacer le peuple irrité :
Cette mer est notre domaine Et ces flots mouvants nos sujets , Disaient-ils d'une voix hautaine , Le peuple a brisé leurs projets.
Que la terre entonne un cantique !
Gloire au peuple , joie en tout lieu l Jurons par l'eau , l'air et le feu De conserver cette relique :
La République vient de Dieu, Vive la République ! [bis.
Des enfants qui pouvaient à peine Lever les moellons à deux mains Ont dépavé sans peur ni haine , Et sans souci des lendemains ; Des hommes qui ne savaient guère Ce que disaient les beaux parleurs , Ont cimenté toutes ces pierres Avec leur sang et leurs sueurs.
Que la tene entonne un cantique !
Gloire au peuple, joie en tout lieu !
Jurons par l'eau , l'air et le feu De conserver cette relique î La République vient de Dieu, Vive la République ! (bis)
Tuez le peuple ! allez mes braves !
Mais ce sont vos frères, voyez!
Comme eux vous êtes des esclaves; Les soldats s'étaient fourvoyés, Mais ils sont revenus bien vite, Musique en tête et cœurs contents, « Mon cousin , hâtez votre fuite ! »
Les rois sont partis pour longtemps.
Que la terre entonne un cantique !
Gloire au peuple , joie en tout lieu ! Jurons par Teau, l'air et le feu De conserver cette relique :
La République vient de Dieu, Vive la République ! {bis)
Plus de tyrans bons ou superbes!
Valent-ils donc la liberté?
Laissons pousser les hautes herbes Dans leur palais inhabité.
Et vous, belles artilleries.
Escadrons, fantassins, spahis Vous n'êtes plus aux Tuileries , Vous êtes à votre pays!
Dli Plllinc UtPO.'riT. 123
Que la terre entonnn un cantique !
Gloire au peuple, joie en tout lieu ♦ Jurons par l'eau, l'air et le feu Do conserver cette relique :
La République vient de Dieu , Vive la République! (bis)
Le monde enfin voit luire une ère Que dès longtemps nous prédisions-, La République, notre mère, De ses yeux emplis de rayons, A la liberté nous convie, A la douce fraternité :
C'est le ciel même en cette vie, En attendant l'éternité.
Que la terre entonne un cantique .' Gloire au peuple, joie en tout lieu î Jurons par l'eau, l'air et le feu De conserver cette relique :
La République vient de Dieu , Vive la République I {bis)
12& GHAKTS ET POÉSIES
L'ÉMIGRÉE DE FBANCE.
(Ami 1848)
Mon mari, que je vénère, En fuite , après Février, M'a poussée en Angleterre, Mais que faire en ce terrier ?
Je conçois qu'un diplomate Dans tes brouillards s'acclimate , 0 terre des longs ennuis !
Une femme délicate Ne peut vivre qu'à Paris.
Le bruit français incommode La souveraine des mers Qui veut transplanter la mode Dans ses parcs froids et déserte.
Vous êtes un peu bien vaine j Laissez ma petite reine , Laissez l'aile aux colibris, Aux Chinois la porcelaine, Et les modes à Paris.
Nos gais artistes de France Ont traversé le détroit;
Le théâtre est pris d'avance , Mais l'enthousiasme est froid.
On leur jette une guinée.
Mais sitôt qu'elle est donnée L'artiste a perdu son prix -, Vous reviendrez l'autre année, On n'admire qu'à Paris.
Pardonnez, chère Angleterre, Si je vous hais sans raison ; Ailleurs qu'à Paris la terre N'est pour moi qu'une prison.
Je trouve la France infâme.
Je la déteste en mon âme; Mais je veux revoir les nids Dont est brodé Notre-Dame ; Qu'on me ramène à Paris.
L'Opéra fait-il relâche , Que deviennent les amours?
Chacun a repris sa tâche Et la Seine suit son cours.
Où montrer cette dentelle ?
Ma loge vide m'appelle , Au diable tous les maris !
Steamer, fuis à tire-d'aile :
On n'est belle qu'à Paris.
On dit que des barricades On a remis les pavés,
Que du feu des canonnades
Nos hôtels sont préservés.
On dit que le peuple même
Est beau; quant à moi je l'aime.
Et jusqu'aux yeux je rougis
Quand j'entends comme un blasphème
Parler mal de mon Paris.