LES JOURNÉES DE JUIN
CHANT FCNÈBKE.
La France est pâle comme un lis , Le front ceint de grises verveines ;
DE PIERRE DUPOKT. 163
Dans le massacre de ses fils, Son sang a coulé de ses veines.
Ses genoux se sont affaissés Dans une longue défaillance.
0 Niobé des temps passés, Viens voir la douleur de la France ï
Oflrons à Dieu le sang des morts De cette terrible hécatombe.
Et que la haine et les discords Soient scellés dans leur tombe!
Quatre jours pleins et quatre nuits , L'ange des rouges funérailles.
Ouvrant ses ailes sur Paris, A soufflé le vent des batailles.
Les fusils, le canon brutal Vomissaient à flots sur la ville Une fournaise de métal Qu'attisait la guerre civile.
Offrons à Dieu le sang des morts De cette terrible hécatombe, Et que la haine et les discords Soient scellés dans leur tombe,'
Combien de morts et de mourants ,
Insurgés, soldats, capitaines!
Que d'hommes forts dans tous les rangs !
Peut-il rester encor des haines?
Le pasteur tendant l'olivier,
îO'i CIIAXTS ET POÉSIES
D'une balle est atteint lui-même :
« Oh! que mon sang soit ie dernier!
Dit-il à son heure suprême.
Offrons à Dieu le sang des morts De cette terrible hécatombe, Et que la haine et les discords Soient scellés dans leur tombe !
La faim aux quartiers populeux Est une horrible conseillère ; Le lion, que brûlent ses feux , Rugit et quitte sa tanière.
Un peu d'or dans l'ombre semé.
Un lambeau de pourpre qui brille , Font sortir tout un peuple armé Quant le pain manque à la famille.
Offrons à Dieu le sang des morts De cette terrible hécatombe.
Et que la haine et les discords Soient scellés dans leur tombe !
Ce n'est pas sans avoir saigné Que notre capitale est sauve ; Grâce au canon l'ordre a régné.
On a traqué la bête fauve.
La mort a souillé l'eau des puits.
Des ruisseaux et de la rivière.
On n'a fait que peupler depuis Les cachots et le cimetière.
Offrons à Dieu le sang des morts De cette terrible hécatombe , Et que la haine et les discords Soient scellés dans leur tombe!
Il ne reste, après ce grand deuil , D'autre profit de la bataille Que des frères dans le cercueil Et des prisonniers sur la paille.
0 République au front d'airain!
Ta justice doit être lasse; Au nom du peuple souverain, Pour la première fois, fais grâce !
Offrons à Dieu le sang des morts De cette terrible hécatombe , Et que la haine et les discords Soient scellés dans leur tombe !