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LA FETE

Tout le village est à la fête , Tout le village et l'alentour, La grosse caisse et la musette

Y marquent le pas à l'amour, Et la montagne danse autour.

Les grands bœufs ruminent, couches Sur les genoux , dans leur élable , Les laboureurs endimanchés Boivent les coudes sur la table.

Les garçons marchent tous au pas Avec des habits de soldats ; En tête , l'amoureux de Jeanne Fait moulinet avec sa canne , Coiffé d'un ourson à glands d'or, En habit de tambour major.

Tout le village est à la fête , Tout le village et Talentour, La grosse caisse et la musette

Y marquent le pas à l'amour, Et la montagne danse autour.

Loups et filous, quel bon moment Pour dépeupler la bergerie !

Finaud dort d'un œil seulement :

Gare à vous si la brebis crie !

Quel vacarme , quelle rumeur !

Tout le monde est en belle humeur : C'est pire que le tintamare Des grenouilles dans une mare.

Jeanne entre en danse; tous les yeux Sont sur elle et son amoureux.

DE PIKRKE DLPOWT.

Tout le village est à la fête , Tout le village et l'alentour, La grosse caisse et la musette

Y marquent le pas à l'amour, Et la montagne danse autour.

Sous sa blouse de tous les jours, Le braconnier sent son cœur battre; Le charlatan suspend ses tours :

Qu'aurait fait le roi Henri-Quatre?

Jeanne a l'œil vif, le chignon lourd , Le bas tiré, le jupon court, Les dents blanches, l'haleine pure.

Et les souliers couleur de mure ; Elle est blanche et rose à la fois Comme une églantine du bois.

Tout le village est à la fête, Tout le village et l'alentour, La grosse caisse et la musette

Y marquent le pas à l'amour.

Et la montagne danse autour.

Le tambour major est plus fier Que s'il menait toute une armée; Comme un oiseau s'enlève en l'air, 11 soulève sa bien aimée :

Une dame pousse un soupir En voyant leur cœur se trahir, Et leurs lèvres l'une sur l'autre.

178 CHAKITS ET POÉSIES

Le diable rôde , bon apôtre ; Et fait sonner ses louis d'or...

Vieux jaloux, garde ton trésor !

Tout le village est à la fête, Tout le village et l'alentour, La grosse caisse et la musette Y marquent le pas à l'amour, Et la montagne danse autour.

EINTRÉE AU CAVEAU.

Maître Adam que n.on grand-père Appelle encor son patron , Je te choisis pour compère ; Fais-moi boire au biberon.

Apprends-moi bien la science De boire mon vin sans eau , Et que dans un mois ma panse Soit large comme un tonneau.

Je veux , dans la confrérie De nos illustres buveurs, Avoir la trogne fleurie Pour mériter leurs faveurs.

Je laisse à d'autres la gloire

DE PIERRE DCPONT. i70

Qui tenaille le cerveau :

Car, avant tout, c'est pour boire

Que je descends au caveau.

Demain je fais une vente De mes livres, en plein vent; Je ne veux sur ma soupente Ni rimailleur ni savant.

J'excepte de la bagarre Tout rimeur buveur et fier Qui s'est raillé du Ténare, Qui se raille de l'enfer.

Des écus de la recette Je n'irai pas m'amuser A remplir une cassette ; Je veux d'abord me griser.

Et puis je cours en Bourgogne , Choisir aux meilleurs coteaux « De ces vins qui, sans vergogne, Grisaient l'abbé de Cîteaux.

Ah ! sortons de dessous terre, Mes bons amis du caveau , Et fondons un monastère, Un monastère nouveau !

Le temps est à la prêtrise; Prenons les petits collets.

Et que chez nous on se grise Comme au temps de Rabelais !

A M. Théodore L***.

Aux bords où la Saône tranquille S'unit au Rhône mugissant, Dans le bruit d'une grande ville Se perdait le timide accent D'une enfant pauvre et délaissée Qui s'en allait marchant pieds nus , Et dont la paupière abaissée Retenait des pleurs inconnus.

Or un jour, la tète en délire ( Le délire suit la douleur) , Elle partit avec sa lyre.

En la cachant bien sur son cœur ; Car, si ses doigts blancs ou la brise La faisaient vibrer au hasard , Elle s interrompait , surprise, Et craignait un méchant regard.

Pour ses chansons toujours plaintives La Seine resta sans échos :

La Saône et l'émail de ses rives, Le Rhône et l'azur de ses flots Lui revinrent à la pensée j

DE 1>IERKE DUPOXT. 181

Leur souvenir la fit pleurer, Car la saison était passée De les voir et de s'y mirer !

Il fallait qu'une main amie,

Plus forte, la prît par la main ,

La secouât tout endormie

Et la mît dans le vrai chemin ,

Qu'un bon guide , un de ceux qu'on aime ,

Et que rien ne peut rebuter ,

La fit chanter devant ceux même

Qui refusaient de l'écouter.

Vous savez comment sur sa route Le Ciel un jour lui fit trouver Cet ami qui jamais ne doute, Et, ce qu'elle n'osait rêver, Deux rivières au flot tranquille, Dont les échos furent puissants, Et jusque vers la grande ville Portèrent ses faibles accents.

Ruisseaux que, dans nos promenades, Nous aimions tant à côtoyer !

En écoutant les sérénades Des oiseaux au chant familier ; En voyant se pencher les mûres Qui se reflétaient dans leur eau , Nous mêlions à leurs doux murmure»

Le nom d'Hégésippe Moreau !

182 CHAXTS ET POÉSIES

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