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LE JOUR DES MORTS A LA CAMPAGNE

(2 Qorembre 4847)

Depuis trente ans que je suis dans ma chamb. . Seul, sans ma femme, et sans enfants depuis, Dès le matin, quand vient le deux novembre , A mon chapeau j'attache un brin de buis. Le long des prés voilés de brume grise, Mon crêpe au bras, je marche sans rien voir, Je suis le son du glas jusqu'à l'église Dont le portail est habillé de noir :

De profundisi Mon Dieu , conduisez l'âme De mes enfants et de ma femme.

De mes parents, de mes amis,

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Et des morts de tous les pay:^ Dedans votre saint paradis.

L'église encor plus pleine qu'au dimanche De gens qui sont plies sur leurs genoux , Sous son drap noir semé de larmes blanclie;= Semble une épouse en deuil de son époux L'orgue tonnant plus fort que la tempête A pleins poumons siffle au dies irœ ; Du jugement on dirait la trompette, Dans un étau je sens mon cœur serré.

De profundis !

Mon Dieu , conduisez l'àme De mes enfants et de ma femme , De mes parents^ de mes amis , Et des morts de tous les pays , Dedans votre saint paradis.

Après on va prier au cimetière,

Sous les sureaux, dans l'herbe agenouillés;

Ainsi je passe une journée entière

Le corps tout rai de, et les genoux mouillés ;

Mais n'ont-ils pas plus froid dans la froidure ,

Eux qui sont là tout le long des hivers;

Au moins l'été, leur couchette est moins dure

Et sur leurs pieds ils ont des tapis verts.

De profundis!

Mon Dieu , conduisez l'àme De mes enfants et de ma femmr ,

De mes parents , de mes amis , Et des morts de tous les pays.

Dedans votre saint paradis.

Mon buis béni , sur leur corps je te plante , Conserve-toi vert , jusqu'à la saison Où la fleur point , où la fauvette chante , Adieu mes morts ! Je rentre à la maison ; Mais dans ma tête , en rentrant, je repasse Tous mes anciens dont j'ai perdu le nom ; On dit qu'ils ont tous déserté la place Et les plus grands, même Napoléon.

De profundis!

Mon Dieu , conduisez l'âme De mes enfants et de ma femme.

De mes parents , de mes amis , Et des morts de tous les pays, Dedans votre saint paradis.

Si ce héros qu'un vieux soldat regrette

Est , comme on dit , à Paris enterré ,

Quand va fleurir, en mars, la violette,

J'irai îe voir et je le fleurirai

Avant d'aller moi-même en la demeure

Où l'empereur est l'égal du berger ;

Car, comme un autre, il faudra que je meure

Depuis trente ans Dieu me doit mon congé.

De profundis !

Mon Dieu , conduisez l'âme

DE i>l£UKE Dlil>ONT.

De mes enfants et de ma femme , De mes parents, de mes amis.

Et des morts de tous les pays , Dedans votre saint paradis.

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