‹ Muse populaireChapitre 83 sur 157 · A GEORGE SAND · texte numérisé non relu

A GEORGE SAND

Je voudrais avec mélodie En prenant le ton langoureux.

Chanter l'histoire de Claudie Aux paysans , aux amoureux,

Claudie était jolie et sage.

Un séducteur, un beau diseur, Lui promettant le mariage Parvint à lui ravir son cœur*

Claudie en secret fiancée , Sans être épouse mit au jour Un fils, et, mère délaissée N'abandonna point son amour.

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Cher nonveau-né 1 de la mamelle Sa mère en pleurant le nourrit , Mais douce à la fois et cruelle , Un beau matin , la mort le prit.

Depuis, seule avec son vieux pèie^ Faisant la moisson avec lui , Elle glane son dur salaire Aussi triste que Noëmi.

Le père est vieux, la fille est frêle, Ils ne font qu'une raie à deux :

Sylvain qui moissonne près d'elle A la paye , en tombe amoureux.

Mais Grand-Rose (c'est la fermière) Brûlant en secret pour Sylvain , Veut chasser la fille et le père Qui font obstacle à son dessein.

Or le séducteur de Claudie

A Grand-Rose fait les doux yeux

Et redoutant quelque infamie

Tient de méchants propos contre eux.

Cet homme, par ses caquetages.

Les met tous comme chat et chien ; Il aurait brouillé vingt ménages Plutôt que d*arranger le sien.

Le vieillard abrite sa fille Entre ses deux bras vacillants

Brisés par l'âge et la faucille, A l'ombre de ses cheveux blancs.

Puis il bénit la gerbe haute , Sépare la paille du blé, Confond le crime , ab?out la faute Et le coupable est dévoilé.

Donc Sylvain épouse Claudie Et l'on chasse le ravisseur; La dot par Grand-Rose arrondie Assure aux époux le bonheur.

Devant les scènes de ce drame J'ai pleuré, mêmement j'ai ri ; L'auteur, dit-on , est une dame Qui l'a glané dans le Berri.

C'est dans àeu\ ans , deux ans à peine Que le coq gaulois chantera ; Tendez l'oreille vers la plaine, Entendez-vous ce qu'il dira ?

Il dit aux enfants de la terre Qui sont courbés sous leur fardeau :

DE 1>1£1UIL DUl'OaiT.

Voici la fin de la misère ,

Mangeurs de pain noir, buveurs d'eau.

Des monts sacres où la lumière Forge ses éclairs et ses feux , Viens, en déployant ta bannière, Dix-huit cent cinquante-deux (bis) ï

Du peuple enfin voici le règne, Tout autre prétendant n'est rien , A moins toutefois qu'il ne daigne Se dire un simple citoyen.

Est-il une place plus haute , Un plus grand honneur sous le ciel Que d'être accueilli comme un hôte A ce banquet universel !

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux , Viens, en déployant ta bannière , Dix-huit cent cinquante-deux {bis '.

Des Bourbons la double famille En France ne réussit plus ; Qu'un instant leur fortune brille , Ce n'est que flux et que reflux.

Sur son rocher de Sainte-Hélène Napoléon s'est vu briser ; Maître de la puissance humaine , Charles-Quint sut la déposer.

246 GUASTS ET POESIES

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux , Viens, en déployant ta bannière, Dix-huit cent cinquante-deux (bis) 1

0 roisl votre pourpre esi fanée.

Ne la teignez pas dans le sang ; Ne disputez pas une année Au progrès toujours grandissant.

L'idée est aujourd'hui rapide Plus que les chevaux et les cerfs ; Elle dépasse qui la guide , Elle broiera tous nos vieux fers.

Des monts sacrés où 'a lumière Forge ses éclairs et ses feux.

Viens, en déployant ta bannière, Dix-huit cent cinquante-deux (bis)

La République jusqu'à Vienne, Et jusqu'à Rome a pris son vol ; Il faudra bien qu'elle y revienne , Elle a son germe dans le sol.

D'ailleurs de Paris elle guette L'Europe , les rois et les cours , Comme on voit pendant la tempête La foudre menacer les tours.

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux,

DE 1>I£ARB UUfOflT. 247

Viens , en déployant ta bannière , Dix-huit cent cinquante- deux (bis) !

Rois , faites-vous tirer les caries , Assis au coin de votre feu.

Fortune, faut-il que tu partes !

Tous les piques sont dans le jeu.

Encore ce valet de pique 1 Paris vous envoie un courrier ; Son message est la République :

Faites brûler vif le sorcier.

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux , Viens , en déployant ta bannière , Dix-huit cent cinquante-deux (bis) l

C'est donc un bandeau symbolique Dont le temps a couvert vos yeux , Qu'il dérobe la République A vos regards insoucieux ?

Votre grandeur fut un nuage ; Vos sceptres, désormais ternis, Seront des bâtons de voyage.

Allez , rois , vous êtes bannis !

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux, Viens , en déployant ta bannière , Dix-huit cent cinquante^ deux (bi$)l

Faudra-t-il que vos doigts débiles , Réduits aux vils expédients , Usent nos dernières sébiles ?

Nous n'aurons plus de mendiants !

Bon vieillard, mettez-vous à table, Mangez, faites-nous la leçon; Buvez, contez-nous une fable , Ou chantez-nous une chanson.

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux , Viens, en déployant ta bannière, Dix-huit cent cinquante-deux {hiê) !

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