‹ Muse populaireChapitre 85 sur 157 · KOSSUTH · texte numérisé non relu

KOSSUTH

(mi)

Kossuth l'a dit en ses adieux :

« Je reviendrai dans ma patrie , »

La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.

Des hautes cimes du pays Quand il vit sa terre livrée, Une parole de mépris Sortit de son âme navrée ; Des profondeurs de sa douleur Jaillit une sublime plainte Qui fut pour le monde en stupeur La trêve de la guerre sainte.

Kossuth l'a dit en ses adieux :

« Je reviendrai dans ma patrie, »

La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.

a 0 Georgey, dit-il , c'est en toi , » Mon brillant compagnon de guerre, » Que j'avais mis toute ma foi , » Je t'aimais h Vésal d'un frère;

256 CHAISTS ET POÉSIES

» L'or a donc été plus puissant » Sur ta vue aujourd'hui flétrie » Que la belle couleur du sang » Qui se répand pour la patrie? »

Kossuth l'a dit en ses adieux :

« Je reviendrai dans ma patrie , »

La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.

Puis , l'œil tourné vers les créneaux

De ses forteresses rendues,

Du Danube voyant les eaux

Et les campagnes étendues,

H dit , de sa vibrante voix ,

Aux monts , aux vallons , aux colWncs

« Je viendrai dans quatorze mois

» Relever toutes ces ruines. »

Kossuth l'a dit en ses adieux :

« Je reviendrai dans ma patrie, »

La dernière fols que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.

Or, depuis, que de sang versé!

Les balles ont troué les têtes , Et plus d'un gibet s'est dressé Où pendent encor les squelettes.

Kossuth est libre cependant Comme son âme et sa parole :

UE riEnaE Dti>o.iiT. 257

Est-il un front de prétendant Où luise une telle auréole?

Kossuth l'a dit en ses adieux :

« Je reviendrai dans ma patrie , ■ La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.

Le sultan l'a sauvé du czar Et de rAutrifihe sanguinaire.

Planant au plus loin , son regard Peut choisir dans toute la terre.

L'Amérique frète uu vaisseau , Notre Paris ardent l'appelle :

On voudrait voir sous un arceau Passer une tête aussi belle.

Kossuth l'a dit en ses adieux :

a Je reviendrai dans ma patrie , »

La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.

Prenez garde , messieurs les rois !

L'homme sans sujets ni provinces, Qui suit toujours ses chemins droits, Passe chez nous avant les princes.

U n'est au-dessus du proscrit Qui survit plus grand à sa cause , Que l'obscur martyr qui périt Et dans la tombe se repose.

25S CUASlt» Et POÉSIE»

Kossuth l'a dit en ses adieux :

« Je reviendrai dans ma patrie, »

La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.

0 terre des libres chevaux.

Où des vins le goût est si rare , Hongrie ! il en faut de nouveaux , Pour le grand jour qui se prépare l Selle un cheval éblouissant, Gomme les coursiers de l'aurore, Dans le hanap verse ton sang , Le grand Kossuth respire encore.

Kossuth Ta dit en ses adieux :

« Je reviendrai dans ma patrie, »

La dernière fois que ses yeux Ont pu regarder la Hongrie.

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