ABYSSINIE
M. Schijpiper.
M. G. Schimper avait formé le projet de faire un voyage en Abyssinie et de visiter cette contrée si intéressante par sa position géographique et par sa structure physique. Il s’embarque à Suez pour Djeddah, au milieu de novembre 1 856, et un mois après il atteint Massouah, ville située dans une petite île de la mer Bouge. C’est là que notre voyageur fut retenu pendant plusieurs semaines par suite d’une querelle survenue à Haley entre deux Français et quelques natifs, querelle qui avait amené la mort d’un des Abyssiniens. M. Schimper n’avait figuré en rien dans cette affaire, mais l’exaspération du peuple était devenue si grande contre les étrangers, qu’il eût été fort dangereux de chercher à pénétrer alors dans le pays.
Ce ne fut que vers le 8 du mois de février 1857 qu’il put se hasarder à entrer dans le territoire d’Arkiko, mais non sans en acheter la permission à un prix très-élevé. Il continue sa route à Haley, mais comme le meurtre avait été commis dans cette ville, il n’était pas prudent d’y séjourner; il s’en éloigne après en avoir encore acheté l’autorisation, et arrive à Adowa, autrefois capitale du royaume de Tigré.
De 1857 à 18 40, M. Schimper a herborisé dans ce royaume, d’abord aux environs de la ville d’Adowa, où il a constamment résidé, dans les districts de Memsah, d’Haramat, de Sana, dans les provinces d’Agam, de Modat, de Siré, dans la vallée du Tacazzé. îi a exploré, dans le Samen, les monts Bachit, Aber, Silke etDeggen, et les districts de Schoa et de Woggera.
Ainsi ces collections contiennent avec la principale partie de la végétation de la côte : l°une flore des environs d’Adowa, indépendamment des plantes de quelques provinces ou districts du Tigré ; 2° la végétation des bords et de la vallée du Tacazzé et des villages situés sur les flancs des montagnes ; 5° et enfin les plantes de la province du Samen et particulièrement de ses hautes montagnes.
Le nombre des espèces de plantes envoyées par M. Schimper (1 ) a été évalué de la manière suivante par M. A. Braun (Flora, novembre 1845) :
Cryptogames. Espèces. ... 97 Espèces nouvelles 34
r Monocotylédones . 248 — 170
Phanérogames. ]
l Dicotylédones. . . 905 — 598
(1)11 paraît que M. Schimper s’est fait une position très-avantageuse auprès du roi Oubie, qui l’a nommé gouverneur d’un district très-étendu. 11 donne lui-même ces détails dans une lettre écrite d’Ambasaa en date du 30 juin 1843 : « Je suis maintenant propriétaire d’un vaste pays qui compte une population de plusieurs millions d’habitants, et dans lequel je suis souverain comme un comte d’Empire au moyen âge. Mais je suis pauvre,
MSI. les docteurs Quartin-Dilion et Antoine
Petit.
Au commencement de l'année 1850, une commission scientifique fut nommée par le gouvernement pour aller explorer l'Abyssinie. Cette commission se composait de M. Lefebvre, lieutenant de la marine royale, chargé de la partie physique et géographique du voyage, et des docteurs Quartin-Dilion et Antoine Petit, le premier pour la botanique et le second pour la zoologie. Arrivés à Adowa vers le mois de juin 1830, nos deux naturalistes employèrent la fin de l'année à explorer cette vaste province où ils recueillirent de belles collections. Un premier envoi fut fait à Paris dans le courant de l'année 1 810, par M. Quartin-Dilion, et M. Achille ltichard publia f Annales des sciences naturelles , novembre 1840) deux Décades de plantes nouvelles , faisant partie de ce premier envoi.
Pendant l’année 18 40, M. Quartin-Dilion visita les provinces du Samen, le royaume de Gondar et le Siré. En 1841 il revint à Adowa, que la commission avait choisi comme son point central. Après avoir mis en ordre les nouvelles collections recueillies jusqu’alors, MM. Petit et Dillon descendirent au mois d’octobre 1841 dans la grande vallée duMareb, l’un des principaux fleuves de l’Abyssinie. Mais la saison, bien favorable pour les recherches de l’histoire naturelle, était l’époque où régnent dans ces vallées profondes, humides et brûlantes, ces fièvres si dangereuses pour tous ceux qui s'y exposent. Malgré les représentations des gens du pays, qui cherchaient à dissuader ces deux naturalistes d’exécuter leur projet, ils y persistèrent. Mais en peu de jours ils furent l’un et l’autre attaqués d’une fièvre pernicieuse, à laquelle M. Quartin-Dilion succomba le 22 octobre. M. Petit fut plus
car il n’y a que du blé, des armes et des bestiaux. L’argent y est rare, et je ne veux point m’en procurer en employant des moyens violents, à l’exemple des grands de l’Abyssinie. »
heureux, il recouvra la santé, mais sa convalescence fut longue et pénible. Après la mort si déplorable de M. Quartin- Dillon, M. Petit continua les collections de botanique com-. mencées par son infortuné compagnon de voyage. Dans le cours de l’année 4 842, M. Petit visita les grandes provinces du Lasta, du Schoa et une partie du royaume d’Amhara, dont Gondar est la capitale.
Mais ce voyage devait être funeste à tous les naturalistes de cette malheureuse expédition. Le 5 juin 4 845, au moment où MM. Lefebvre et Petit croyaient avoir terminé leurs recherches à deux journées de Gondar, terme de leur voyage, en traversant à la nage le Nil, à peu de distance de sa sortie du grand lac de Tana, M. Petit, soutenu par deux hommes du pays qui Tablaient à nager, disparaît subitement sous les eaux. On a supposé, et le fait paraît hors de doute, qu’il avait été saisi et entraîné par un crocodile. Ces animaux sont en effet très-communs dans cette partie du Nil, surtout dans les lieux où l’eau est tranquille et profonde, et l’endroit fatalement choisi par M. Petit offrait ce double caractère. Vainement les gens qui l’accompagnaient l’avaient engagé à en préférer un autre, celui-là offrant à leurs yeux une sinistre apparence. L’événement n’a que trop justifié la justesse de leurs appréhensions.
M. Lefebvre est revenu seul en Europe au commencement de 1844, rapportant toutes les collections faites par ses deux compagnons de voyage, collections bien malheureusement précieuses puisqu’elles ont coûté la vie à ceux qui les ont formées.
L’herbier recueilli en Abyssinie par MM. Quartin-Dillon et par M. Antoine Petit se compose d’environ 4 ,500 espèces, savoir :
Acotylédones .... 400
Monocotylédoncs. . . 500
Dicotylédones. . . 4,100
Ce n’est pas exagérer que de dire qu'au moins la moitié de ces espèces sont nouvelles.
M. Achille Richard, ami de MM. Quartin Dillon et Petit, se propose de publier très-incessamment les matériaux qu'on doit au zèle et aux travaux de ces deux victimes de la science.
M. Henri Sait.
M. Sait continue la série des naturalistes qui ont visité l'Abyssinie.
En 18P2, M. Delessert a fait entrer dans son herbier une collection de plantes provenant de ce voyageur, qui est allé deux fois en Abyssinie, d’abord lors de son voyage avec lord Valenlia, qu’il suivit aux Indes-Orientales et en Égypte, et ensuite chargé seul d’une mission du gouvernement britannique.
M. Sait, dans son premier voyage, accompagnait en qualité de secrétaire et dessinateur Georges vicomte Valentia, qui voulait profiter des circonstances les plus favorables et de tous les moyens que lui offraient son rang et sa fortune pour étudier plusieurs pays considérables de l’Orient.
Parti du cap Lizard le 20 juin 1 8 o 2 , lord Valentia touche le 29 à Madère, le 20 août à Sainte-Hélène, et deux mois après au cap de Bonne-Espérance. Le 5 novembre il s’embarque de nouveau, et le 1er janvier 1805 il se trouve en vue des îles INicobar, où il fait une courte station. Enfin quelques jours après, arrivé au continent de l’Inde, il entre dans la rivière Hougly et se rend à Calcutta. 11 parcourt ensuite le pays jusqu’à Farakh-Abad, par Patnah, Benarès, Laknau ; revient à Calcutta, visite file de Ceylan, la côte de Coromandel, s’arrête à Madras, s’enfonce dans les terres, va à Seringapatam. M. Sait se rend à Arcot et aux chutes du Cauvery.
Pendant son séjour à Calcutta, lord Valentia avait offert do reconnaître gratuitement la côte occidentale de la mer Bouge
et de faire des recherches sur l’état où se trouvaient l’Abyssinie et les pays voisins. Il avait fait agréer ce projet au marquis de Wellesley, gouverneur général de l’Inde anglaise, qui entrevoyait la possibilité d’ouvrir des relations de commerce avec l’Abyssinie.
Lord Yalentia s’embarque dans ce but à Mangalore le 4 5 mars 4 804 et arrive à Moka le 4 8 avril. Plusieurs îles voisines de la côte sont reconnues, et entre autres celle qui porte le nom du chef de l’expédition (île Yalentia). L’île de Massouah fut le terme de ce premier voyage. Le capitaine du vaisseau que le gouverneur général avait mis à la disposition de lord Yalentia apportant quelques obstacles à l’exécution de son projet, lord Yalentia part de Massouah le 4 9 juin, revient à Moka, d’où il fait une excursion à Aden, se rend à la côte de Malabar, voit Bombay et Pounah, et de là passe à Tchintchour. De retour à Bombay, il reprend son expédition projetée; il s’embarque et se rend à Moka. Le 10 janvier il arrive à Massouah, s’en éloigne quelques jours après, arrive à Souakim et en repart pour se porter en avant jusqu’à Sala ca et revenir de nouveau à Moka. C’est de cette dernière ville que part M. Sait, se rendant en Abyssinie où l’envoie tord Valentia pour étudier cette contrée qui, pendant le cours d’un siècle, n’avait été visitée que par le voyageur Bruce seulement. Le 20 juin 4 805, M. Sait s’embarque, et le 28 il arrive au port de Massouah. Son intention étant de se rendre à Adowa dans le royaume de Tigré, il se dirige vers Arkiko et Dixan, franchissant la montagne de Taranta et recueillant quelques plantes dans ce voyage et pendant un séjour à Dixan. Il arrive à Adowa en passant par Antalow, où se trouvait le roi de Tigré, fait une excursion à Axum, ancienne capitale du royaume de ce nom, en examine les ruines et les inscriptions, et revient à Antalow. Le 4 0 octobre il quittait cette ville, se disposant à retourner à Massouah. A Arkiko, où il arrive le 7 novembre 4 805, M. Sait retrouve lord Yalentia. Ici s’arrête la partie du voyage de M. Sait re-
lative à l’Abyssinie. Lord Yalentia se rendit en Égypte par la voie de Suez, et après un séjour de plus de quatre mois, il partit d’Alexandrie le 2 1 juin, et le 26 octobre 1 806 il rentrait dans Portsmouth.
A la fin de février de l’année 1 809, M. Sait se remit en route pour son deuxième voyage en Abyssinie; il était chargé de porter au roi de ce pays une lettre et des présents de la part du roi d’Angleterre.
Dans le cours de ce voyage, en 1809, il visita les établissements portugais du canal de Mozambique, se rendit à Moka et réussit, en février 1810, à pénétrer en Abyssinie ; il fit quelque séjour à Antalow, et au milieu de ses excursions, il pénétra dans l’intérieur jusqu’au Tacazzé. En juin de la même année, il revint à Moka et partit le mois suivant pour l’Europe. Forcé, par de violents coups de vent, d’entrer à Bombay, il n’arriva en Angleterre qu’en février de l’année 1 811 .