CAP DE BONNE-ESPÉRANCE
Francis II assoit.
Outre les herbiers du Cap, si nombreux et si remarquables de MM. Ecklon et Zeyher, et de M. Drège, dont nous parlerons tout à l’heure, il existe dans les galeries de botanique de M. Delessert une collection de plantes de la même contrée, recueillies par Francis Masson, jardinier anglais.
En 4772, Aiton, directeur du jardin royal de Kew, qui voulait enrichir cet établissement de plantes nouvelles et curieuses, cherchait un homme intelligent auquel il pût confier quelque exploration botanique, et le cap de Bonne-Espérance avait été choisi comme le lieu qui offrait le plus de chances favorables pour une opération de cette nature. Quoiqu’à cette époque les voyages autour du monde de Banks et Solander eussent donné une sorte de popularité aux efforts entrepris dans l’intérêt des sciences naturelles, l’idée cependant de cette expédition au Cap fut si peu goûtée du public, qu’il n'y eut que Masson seul qui consentît à faire le voyage. Il partit au commencement de 1772, et sa mission eut un tel succès, que diverses nations, encouragées par l’exemple, ne tardèrent pas à entreprendre des expéditions botaniques dans des contrées lointaines.
Masson se trouva au Cap en même temps que Thunberg ; il fit avec ce célèbre naturaliste plusieurs courses dans le pays, et entre autres, en mai 17 75, une excursion à pied autour des montagnes qui séparent le Cap de la baie False ( False- Bay), et en septembre de la même année, il entreprit, avec Thunberg, un voyage dans l’intérieur depuis la ville du Cap jusqu’aux frontières du pays des Cafres, et visitant entre autres localités celles qui suivent et que nous ne faisons que mentionner : Groene-Kloof, la baie de Saldanha, Witle-Klip, Honing-Klip, Pekeniers-Kloof, les cantons de Cold et de
Warm-Bokkeveld, Zwellendam, Mossel-Bay, le Lange-Kloof, Zondags-Biver. Ce voyage dura cinq mois. Il fit encore, avec Thunberg, en septembre 1774, une autre excursion qui les conduisit vers des cantons assez éloignés. Ils visitèrent, passant par Piketberg, le territoire de BoggevelJ dans les districts de Tulbagh et de Stellenbosch et revinrent, trois mois après, par le canton de Boodzand.
Masson resta au Cap deux ans et demi, et alors une autre direction fut donnée à ses recherches. On le chargea, en \ 776, d’explorer le? îles Canaries, les Açores, Madère et une partie des Antilles, et spécialement l’île de Saint Christophe. Il employa cinq années à cette mission, et il revint en Angleterre en 1781 . Deux ans après, il fit un voyage en Portugal et à Madère, et retourna au cap de Bonne-Espérance en 4 786. Pendant près de dix années qu’il y resta, il se livra à des explorations minutieuses dans le pays. Il a introduit en Angleterre un grand nombre d’espèces de Géranium , d 'Erica et de plantes bulbeuses du Cap.
Pendant son premier séjour au Cap, Masson entra en correspondance avec Linné. C’est sur une plante bulbeuse, trouvée par Masson au Cap, qu’a été établi le genre qui lui est dédié sous le nom de Massonia. Linné fils fait observer, dans son Supplementum , où ce genre a d’abord été publié, qu'il doit à Masson toutes les plantes des Canaries, décrites dans cet ouvrage.
Masson est mort en I 805 à Montréal, dans le Canada. 11 avait été chargé d’explorer les possessions anglaises dans l’Amérique septentrionale et d’en rapporter des plantes ou nouvelles ou qui lui sembleraient intéressantes.
M Verreaux fils.
Cinquante années plus tard, M. Verreaux fils explorait quelques parties du Cap et envoyait un nombre considérable d’échantillons de plantes. En 1827 et 1829, il a visité entre
autres lieux dans le district du Gap, Steenberg, îes montagnes d’Hout-Baay ou baie Chapman; sur la côte occidentale, les montagnes de la Table et du Lion, Groene-Kloof, etc.; dans le district de Zweïlendam, Caledon, au sud-ouest? 11 a parcouru en outre les districts de George et d'EJitenhagen*
Mil. Ecklon et Zeyher.
Plusieurs années consacrées par MM. Ecklon et Zeyher, et par M. Drège à des recherches actives dans cette partie de l’Afrique, dont les richesses botaniques semblent inépuisables. ont procuré à ces naturalistes des collections immenses.
M. Ecklon, né en Danemark, et qui a séjourné pendarît quelque temps au Cap, où il était employé comme pharmacien, s’était réuni à M. Zeyher. Ils ont fait en commun leurs principaux voyages. Une partie des plantes récoltées par ces deux botanistes proviennent de l’intérieur du pays, où n’avait encore pénétré aucun botaniste. M. Zeyher a visité les districts de Worcester, et Clan-William, est resté quelque temps à Olifants-River (rivière de l’Éléphant), localité dont la végétation est remarquable par ses formes, est allé au Zederberg, et de là au Kamiesberg, dans le pays des INamaquas et jusqu’aux bords de l’Orange ou Gariep-River, dans les lieux sauvages habités par les Bosjemanns ou Roschimens. De son côté, M. Ecklon prenait une route opposée. En janvier \ 829 il se rendait en bateau à Algoa-Bay. De là il continua son voyage en chariot à travers les districts d’Uitenhagen et d’Albany, le Great-Fish-River (Groote-Vis-River, rivière du Grand-Poisson) , et le pays neutre vers la Cafrerie, et se dirigea aussi loin qu’il put le faire sans exposer sa vie à un danger certain. Les résultats de ce voyage botanique furent très-importants. 11 trouva de belles plantes le long de sa route et particulièrement sur le Winterhoek, limite en quelque sorte de la flore du Cap, l’autre côté présenlant une végétation diffé -
rente. M. Ecklon évaluait à 5,000 espèces le nombre des plantes trouvées par lui dans ce voyage, et la plupart étrangères aux districts qui avoisinent la ville du Cap.
Pour rendre ses recherches encore plus fructueuses, M. Ecklon avait formé le plan de passer une année dans chacun des différents districts. En 1829-i850, il se trouvait dans celui d’Uitenhagen. M. Ecklon a dressé la liste des plantes qu’il y a trouvées et les a rangées d’après une classification systématique proposée par Sprengel, qui réduit à 100 le nombre des familles naturelles dans lesquelles il fait entrer toutes les plantes du globe; et telle est la richesse et la variété de la flore de cette partie de la colonie du Cap, qu’à l’exception de 12 familles à peu près, il n’en est pas une qui n’ait au moins un genre croissant dans le district d’Eitenhagen. Le nombre des espèces que M. Ecklon a recueillies dans neuf localités différentes est d'environ 1,640.
De retour au Cap, MM. Ecklon et Zeyher se réunissent et gravissent le Tulbagh, montagne qui a 6,000 pieds d’élévation et où l’on rencontre les formes alpines propres aux genres de plantes du Cap.
Bientôt ils se préparent pour un grand voyage dans l’intérieur. ils emploient deux années à cette exploration importante.
Nous traçons rapidement leur itinéraire. De la ville du Cap {Cape-Town), ils prennent la route de Palun-River, de Caledon, du cap Agulhas et de Zwellendam, restent quelque temps à Gaurits-River pour récolter les plantes propres au district de Karro, visitent la chaîne de Zwarteberg, dans le district de Graaf-Reynet et se rendent ensuite à Uitenhagen et à la baie d’Algoa pour expédier leurs collections à Cape-Town. Cette opération terminée, nos voyageurs parcourent les districts les plus intéressants d’Albany et Somerset, et se dirigent par le Great-Fish-River à Konab, à Cat-River et dans la Cafrerie. Continuant leur route, ils atteignentettra versent, non sans de grandes difficultés, la chaîne escarpée des montagnes
qui s’étendent latéralement du Stormberg à la mer, et forme la limite de la colonie. Nos intrépides explorateurs se rendent ensuite aux sources de Key-River et dans le pays des Tamboukis. Leurs collections étaient considérables et d’un transport difficile. C’est alors qu’il fut convenu que M. Ecklon se chargerait de les rapporter au Cap et en Europe. Il fit le voyage heureusement et arriva à Hambourg avec 58 caisses de plantes. On évalue à 7 ou 8,000 le nombre des espèces de plantes recueillies dans ce voyage. Plusieurs échantillons sont uniques ou n’ont pu être récoltés qu’en petit nombre.
En 4 840, M. Zeyher entreprend une expédition dans l’intérieur et au nord pour y chercher des animaux et des plantes. Ce voyage a été exécuté entièrement aux frais du comte de Derby et par un de ses jardiniers, M. Burke. Celuici arriva au Cap le 4 6 mars. D’Uitenhagen, où s’était rendu de son côté M. Zeyher, ces deux voyageurs se dirigèrent vers le nord, traversant la rivière Orange jusqu’à ce qu’ils eussent atteint presque le 24e degré de latitude ; ils revinrent ensuite au Cap, rapportant avec eux une immense collection d’animaux morts et vivants, de plantes sèches, de graines, de bulbes, etc. Leur voyage aurait pu être poussé plus loin sans la jalousie d’un corps d’émigrants hollandais, établis nouvellement dans le pays où nos voyageurs voulaient passer, et qui, les prenant pour des espions, les empêchèrent obstinément d’aller plus avant. M. Burke s’embarqua avec toutes les collections pour les amener en Europe, dans le mois de juillet 1812. M. Zeyher s’est rendu, depuis, dans le pays des Namaquas, à l’occident, où la végétation est trèsdifférente de celle de l’extrémité orientale de la colonie, qu’il a habitée pendant un grand nombre d’années.
.11. Droge.
Les voyages de M. Drège, de 1826 à 1 854, se sont étendus non-seulement dans l’intérieur de la colonie du Cap, mais
encore jusqu’auprès de Port-Natal, dans la Cafrerie, et par conséquent plus loin qu’ait jamais été aucun botaniste. Il fit une ascension sur le point le plus élevé des monts Witteberg, dont la hauteur au-dessus de la mer est de près de 8,000 pieds. Une localité à l’est de Cape-Town, appelée Outnequaîand, est le pays qui a procuré à M. Drège la plus grande partie des plantes remarquables de sa collection.
Le nombre des échantillons recueillis par M. Drège dans ses voyages s’élève à près de deux cent mille, qui peuvent renfermer environ 8,000 espèces. Toutes ces collections sont le produit des travaux personnels de M. Drège, qui n’a reçu de son gouvernement aucun secours pour l’aider dans ces explorations si pénibles.
Le professeur Ernest H. -F. Meyer, cle Kœnig'sberg, a commencé à publier les plantes récoltées par M. Drège, dans un ouvrage intitulé : Cornmenlaria de planlis Africœ austraiioris quas collegit, etc., J. F. Drege.
Pour donner une idée de l’importance de cette collection, nous ferons remarquer que les deux premiers fascicules de l’ouvrage de M Meyer, publiés en 1855 et (857, et les seuls qui aient paru jusqu’à présent, contiennent l’énumération de 1,168 espèces de. plantes, dont une grande partie nouvelles et appartenant à des genres nouveaux, et que la seule famille des légumineuses a fourni 541 espèces. Le reste est réparti dans 15 autres familles, quelques-unes nombreuses en espèces, telles que les composées, qui en comptent 252, les asclépiadées, 10", les labiées, 72, les lobéîiacées, 51.
MM. Ecklon et Zeyher avaient précédemment commencé à donner une liste de leurs plantes, semblable à celle de M. Meyer. Elle a été publiée dans le même temps que les Cornmenlaria de M. Meyer, et sous ce titre : Enumeralio plantarum Africœ australis exiralropicœ , etc. Part. 1, 2, 5. H ambu rgi , 1855-1857.
La publication de cet écrit, qui devait servir de prodrome à la flore complète de l’Afrique méridionale, a été interrompue.
Le nombre des espèces, décrites dans les trois premières livraisons avec des numéros correspondant à ceux des échantillons, est de 2,490, appartenant à 02 familles. Un grand nombre de ces espèces, provenant des mêmes localités et publiées concurremment avec celles recueillies par M. Drège, doivent former nécessairement entre elles de doubles emplois dont la rectification est laissée aux auteurs de monographies à venir. Les espèces décrites, appartenant à la famille des légumineuses, sont un peu plus nombreuses que celles de M. Drège. Elles s’élèvent à 561 . Voici le nombre d’espèces mentionnées dans quelques autres familles : rubiacées, 45, campanulacées, 82, polygalées, 105, ombellifères, 112, géraniacées, 211.
Sous le titre de Florœ Africæ auslr alïoris tlluslr alloues monographicœ , M. C.-G. Nées d’Ésenbeck a commencé une publication intéressante pour ceux qui possèdent les plantes de MM. Ecklon, Zeyher et Drège, puisque ces plantes se trouveront décrites dans cet ouvrage. Le premier volume contient la famille des graminées.- 11 renferme les descriptions de 568 espèces de graminées, comprises dans 95 genres.
MM. Krams, Mottlioll et Guciiigiiis
Nous ne quitterons pas le cap de Bonne-Espérance sans citer M. le docteur Ferdinand Krauss, de Stuttgard, qui a rapporté des plantes de ce pays, récoltées principalement pendant un séjour de 1858 à 1840, qu’il a employé à visiter différentes parties de la colonie, depu s le Cap jusqu'au delà de Port Natal, traversant les districts du Cap, de Zwellendam, de George, d’Uitenhagen. Ces explorations lui ont procuré de riches collections botaniques et zoologiques qui paraissent renfermer un grand nombre d’espèces nouvelles, quoique provenant de localités parcourues quelques années auparavant par MM. Drège, Ecklon et Zeyher.
Nous mentionnerons à la suite de ces collections, avec un
choix de plantes du cap de Bonne-Espérance, données par 1 herbier royal de Berlin, en 1857, d’autres plantes récoltées par MM. Hottholl et Gucingius, et qui sont entrées, en 1845, dans le musée botanique de M. Delessert.