‹ Musée d'AlgerChapitre 47 sur 52 · PLANCHE XV · texte numérisé non relu

PLANCHE XV

L'HIVER, mosaïque D'AUMALE

Cette mosaïque, haute de 1.4^ sur une largeur de 1.42, le cadre compris, contient un tableau qui n'a que 0.85 de haut sur une largeur de 0.77. Il est assez vraisemblable que cette figure représente l'Hiver, et il existait d'autres compartiments analogues, composant un ensemble dont nous n'avons presque rien.

Dans un marais figuré par des plantes hautes, papyrus ou roseaux '^'^ marche une femme nue, la tète et les épaules couvertes d'une peau de panthère dont la longue queue flotte derrière elle<^-^; elle est coiffée de roseaux'^^). D'une main elle appuie sur son épaule une houe à deux fourchons, instrument de travail qui sert surtout dans la mauvaise saison, et attribut habituel des personnifications de l'Hiver^^^. De l'autre main, elle tient deux canards, de ces oiseaux que l'on aimait à représenter à cause du jeu des couleurs de leur

(i) Cf. Philostratf (trad. Bougot), I, 9; mosaïque d'Hadrumcte, de La Blanchcre, BuU. arc]]., 1888, p. 471; et Exposition du service des Antiquités et des Arts de la Régence de Tunis, Expos, univers.. Palais Tunisien, descr., p. 5.

(2) Cf. cette même peau de panthère sur les Bacchus de la mosaïque de Lambèse, et de celle d'Ouled-Agla (Poulie, Const., sér. 3,IV\ p. 424).

(3) Sur l'usage de représenter les Saisons par des figures de femmes, dans les mosaïques romaines, cf., outre celle de Lambèse, à Rome même, celle de la Porta Portese (C. L. \'isconti, Bull, munie, 1886, fosc. 4), celle de Saint-Jean-de-Latran au Vatican (Masqueray, B. C. A., IV, p. 174). Pour la représentation des mois, cf. deux mosaïques de

Cartilage, i" Beulé, Fouilles à Carthagc, 1861, p. 37; 2° 1889, Expos, univers.. Palais Tunisien, descr., p. 4, et Delattre (Epigr. chrct. de Carthage. Paris, Fournier, 1890, p. 8): précisément la mosaïque des environs du Bordj- Djedid contient la liste des mois et des saisons de l'année, et le personnage qui figure Febrarius porte deux canards; 3° une petite mosaïque du Musée de Saint-Louis de Carthage, encore inédite, suivant le P. Delattre, et qui représente une femme, vêtue cette fois d'une ample robe, mais portant, comme ici, dans les cheveux, des feuilles de roseaux, sur l'épaule, une houe à deux fourchons, dans la main un objet indistinct qui peut être un couple de canards. (4) Mosaïque de Lambèse (Poulie, ihid., II, p. 190). Cf. peintures d'Herculanum (Roux et Barré, V, p. 108, pi. 57).

plumage '^'\ et aussi à chasser^-^ et qui précisément étaient une allusion à l'humidité des mauvais jours "^5).

La technique de cette pièce est simple, le mouvement libre et les couleurs riches. L'encadrement, que notre planche n'aurait pu reproduire sans trop réduire les proportions de la figure, est des plus soignés. Chacun des côtés, d'égale longueur à 0.03 près, offre des grecques qui courent autour de quatre dés; ornementation qui est censée saillir et recevoir les rayons d'un foyer de lumière fictif, placé à gauche de l'image dans le bas et dirigé suivant un angle de 4^°. Les lignes des carrés et les frettes des grecques projettent des ombres et des pénombres dont le mosaïste a soigneusement varié les tons : les ombres des carrés sont de couleur brune, les pénombres jaune clair, et, des deux grecques, l'une a des pénombres lilas et des ombres lie de vin, l'autre des pénombres grises et des ombres vertes. La figure du panneau central est aussi des mieux nuancées. Le jeu de la lumière sur le corps de la femme nue, la figure, d'ailleurs assez lourdement traitée, la peau de panthère mouchetée de lilas et de noir sur un fond gris, la houe jaune avec ses fourchons d'un lilas grisâtre mêlé de cubes noirs, surtout le couple de canards, avec le bec rouge, la tête et le haut du cou verts, le dessus de la tête bordé de noir, le milieu du corps jaune, le dessous vert, l'heureux mouvement par lequel les deux oiseaux cherchent à redresser la tête, le tout compose un tableau bien dessiné, et surtout extrêmement bien nuancé.

(i) Cf. Philostmte, loc, cit. et II, 26; (2) Mosaïque d'Hadrumète, voir plus h.iut.

pavement d'une salle à manger de Bordj el (3) Cf. Clarac, III, pi. 448, n° 822; vase

Kantara en Tunisie (Gilbert, BuU. arch., de l'Ermitage, Antiq. du Bosph. Cimm., pi. ^^,

1885, p. 122); taluila lusoria de Timgad 3 et 4 et Compte rendu de S. P., 1863, p. 45

(Poulie, loc. cit., II, p. 243 sqq. ; Ephem. sqq. cpigr., V, n° 1270).

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