MATURATION
On donne le nom de maturation à la réunion des divers phénomènes qui se succèdent depuis le moment où les ovules sont fécondées jusqu'à l’époque où le fruit a acquis sa maturité complète; ce phénomène peut être comparé à la gestation dans les animaux. Le plus ordinairement, la maturation des fruits est annuelle; d’autres fois, elle n’est complète qu'au bout de deux ans : c’est ce qui arrive chez les pins dont les graines sont logées à la base des écailles de chaque cône. Ces arbres, qui sont les plus importants de la famille des Conifères, abondent vers le Nord, où ils forment de vastes forèts ; leur tige droite est d’une hauteur souvent colossale. On en connaît un grand nombre d'espèces, dont deux, ayant les feuilles géminées, sont communes en France : le. pin sauvage, qui croit dans les Alpes, les Pyrénées, etc., et le pin maritime qui se trouve sur les bords de la mer, dans le midi de la France. Ce dernier fournit une grande quantité de térébenthine. Depuis l’époque où les fruits sont noués jusqu’à leur maturation, ils attirent à eux la sève ascendante. Les arbres chargés de fruits pompent une bien plus grande quantité d’eau que ceux qui ne portent que des feuilles. Si les fruits sont trop nombreux sur un arbre, ils ne pourront
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acquérir un développement suffisant, et il s’en desséchera un grand nombre avant qu'ils n'arrivent à leur maturité; c’est pour cela qu'il convient d’enlever les jeunes fruits les moins gros, afin que ceux qui restent profitent de la sève. La maturation est complétement indépendante de la végétation et ne doit être attribuée qu’à la seule réaction des principes élémentaires du fruit. Cette action purement chimique est rendue plus pressante par la chaleur atmosphérique.
Déhiscence du fruit. Quand la graine a atteint le degré de perfection qui lui permet de reproduire la plante mère, elle doit se séparer de cette plante et chercher les conditions favorables au développement de son embryon. Quelquefois le péricarpe se détruit et laisse ainsi les grammes libres ; quelquefois il persiste autour de la semence comme un de ses téguments, et cède aux premiers efforts de l'embryon ; d’autres fois le péricarpe s'ouvre et laisse échapper la graine. Il y a donc des fruits indéhiscents et des fruits déhiscents.
Dans les fruits simples, l'ouverture a généralement lieu par les bords soudés des enveloppes de l'ovaire, de façon que le fruit se divise en deux pièces nommées valves. Dans les fruits composés, on voit quelquefois les parties de l'ovaire se désunir et tomber isolément, puis rester fermées ou s'ouvrir comme le feraient des fruits simples ; quelquefois aussi le dos de chaque loge se déchire, sans que les enveloppes se séparent. D’autres péricarpes s'ouvrent à leur sommet, en formant des dents qui s’écartent graduellement les unes des autres ; quelques-uns ne présentent d'autre ouverture que des trous pratiqués à leur partie supérieure ; enfin, 1l en est qui ne s'ouvrent pas du tout.
Le nombre des véritables valves est presque toujours égal à celui des loges du péricarpe ; mais dans quelques fruits, chacune se partage en deux pièces, en sorte que leur nombre parait double.
Les fluides nourriciers absorbés par les fruits y subissent des modifications continuelles jusqu'au moment de la maturation. Lorsque ces fruits ont acquis leur développement complet, ils font subir aux fluides qui arrivent dans leurs tissus des changements analogues à ceux qu'éprouve la sève qui est portée des racines dans les feuilles. Comme elles, ils exhalent par les pores de leur surface de l’eau et du gaz oxygène. Seulement tous les fruits ne rejettent pas une égale quantité d'humidité : ceux qui en exhalent le plus deviennent des fruits à péricarpe sec, comme les fruits des frênes, des érables, des ormes, etc.; ceux qui en exhalent le moins deviennent charnus, comme la groseille, l’amande, la noix, la poire, la pomme, la pèche, etc.
D’autres phénomènes se produisent alors dans les fruits : ils abandonnent pro-
gressivement leur couleur verte et se colorent en jaune, en rouge ou en violet; : 63
puis, au lieu d’absorber, comme auparavant, de l'acide carbonique et d’exhaler de l'oxygène, 1ls absorbent de l'oxygène et exhalent de l'acide carbonique. Dès que cet acte se produit, 1l s'opère une modification importante dans la composition chimique du fruit. Jusqu'à ce moment il était d’une saveur acide, dès lors 1l commence à acquérir une saveur sucrée. Ce changement dans les gaz absorbés et exhalés par le fruit, aux différentes époques de sa maturation, a souvent causé de graves accidents à des personnes qui avaient séjourné dans des appartements remplis de fruits mürs, et avaient respiré un air vicié par la grande quantité d'acide carbonique exhalé par ces fruits.