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L'histoire des Poissons à un intérêt réel, à raison de l'importance des pêches dont ils sont l’objet. A une époque qui n’est pas bien éloignée de la nôtre, cette branche d'industrie occupait un cinquième de la population totale de la Hollande, et pour la pèche du Hareng seulement, ce pays couvrait de ses bâtiments les mers du nord. En Angleterre, elle fait subsister aussi un nombre considérable de bons et hardis matelots ; et même en France, où elle a moins d'importance, on compte de trente à quarante mille pêcheurs, dont près du tiers s’aventure, chaque année. jusque sur les côtes de l'Islande et de Terre-Neuve à la recherche de la Morue, grand et excellent poisson qui abonde dans ces parages, et qui se montre aussi, mais en petit nombre, dans nos mers.
Le nombre intalculable d'œufs qui se développent simultanément dans un même heu, et l'instinct qui pousse divers poissons à se suivre entre eux, amène la réunion de certaines espèces en légions immenses et serrées, appelées par les pêcheurs des bancs de poissons. On ne peut appeler ces réunions des sociétés ; les individus dont elles se composent ne s’aident pas entre eux; les mêmes besoins à satisfaire les retiennent dans la même localité ou les en éloignent, et si on les voit quelquefois suivre l’un d’entre eux comme un guide, c’est probablement par suite d’une tendance à limitation.
À l’époque du frai, ils se rapprochent ordinairement des côtes, ou entrent dans les rivières, et font quelquefois de la sorte un trajet extrèmement long. Chaque année, vers la même époque, des bandes de Poissons voyageurs arrivent dans les mêmes parages, et l'on eroit généralement que plusieurs de ces espèces émigrent régulièrement du nord vers le sud et du sud vers le nord, en suivant une route déterminée ; mais peut-être serait-il plus exact de croire que, lorsqu'ils sparaissent du littoral, ils se retirent seulement dans les grandes profondeurs de la mer. Le Hareng est un des Poissons les plus remarquables sous ce rapport, et le plus célèbre par l'importance commerciale de la pèche qu’on en fait dans les mers du Nord. Il arrive chaque année en légions innombrables sur diverses parties des côtes de l’Europe, de l'Asie et de l'Amérique, mais ne descend guère au-dessous du quarante-cinquième degré de latitude nord.
Dès les mois d'avril et de mai, ces Poissons commencent à se montrer dans les eaux des îles Shetland, et, vers la fin de juin ou en juillet, ils y arrivent en nombre incalculable et en formant de vastes bancs serrés, qui couvrent quelfois la surface de la mer, dans une étendue de plusieurs lieues et ont plusieurs
centaines de pieds d'épaisseur. Peu après, ces Poissons se répandent sur les côtes de l'Écosse et de l'Angleterre. Pendant les mois de septembre et d'octobre,
ils y donnent lieu à de grandes pêches; et, depuis la mi-octobre jusque vers la
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fn de l’année, ils abondent dans la Manche, principalement depuis le détroit de Calais jusqu’à l'embouchure de la Seine. En juillet et août, ils restent d’orcinaire en pleine mer; mais ensuite ils entrent dans les eaux peu profondes, ils y cherchent un endroit convenable pour déposer leurs œufs, et y séjournent jusque vers le mois de février. Après la ponte, ils sont maigres et peu estimés; les pêcheurs les appellent alors des Harengs gais. Leur multiplication est prodigieuse : on a trouvé plus de soixante mille œufs dans le ventre d’une seule femelle de moyenne grandeur. On assure que leur frai recouvre quelquefois la surface de la mer dans une grande étendue, et ressemble de loin à de la sciure de bois qui y serait répandue.
Nous sommes encore visités par d’autres Poissons de passage, tels que les Sardines, les Maquereaux, les Thons et les Anchoïs, ils visitent périodiquement nos côtes et y donnent heu à des pêches importantes. Le Saumon est également remarquable par ses voyages; 1l habite toutes les mers arctiques, et chaque printemps, il entre en grandes troupes dans les rivières pour les remonter jusque près de leurs sources. Dans ces émigrations, les Saumons suivent un ordre régulier, en formant deux longues files réunies en avant et conduites par la plus
grosse femelle qui ouvre la marche, tandis que les plus petits mâles sont à l’ar-
rière-garde. D'ordinaire, ils avancent lentement et en se jouant; mais si quelque danger paraît les menacer, la rapidité de leur natation devient telle que l'œil peut à peine les suivre. Si une digue ou une cascade s'oppose à leur marche, ils la franchissent en s'appuyant sur quelque rocher et en redressant lout à coup avec violence leur corps courbé en arc, ce mouvement les lance hors de l’eau, et ils sautent quelquefois de la sorte à une hauteur de quatre à cinq mètres dans l'atmosphère pour aller tomber au delà de l'obstacle qui les arrêtait. Les Saumons remontent ainsi les fleuves jusque vers leurs sources, et vont chercher dans les petits ruisseaux et les endroits tranquilles un fond de sable et de gravier propre
y déposer leurs œufs; puis, maigres et affiblis par tant de fatigues, 1ls redescendent en automne vers l'embouchure des fleuves, et vont passer l’hiver dans la mer. Les jeunes Saumons grandissent très-promptement, et, lorsqu'ils ont atteint la longueur d'environ trente trois centim., ils abandonnent le haut des rivières pour gagner la mer. Nous avons déjà vu que les Hirondelles, qui, à l'approche de la saison froide, émigrent vers le sud, reviennent chaque année dans les mêmes lieux; il paraît que les Saumons ont le même instinct.
La Carpe est un poisson très-abondant et très-utile à cause de son prix peu élevé et de la bonté de sa chair. Les belles Carpes sont de quatre à cmq kilogr.; mais il y en a aussi qui en pèsent jusqu'à trente. On trouve quelquefois des
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Carpes qui ont la peau nue par places ou même en totalité; c'est cette variété qu'on appelle vulgairement Reine des Carpes, ou Carpe à miroir. Une seconde espèce de ce sous-genre, c’est le Cyprin doré, ou Dorade de la Chine, joli petit poisson qu’on nourrit dans des bocaux, où 1l flatte la vue par les reflets dorés et par la pourpre de ses écailles.
Le Maquereau commun, long de trente-trois centimètres, dont l'espèce est si répandue et si abondante dans les marchés de Paris, se pêche dans l’Océan, et fournit un très-bon aliment d’un prix peu élevé.
On doit aussi dire un mot du Thon, qui a d’un à deux mètres de long et pèse jusqu'à cmq cents kilogrammes et quelquefois davantage. Il se pèche dans la Méditerranée en telle quantité, que d’un coup de filet on en prend quelquefois assez pour remplir plusieurs vaisseaux. Il en est de même de la Bonite, si célèbre par la chasse qu’elle donne aux Poissons volants; du Germon, espèce aussi estimée que le Thon, quand :l est pris dans une Saison favorable.
La Sardine ne diffère du Hareng que par sa taille; sa longueur est de dix à
douze centim. et va rarement à seize centim. Elle vit également en troupes
nombreuses qui l'hiver demeurent dans les profondeurs des mers, et n’approchent des côtes qu'à l’époque du frai ; c’est alors qu’on les pêche pour les man-
-ger fraiches ou pour les saler.
La pêche de ces poissons est extrèmement productive; on dit que la Bretagne en retire deux millions de revenu par an ; un seul coup de filet en prend quelquefois assez pour remplir jusqu’à quarante tonneaux.
Le Turbot a généralement les yeux à gauche. On compte un assez grand nombre d'espèces de ce sous-genre, dont la plus importante est le Turbot ordinaire. bes Romains en faisaient un cas tout particulier, et tout le monde connaît les vers plems de grâce inspirés à Berchoux par ce monstrueux poisson, qui avait exercé le génie gastronomique des sénateurs de Rome. On pèche le Turbot dans presque toutes les mers, à l'embouchure des fleuves où1l s'enfonce dans la vase. On en trouve quelquefois qui ont jusqu'à six mètres de circonférence. Le Bar- Due appartient aussi à ce sous-genre.
Près du Turbot se place la Sole, que disünguent sa bouche toute contournée ët comme monstrueuse, située du côté opposé aux yeux, sa forme oblongue et Pétendue de sa nageoire dorsale qui règne tout le long du dos. C’est un poisson de fort bon goût, que l’excellence de sa chair a fait surnommer en quelques endroits Perdrix de mer. On remarque qu'elle est plus délicate lorsqu'on ne la mange que quelque temps après sa mort.
La Sole a les mêmes habitudes que le Carrelet, et sa taille est à peu près It
mème. Elle se trouve dans toutes les mers d'Europe, d'Afrique et d'Amérique ; on la pêche avec un hamecon de plomb armé de plusieurs fers de lance, qu’on jette sur elle quand on l’a aperçue au fond de l’eau. ;
La Limande, de forme rhomboïdale, a des yeux assez grands et il existe entre eux une ligne saillante. Ses écailles sont äpres, ce qui lui a valu son nom dérivé de lime; ses dents sont sur une seule rangée, et sont moins larges que celles des autres Plies. Ce poisson ce trouve dans l’océan Atlantique, dans la Baltique et dans la mer Méditerranée; 1l vit de petits crustacés.
La Plie parvient quelquefois à la taille de cinquante centimètres. Dans ce groupe se trouve le Carrelet, poisson assez estimé dans sa grande fraicheur. Le Fletan en est aussi très-voisin ; il compte plusieurs espèces. L'une d'elles qui se trouve dans toutes les mers d'Europe y devient l’un des plus grands poissons ; on assure qu'il atteint de sept à dix mètres; on sale sa chair comme celle de la Morue. <
Parmi les nombreuses variétés de Poissons CARTILAGINEUX, nous mentionnerons la Raie, qui fréquente toutes les mers de l’Europe, et dont la chair est l’objet d'un grand commerce. Ce poisson est appelé dans plusieurs de nos départements méridionaux raie clouée ; sur les côtes des Alpes maritimes, clavelade, etc.
On rencontre les Raïies dans toutes les mers. Nos côtes en nourrissent plusieurs espèces, dont la plupart ont la peau garnie d’aspérités et souvent d’aiguillons qui servent à les protéger; telle est la Raïe bouclée, qui se reconnaît à ses tubercules osseux, terminés par des aiguillons recourbés.
La chair de ce poisson étant dure et coriace, on le conserve pendant quelques jours après l'avoir pris, et avant de le mettre en vente. À Paris, la Rae est un poisson recherché, parce que dans le parcours nécessaire pour y être apportée et vendue, sa chair acquiert de la qualité. On en fait un cas tout particulier ; elle paraît mème sur les meilleures tables, et son foie est très-estimé des gourmets.
Une espèce de Raïe parvient à une très-grande dimension, c’est le Céphaloptère; ila quelquefois un mètre de largeur. La Mourine est encore une variété d'espèce de Raïe que caractérise le dard ou long piquant situé entre sa nageoïre dorsale et le bout de sa queue : ce dard sert à la Mourine pour se défendre con= tre les attaques auxquelles elle est exposée. Ce poisson est très commun sur la plage de Nice, où on le pèche pour son foie, qui est très-volumineux et très-bon à manger.