‹ Musée de l'Ermitage impérial. Notice sur la formation de ce musée et description des diverses collections qu'il renferme avec une introduction historique sur l'Ermitage de Catherine IIChapitre 114 sur 304 · Le livre du triomphe de la force et de Ia prudence · texte numérisé non relu

Le livre du triomphe de la force et de Ia prudence

In fol. de 184 ff. vélin: 18 belles grandes miniatures, la plupart en grisailles; initiales en couleurs.

Cet ouvrage allégorique et moral en prose française, est dédié à Louise de Savoie, régente de France, mère de François I. La première miniature, placée vis-à-vis de la dédicace, représente l’auteur, en costume de moine, offrant son livre à la reine, assise sur un trône surmonté de l’écusson parti de France et de Savoie. Le portrait de cette princesse est ressemblant.

Reliure en velours violet, avec coins et fermoirs en argent doré. Curieux spécimen de reliure du temps.

Nota. Ce ms. est probablement le même que celui sous N° 726 de la bibliothèque Coislin (2° liste p. 1108).

(Dub) Vitrine 6.

5.3.46. Epistres en vers francois composées par les poètes royaux de Louis XIL et d'Anne de Bretagne.

pour être envoyées au roi de la part et au nom de la reine, pendant la guerre d'Italie, en 1509.

Petit in fol. de 112 ff. vélin; onze grandes miniatures remplissant la page entière, avec encadrements et initiales en or et en couleurs.

Admirable ms. un des plus beaux qui existent en Europe. La reine Anne de Bretagne le fit exécuter par les meilleurs artistes de son temps pour l’offrir à Louis XII. On peut attribuer les merveilleuses peintures qui en font l’ornement, à des peintres français attachés à la maison royale, probablement au fameux Jean Perréal, dit Jean de Paris, peintre et valet de chambre de Louis XII !); peut-être aussi à un autre de ces peintres royaux non moins habile, nommé Jean Bourdichon, qu’ Anne de Bretagne chargea de faire le portrait de François de Paule, lors de la canonisation de ce saint personnage.

Les quatre peintres royaux employés par la Cour à cette époque paraissent avoir été Lichtemon, Foucquet, Bourdichon et Perréal ?). Mais il est plus probable que l’auteur des miniatures de notre ms. est Jean Perréal que Charles VIII avait trouvé à Lyon à la tête des paintres, tatlleurs d'images et verriers qui y formaient une corporation célèbre. Louis XII l’envoya à Londres en 1514 au devant de Marie, sœur de Henri VIII, pour diriger les cousturiers qui devaient travailler aux vêtements de la future reine de France. François I le chargea de confectionner les 206 écussons d’or et d’azur aux armes de Louis XII, qui figurèrent aux obsèques de ce bon roi. Jean Bourdichon est porté dans l’état’des officiers de l'hôtel du roi jusqu’en 1520 et Jean Perréal jusqu’en 1522 3).

4) Dans la maison des rois de France il y avait attachés à leur personne, des valets de chambre peintres, des valets de chambre poètes, des valets de chambre tapissiers, etc. Cet usage subsista fort longtemps. On sait que Molière portait le nom et le titre officiel de Jean-Baptiste Poquelin, valet de chambre tapissier du Roi.

2) De Laborde. La Renaissance des arts à la cour de France. Tome 1. p. 88.

3) Ibid. p. 182. 191.

Dans les miniatures de notre beau ms. toutes les figures sont d’une ressemblance frappante, et d’une rare perfection de dessin et de coloris. On ne connaît pas de plus beaux portraits d'Anne de Bretagne qui, sur la première miniature, est représentée avec ses filles d'honneur!) assises sur des tabourets et formant un groupe dans le fond de la salle où la reine est vêtue de noir, comme une veuve, au moment du départ de son mari, pour reprendre ses habits de fête au retour de ce bon roi.

Anne de Bretagne est assise à une table où elle écrit à Louis XII. Un petit chien blanc est couché sur les plis trafnants de sa robe, et l’on remarque près du lit un perroquet dans sa cage.

Il est à croire que l’usage d’avoir cet oiseau dans les appartements avait été introduit depuis peu en France; car, en 1468, lorsque Louis XI fit enlever tous les oiseaux des Parisiens qui avaient appris à parler, pour voir s’il n’y en avait pas quelqu'un qui parlàt de l'affaire de Péronne, l’auteur de la chronique ne fait mention que des pies, des jais et des chouettes ; il n’aurait pas manqué d’y mettre aussi les perroquets s'ils avaient été en usage dans ce temps là. (Remarque de Montfaucon).

Dans la septième miniature, la reine, toujours entourée de ses filles d'honneur, est assise sous un dais, vêtue d’une robe de brocart d’or, au moment où elle reçoit le messager du roi annonçant son retour. Dans la cinquième miniature, elle était déjà représentée vêtue d’une robe de velours rouge doublée de brocart d’or, remettant une dernière lettre pour le roi au messager éperonné, ayant son portefeuille officiel suspendu au cou, et recevant, un genou en terre, la lettre des mains de la reine. On lit sur l’enveloppe de la missive: À Mon Sieur le Roy.

Quant au texte il est formé de la réunion des onze épiîtres que la reine avait commandées à ses poètes et qu’elle envoya successivement à Louis XII, pour charmer les ennuis de l'absence.

En marge des épîtres, aux ff. 41 à 66, sont écrits, en plus petits caractères, des vers Jatins qui redisent le sujet des épitres en français.

1) Anne de Bretagne fut la première reine en France qui eut l'idée de s'entourer de demoiselles des meilleures maisons du royaume, que l'on nomma depuis Files d'honneur de la Reine.

16° SIÈCLE. y5

Plusieurs de ces épîtres ont été imprimées alors en lettres gothiques.

Voici les pièces contenues dans le volume:

Epistre composée en latin par le renommé et royal poète Fauste Andrelin et translatée par Macé de Villebresme, valet de chambre ordinaire du roi Louis XII.

Les espistres envoyées au roi très crestien Louis XII, de la les montz, par les Estats de France et composées par frère Jean d'Auton, historiographe du roi et abbé d’Angle. Au nombre de trois, Eglise, Noblesse, Labeur, représentant les trois Etats.

Epistre composée en latin par Fauste Andrelin et translatée par le dessus nommé Macé de Villebresme.

Epistre composée en latin par Jean Francisque Suard de Bergame et translatée par le très révérend père en Dieu frère Jehan d’Auton.

Epistre composée par le poète royal Fauste Andrelin et translatée par Macé de Villebresme.

Epistre d’Hector de Troye envoyée des Champs Elisées à Louis XII et composée par frère Jehan d’Auton.

Epistre responsive du roy très erestien à Hector de Troye et composée par Maistre Jehan Lemaire.

Epistre par le dieu Mars transmise au roy et composée par M" de Mailly.

Epistre élégiaque par l’Eglise militante transmise au roi très crestien Loys douziesme, composée par frère Jehan d’Auton abbé d’Angle, historiographe diceluy seigneur.

Sur le verso du feuillet qui précède la miniature de cette épitre, on lit Epistre de la Saincte mère Eglise la triste et dé-

solée.

Le tableau offre une femme exprimant la désolation (audessus de sa tête est écrit en lettres d’or, l'Eglise), assise dans une église dont une figure, la tiare pontificale en tête avec le mot Dissolucion écrit au-dessus, ébranle une colonne et fait tomber la voûte, pendant qu’une troisième figure Charité embrasse de la main gauche une autre colonne et pose la droite sur l’épaule d’un chevalier en armure du 16° siècle, le glaive

en main, avec cotte fleurdelisée d’or, qui semble arriver au secours de l'Eglise; allusion évidente à Jules II et à Louis XII.

Ce ms. est signalé par une note ancienne écrite en tête du volume, comme exécuté en Italie, mais il offre tous les caractères de l’art français de l’époque, et de plus les portraits sont ceux de la reine et des personnes de sa cour qui n’avaient pas accompagné Louis XII au-delà des monts.

Reliure moderne en velours rouge, avec gardes en drap d'or. |

Nota. Ce précieux ms. est évidemment le même que celui de la bibliothèque Coislin sous N° 195 (p. 1072) dont Montfaucon a fait dessiner et a publié quelques miniatures (pl. 9 à 13 du tome 4 des Monum. de la monar. fran.). On trouve Le texte du ms. dans le Trésor des pièces rares. Paris, 1858.

(Dub.) | ‘Vitrine 6.

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