‹ Musée de l'Ermitage impérial. Notice sur la formation de ce musée et description des diverses collections qu'il renferme avec une introduction historique sur l'Ermitage de Catherine IIChapitre 183 sur 304 · Buste de Titus. 69. Buste de Septime Sévère · texte numérisé non relu

Buste de Titus. 69. Buste de Septime Sévère

Bronzes de la fin du 16° siècle.

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(dites Antiquités de Kertch).

SALLE NX.

Au commencement de ce siècle, mais surtout vers l'année 1820, on avait déjà connaissance que sur les rivages septentrionaux du Pont-Euxin, on avait exhumé diverses médailles et autres monuments qui attestaient l’existence des colonies que les Grecs y avaient fondées, dès le 6° siècle avant Jésus-Christ. Les noms de Panticapée, de Théodosie, de Phanagorie et autres, mentionnés dans les auteurs classiques, reparurent à la lumière, et on se préoccupa de l'existence de ces villes antiques.

Panticapée, qui à perdu son nom pour prendre celui de Kertch. au moyen-âge; Théodosie, qui avait pris sous la domination des Génois celui de Kaffa et qui a repris son ancien nom, après la conquête de la Crimée par la Russie; Phanagorie, dont on a de nos jours retrouvé l’emplacement, le port et son môle'), là où est une station de poste, nommée Sennaia, sur la rive asiatique du Bosphore, sont, avec les localités voisines, les trois sources principales qui ont fourni les monuments dont il s’agit dans cette notice.

Une grande découverte fortuite, opérée en 1831 aux portes de Kertch, celle d’un tombeau royal, caché dans un tumulus appelé Koul-Oba, le Tertre des cendres, en tatare

1) Voyez des détails à ce sujet: Lettres sur le Caucase et la Crimée. Paris, 1859, page 410.

(que par une autre tradition ‘recueillie tout récemment dans l'endroit, il vaudrait mieux appeler Batal-Oba, le Tertre du Brave), fut une révélation éclatante qui eut un grand retentissement.

En effet, on y trouva, dans un caveau en pierres de taille, les restes d’un roi scythe, déposé dans sa demeure

. funéraire avec son épouse favorite près de lui, son écuyer

et son cheval de guerre, avec sa tiare, ses armes d’or, ses ornements et ses habits royaux, ses objets précieux, et, en outre, avec des vases en bronze doré, et d’autres plus grands vases de bronze, ceux-ci renfermant encore des restes de provisions; — êtres, que l’on avait mis à mort, et objets que l’on avait placés dans son tombeau, pour lui faire cortège et pour lui servir, dans cette croyance de l’antiquité aux besoins d’une vie matérielle au-delà de la tombe.

La découverte du Koul-Oba est pour une grande part dans les monuments qui composent les Antiquités du Bosphore Cimmérien, surtout pour les objets d’or. Aussi cette découverte donna-t-elle beaucoup d'importance au musée qui avait été fondé à Kertch, en 1823.

Un bruit, répandu avec une intention manifeste par des journaux étrangers, lors de la dernière guerre, tendait à établir le fait que les richesses de ce musée n’appartenaient plus à la Russie. Il n’en est rien. Le musée de Kertch n’en avait été que le dépositaire, et dès l’année 1852 (à l'exception de quelques doubles, dont ceux de valeur, mis à temps en lieu de sûreté, sont revenus aujourd’hui à Kertch), toutes ces richesses avaient été transportées à Pétersbourg et installées dans la salle où nous allons promener le visiteur, et dans le Cabinet de limpératrice dont nous parlerons plus loin.

Un fait du plus haut interêt ressort de l'inspection de ces riches objets; c’est qu’au milieu d’un style étranger à la Grèce dans de certains ornements, se rapportant aux coutumes et aux usages du pays, l’art grec y brille dans

tout son éclat; et offre ainsi la preuve que le commerce avait attiré dans ces lointaines régions le génie grec, qui y avait élu domicile au milieu des Scythes, et a figuré sur ces objets leur physionomie, leur costume, leur armes, au milieu d’emblêmes tirés de leur existence, se mêlant aux emblêmes de la mythologie grecque, pénétrant, avec la civilisation antique, au milieu de ces peuples. Les médailles d’or qui y ont été exhumées offrent une perfection de type et d'exécution que les plus belles médailles antiques connues égalent seulement, et les bijoux d’or, dits de Kertch, constituent la plus riche collection de ce genre, quant au nombre qui existe, et la plus parfaite, quant au goût. C’est une opinion établie et reconnue aujourd’hui en Europe. Relativement aux vases peints, quelques-uns égalent en beauté de style et d'exécution les plus célèbres que l’on connaisse.

Il s’y trouve des objets qui n’existent nulle part ailleurs, comme des restes de cercueils sculptés, en bois de cyprès ou d’if, avec figures de divinités, et des débris d’une lyre en buis où des dessins, tracés à la pointe, offrent le Jugement de Pâris, avec une perfection de lignes que l’on ne retrouve que dans les plus beaux camées grecs.

Deux espèces d'objets se remarquent dans ce Musée, ceux de provenance grecque, évidemment apportés par le commerce; ceux de provenance locale, exécutés dans le pays par des artistes grecs ou par des artistes de la contrée, leurs élèves.

Les Antiquités, dites de Kertch, auxquelles se mêlent quelques bijoux de Théodosie, qui ne leur cèdent pas en beauté, et quelques objets remarquables des rivages de la presqu'île de Taman, quelques-uns aussi de Nedvigovka, à l'embouchure du Don (localité présumée de l'antique Tanaïs), quelques objets enfin de Chersonesus, constituent donc les Antiquités du Bosphore Cimmérien dont la publication a été faite à S' Pétersbourg, par ordre Suprême,

210 | ANTIQUITÉS avec tout le luxe de gravure et de typographie possible, en russe et en français, sous le titre:

Apesxocru Bocæopa Kuuwwepiñckaro XPAHALLACA BB HM- HRPATOPCKOME My3eb u3aaHbi no Bucouaïmeny noBexÉxix. Cr. Ierep6ypre, 1554.

Antiquités du Bosphore Cimmérien, conservées au Musée Impérial de l’Ermitage; ouvrage publié par ordre de Sa MassTÉ L'Expeneun. St Pétersbourg. 1854. 3 volumes folio (dont un atlas de 91 planches avec 2 cartes).

Ce petit musée comprend plus de 1700 objets divers, en or, argent, bronze, fer, ivoire, verre, pâte, terre cuite, bois, tissus de laine et autres matières; près de 500 vases peints ou autres; 175 anses d’amphores, avec inscriptions et poinçons; 40 lampes; 23 statues ou fragments de statues en marbre; 45 bas-reliefs et monuments sépulcraux ou pierres tumulaires; 37 colonnes ou fragments architectoniques; 47 inscriptions sur marbre; et, en y comprenant les 2200 objets, la plupart en or, qui sont dans le Cabinet de l’Impératrice, à l'étage supérieur du Musée, c’est une collection de bien près de 5000 objets. Nous ferons observer que les objets identiques, très-nombreux, comme plus de 3500 écailles de bronze, ayant constitué quelques armures seulement, et près de 600 pointes de flèches en bronze, sont compris sous moins de dix numéros.

Les objets d’un petit volume sont exposés dans des armoires et dans des montres-armoires, au nombre de 25, fermées d’une seule glace. Dans les armoires où sont les vases peints, le fond de l’armoire est revêtu d’une glace étamée, pour que le revers des vases puisse s’y réfl'chir.

La plupart des objets en argent sont exposés dans trois obélisques fermés de glaces, à plusieurs tablettes, pareillement en glaces.

Les grands vases, sans peintures, sont disposés sur des consoles de marbre, dans diverses parties de la salle. Les amphores à vin, quelques-unes d’une grande dimension, sont placées sur des trépieds.

Sur les deux côtés et dans le fond de la salle, les monuments sépulcraux, comme les pierres tumulaires, sont dressés sur de grandes bases en bois, dont les panneaux ont servi à encadrer beaucoup de dalles de marbre chargées d'inscriptions.

Enfin, dans l’arrangement de la salle, toutes les dispositions ont été calculées pour que la lumière ait accès partout, dans la prévision du long hiver de Pétersbourg, pendant lequel le jour est insuffisant.

Nous allons faire, avec le visiteur, la revue sommaire de ce petit musée, sous forme de courtes descriptions, avec numéros de renvoi, entre deux parenthèses pour les objets publiés, aux numéros des planches de l’Atlas.

La presque totalité des objets en or ayant été placée dans le Cabinet de l’Impératrice, nous y arriverons plus loin. Ici, noùs restons dans la salle dite de Kertch, au rez-de-chaussée de l'édifice.

(à droite, en venant du Cabinet des Petits Bronzes; le visiteur doit suivre d’abord la salle, le long des fenêtres).

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