QU’IL A FAIT GRAVER DANS SON BEL OUVRAGE PUBLIE EN 3 VOLUMES
IN-FOLIO, À ROME, DE 1768 à 1772.
Les localités de ces statues, au nombre de 74, dont 29 devraient être en Angleterre et 20 en Prusse, ne peuvent être désignées que d’après les indications données par Cavaceppi , et il est à regretter que ce ne soit pas un moyen sûr de les retrouver. Un bon nombre, probablement, ou n’auront pas été à leur destination , ou en auront changé depuis. Peut-être aussi y en a-t-il qui auront souffert, et les restaurations ayant subi des modifications les auront rendues difficiles à reconnaître parmi les statues du recueil de Cavaceppi. L’on sait que c’était un assez habile sculpteur, et que surtout il avait un talent très-particulier pour recomposer une figure avec un fragment très-peu considérable, et lui donner un certain air antique. C’était un fort adroit mais terrible restaurateur. Aussi peut-on toujours, sans être taxé d’injustice ou de prévention , suspecter d’avoir plus de parties modernes que d’antiques les statues qui ont passé par ses industrieuses mains. C’est principalement le cas pour celles dont il achetait les débris, sans doute à trèsbon marché, pour son compte, et auxquelles il donnait tous ses soins pour en refaire des antiques qui le dédommageaient bien de ses peines. Il se peut que plus d’une fois on ait voulu rendre à ces statues un caractère que le restaurateur romain n’avait pas reconnu, ou qu’il n’avait pas saisi avecsuccès. Sans respect pour son travail on aura cherché, par des changemens à ses restitutions et à ses accessoires, à leur faire perdre la trace de la main et de l’atelier de Cavaceppi ; on ne saurait alors comment s’y retrouver dans les gravures faites d’après ses restaurations. Souvent il vendait ces statues restituées à sa guise à des marchands qui en trafiquaient avec d’autres ou qui les plaçaient chez des particuliers où l’on n’a pas pu les suivre; ce qui a dû jeter beaucoup de doute sur les vicissitudes qu’elles ont pu éprouver et sur les endroits où elles se trouvent aujourd’hui. Les statues du recueil de Cavaceppi sont en général bien dessinées et bien gravées, et l’on croirait qu’au premier coup d’œil on va signaler celles que l’on dit lui avoit appartenu ou qui ont eu affaire à lui; eh bien ! pas du tout, même en ayant les dessins sous les yeux, et en les comparant avec ses planches, on est fort loin de compte et l’on s’y perd. Ce que je sais de certain, c’est que je ne retrouve que très-peu de statues de Cavaceppi parmi celles des collections de l’Angleterre que j’ai presque toutes vues et examinées avec soin , et fait pour la plupart dessiner, et que, malgré l’excellente description des statues du musée de Berlin, par M. Edouard Gerhard, j’éprouve autant de difficultés à y reconnaître les statues que Cavaceppi dit être passées de son atelier dans la collection du roi de Prusse. C’est ce qui me porterait à
INTRODUCTION
soupçonner que bien des statues restaurées et vendues par Cavaceppi ne sont plus telles qu’elles étaient en sortant de ses mains.