‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 4)Chapitre 122 sur 436 · MUSÉE PIO-CLÉMENTIN · texte numérisé non relu

MUSÉE PIO-CLÉMENTIN

Le Vatican, lorsqu’il perdit Winckelmann, enlevé aux arts en 1768 par un affreux assassinat, était rempli d’une immense quantité' de statues, de bustes, de bas-reliefs et d’autres monumens antiques. Depuis plus de trois siècles les souverains pontifes l’avaient enrichi par les fouilles qu’ils avaient fait faire à Rome et aux environs. Clément XIII, Rezzonico (1758-1769) y avait beaucoup ajouté, et il rendit un grand service aux antiquités en chargeant de les diriger Winckelmann, qui, leur vouant le culte le plus éclairé, apporta à les recueillir de tous côtés tout le zèle que pouvait lui inspirer la

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confiance sans bornes accordée à ses talens, son amour pour les arts et ses vastes connaissances. Mais si le Vatican renfermait de grandes richesses monumentales, il n’y avait pas encore, à proprement parler, de musée, si l’on entend par cette expression une collection ou une reunion de monumens disposes avec méthode et de la manière la plus favorable à l’art, à son histoire et à celle de l’antiquité, dont un tel musée offre une des plus importantes parties. Ce fut le successeur de Rezzonico, l’immortel Clément XIV, Ganganelli, qui dans son brillant mais trop court souverain pontificat (1769-1774), consacra une grande partie des belles salles du Vatican à la formation d’un musée. D’une grande beauté dès son origine, il est devenu par les additions multipliées qu’il a reçues des papes Pie VI et Pie VII, Chiaramonti, la plus riche collection du monde sous le nom de Pio-Clementin, qui réunit en un seul les glorieux noms des quatres papes auxquels on le doit. Le musée Chiaramonti en est un superbe supplément, et son magnifique braccio nuovo ( l’aile nouvelle) rappellera toujours le bon goût du vertueux et malheureux Pie VII, qui a tant fait pour l’embellissement de Rome et l’entretien de ses monumens et qui, Français d’origine, a tant ajouté à l’illustration de la maison des Clermont-Tonnerre dont il était issu.

Clément XIV avait mis à la tête de son musée l’antiquaire le plus distingué de Rome, J. B. Visconti, et il le chargea de donner l’explication de ses nombreux monumens dans un ouvrage digne par la beauté de son exécution de la grandeur et de la richesse du sujet. On ne reculait devant aucune dépense, et les mains les plus habiles, appelées à concourir à l’immense travail du dessin et de la gravure , devaient reproduire les statues et les autres monumens dans de grandes proportions. J. B. Visconti s’associa pour la direction de cette œuvre magnifique et pour la composition du texte, son fds, notre Ennius-Quirinus, et il lui eut été difficile de faire un choix meilleur et plus sûr de l’assentiment général. A peine âgé de vingt ans (il était né à Rome en 1751), le jeune savant avait déjà fait ses preuves en athlète aguerri dans la carrière qu’il devait parcourir avec tant de gloire, et déjà, depuis quelques années, on prévoyait qu’il se placerait un jour à la tête des antiquaires et des philologues de l’Europe. A l’âge où la première enfance ne sait encore que balbutier, Rome avait vu avec le plus grand étonnement, et on le racontait comme un prodige qui retentit dans tout le monde savant, le petit Visconti, doué d’une mémoire prodigieuse, savoir avec ordre une foule de faits de l’histoire, de la mythologie et presque tous les personnages de l’antiquité figurés par les médailles et les monumens, et il semblait, pour ainsi dire, se préparer déjà à sa grande œuvre de l’iconographie grecque et romaine. A dix et à douze ans il soutint des thèses qui eussent fait honneur à des littérateurs savans et à des mathématiciens d’un âge mûr. A treize ans il publiait une édition de l’Hécube d’Euripide, entièrement de lui et sans le secours des traducteurs iii des commentateurs. Que n’avait-il pas encore appris, et de quelle science son esprit ne s’était-il pas enrichi lorsque, vers vingt-deux ans, il fut appelé par son habile père, qu’il devait laisser bien loin derrière lui, à concourir au beau monument du

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Musée Pio - Clémentin. Plusieurs années se passèrent à recueillir les matériaux de l’érudition et aies rédiger, ainsi qu’à faire exécuter les dessins et les planches. Le premier des sept volumes grand in-folio de cet ouvrage ne parut qu’en 1782, et excita parmi les savans et les artistes un grand mouvement par la science profonde et la sagacité qui, répandues avec un style agréable dans les interprétations des monumens, donnaient de la certitude à bien des sujets qui jusqu’alors n’avaient pas toujours été établis sur des bases aussi solides. Ce premier volume du Musée Pio-Clémentin ne portait que le nom de J. B. Visconti, mais, dans une bonne partie, on reconnaissait la coopération de son fds. Le second volume, publié en 1784, après la mort de Jean-Baptiste, et entièrement d’Ennius, reçut un accueil encore plus brillant que le premier, et montra ce que l’on devait attendre des connaissances de ce jeune savant de vingt-trois ans, successeur de son père dans la direction du Musée Pio-Clementino , dont le septième volume parut en 1798. Le Ier volume a 52 planches de statues et 2 planches accessoires marquées A, B; en tête est le portrait de Pie VI et le plan général du musée; le IIe volume, de 1784, 32 planches et 2 planches de monumens accessoires; le IIIe volume, en 1788, 50 planches de statues, un nouveau portrait du pape Pie VI, et 3 planches accessoires; le IVe volume, en 1793, 45 planches de bas-reliefs et 2 planches accessoires, et les statues d’Apollon, de Vénus, de Méléagre, appendice du Ier volume; le Ve volume, 1796, 46 planches de bas-reliefs, 2 planches accessoires et 1 sarcophage; le VIe volume, 1797, 61 planches de bustes et 2 d’accessoires; le VIIe volume, contient les Miscellanea ou Mélanges du Musée Pio-Clémentin , dédié au pape Pie VII, avec son portrait, 50 planches et 2 d’accessoires. Ce vaste recueil contient en tout 359 planches et 404 avec le Musée Chiaramonti.

Le Musée Pio-Clémentin est un de ces ouvrages si universellement connus, et si justement admirés qu’il serait tout à fait superflu d’en faire ici l’éloge et d’en parler plus au long; c’est le plus beau titre de gloire de Visconti, et l’on sait de quelle utilité il a été, il est, et il sera toujours, ainsi que son iconographie et ses autres ouvrages, à ceux qui veulent étudier avec fruit les monumens mythologiques et historiques de la sculpture antique. Le pape Pie VII, ayant formé au Vatican un nouveau musée, Visconti compléta en 1808 son grand ouvrage par un VIIIe volume, le Musée Chiaramonti , publié par Ant. d’Este et Gasp. Capparona, et dont le texte est de Phil. -Aurel. Visconti et de Jos.-Ant. Guattani, aidé des lumières de Visconti; il contient 44 planches et le portrait du pape Pie VII. ( Voyez sur Visconti la notice du docteur Labus, entête du Ier volume du Museo Pio-Clementino, in-8°, édition de Milan; le Moniteur, des 11 et 18 février 1818; les Annales encyclopédiques de Millin, 1818, t. II; la Biographie universelle de Michaud, et l’article de la Biographie des Contemporains de Rabbe.)

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