CHOIX DES MEILLEURES STATUES ANTIQUES
Ce bel ouvrage in-folio fait partie de l’immense et superbe collection des œuvres des Piranesi, qui, en 29 volumes offrant 1,250 planches de la plus grande dimension, contiennent, outre les antiquités romaines, celles de plusieurs autres contrées, Naples, Pestum. Dessinées avec beaucoup de vérité et de vigueur, il y brille un vif sentiment du style antique et une chaleur de verve, et l’on peut même dire une fougue dans la touche et dans le caractère, qu’on ne trouve pas ailleurs. Aussi ce grand ouvrage estil sans cesse cite" et propose comme modèle de la manière de rendre les
INTRODUCTION
monumens antiques. Il ne faut pas y chercher la finesse et la purete' de métier de la pointe et du burin , mais on y admire l’effet, le grandiose, la couleur locale et l’étonnante hardiesse du travail; il semble improvise' avec facilité par l’imagination plutôt que produit par l’étude et par le temps. Le Choix des Statdes de Piranesi ne présente que des chefs-d’œuvre : les figures ont environ un pied de proportion ; la gravure est dans le genre de celle de Mellan et de Pitteri, les tailles se suivent presque horizontalement, sans secondes ni troisièmes, ce qui donne quelquefois de la mollesse, et produit des ondulations fatigantes pour la vue. Toutes les planches sont de François Piranesi, fils de Jean-Baptiste, dessinateur et graveur à l’eau forte et au burin, né à Venise en 1720, mort en 1778 à Rome, où on lui érigea un tombeau, à Sainte-Marie, sur le mont Aventin, avec une statue en marbre, faite par le bon statuaire Angelini. Le terrain avait été donné par le cardinal Jean-Baptiste Rezzonico, Vénitien, grand prieur de Malte, et qui, après la mort de son oncle, le pape Clément XIII, Rezzonico (1758 - 1769), devint le protecteur de J. B. Piranesi, que le pape avait créé chevalier romain.
Le chevalier J. B. Piranesi eut dix enfans, dont l’aîné était François, né à Rome en 1748 , mort en 1810 àParis, où finit aussi ses jours, en 1842, Pierre Piranesi, littérateur distingué et le dernier de cette famille, qui depuis longtemps s’était consacrée aux arts et aux lettres. Venaient ensuite Laure, morte jeune en 1785, Ange et Pierre. François était élève de son père; Laure le fut aussi: elle était habile, et a coopéré aux belles planches de Jean- Baptiste et de François. 18 volumes de la collection de Piranesi portent le nom de Jean-Baptiste. Pestum, le Panthéon, le temple de la Sibyle, avaient été commencés par lui; après sa mort, ils furent terminés et publiés par François. Jean-Baptiste sur lequel Bianconi, dans une notice publié à Rome, a débité une foule de faussetés qui feraient passer notre habile artiste pour un extravagant et un ignorant, avait été architecte et peintre de décorations à Venise. II vint s’établir à Rome comme dessinateur attaché à l’ambassade de Venise, et quelques bizarreries dans le caractère et les manières n’empéchèrent pas de reconnaître son talent et de le nommer de l’académie de Saint-Luc. Ce fut lui qui contribua le premier, ou du moins le plus, par ses belles vues des monumens antiques, à y attirer les regards, à épurer le goût, faussé et dépravé pendant longtemps par les singularités, le maniéré et le clinquant de Borromini et de son école. J. B. Piranesi cherchait à le ramener à la sévérité et à la pureté de l’antique; cependant il faut avouer qu’il n’en donna pas toujours l’exemple, et qu’emporté par son imagination, il pécha par un abus d’ornemens qui, bien que pris à de bonnes sources, blessaient le bon goût par leur surabondance. J. B. Piranesi eut plusieurs savans pour collaborateurs du texte de ses antiquités, mais le fond des idées était en général tiré de ses propres connaissances. Aucun texte n’accompagne les planches de son choix de statues , la grandeur et les restaurations n’y sont pas indiquées, et il n’y a pas de pagination; mais je la donne ici d’après l’ordre des planches. Comme elles ont été toutes gravées par François Piranesi la colonne des graveurs serait superflue; mais le numéro qui termine l’article de chaque statue indique l’année où elle a été
INTRODUCTION