MUSÉE BRITANNIQUE
Ce beau musée, si riche en admirables productions de la sculpture d’Athènes, de l’école de Phidias, n’a ètè publie qu’en partie par M. Combe, dans un ouvrage grand in-quarto, dont il n’a encore paru que neuf parties. La sixième est de M. C. R. Cockerel, habile et spirituel architecte, dont les beaux et savans ouvrages sur Athènes, sur la Grèce et sur Rome, ont rendu
(1) Description of the collection of ancient marbles in the british Muséum , with engravings. London, 1812-1830, grand in-quarto. — La première partie de ce beau recueil, dont la publication a commence' en 1810, ne comprend que les terres cuites du Muse'e Britannique, qui en possède un assez grand nombre en général fort remarquables , et de beaucoup d’inte'rêt sous îe rapport des sujets et de l’exe'cution. Le titre de chaque partie est orne' de fragmens de monumens de la sculpture et deme'dailles très-bien rendues. Le texte, qui offre de l’e'rudition et des jugemens sains , est extrêmement court. La première partie , les terres cuites , contient 39 pages de texte et 40 planches; la première partie des marbres n’est paspagine'e : elle a 25 pages, 16 planches et une vue inte'rieure du muse'e. La deuxième des marbres, sans pagination , a 86 pages de texte, 45 planches et 2 vues; la troisième des marbres, sans pagination, a 32 pages, 15 planches et 2 vues de l’intérieur du muse'e; la quatrième contient les marbres
de Phigalie; elfe est pagine'e, a 36 pages et 28 planches, et en outre 2 vues de Phigalie et un plan du temple d’Apollon Epicurius, d’où viennent ces bas-reliefs. La cinquième partie , toute de monumens funèbres, a 44 pages de texte, 13 planches, et deux qui ne sont pas nume'ro te'es; la sixième partie, pagine'e, offre les sculptures du Parthe'non sur une assez grande e'chelle; elle contient 32 pages de texte et 24 planches, dont une vue du Parthe'non, 3 grandes planches de l’architecture du temple et .un plan. Le texte de cette sixième partie est entièrement de M. Cockerelle. La septième partie, 1835, est de M. Taylor Combe; elle offre, en 19 planches et 1 5 pages de texte, les basreliefs du Parthe'non. La huitième partie, 1839, est de M. Édouard Hawkins, habile conservateur des bronzes et des vases italo-grecs du Musée Britannique; il y a 56 planches et 209 pages de texte. La neuvième partie, 1842, est aussi du même savant antiquaire que la précédente ; elle a 43 planches et 195 pages de texte.
INTRODU CTION.
le nom tout à fait européen, et l’ont fait nommer associe étranger de l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France. II avait été d’un grand secours à M. Combe dans sa description des sculptures du temple d’Apollon Épicurius à Phigalie ou à Bassæ , en Arcadie. Le Musée Britannique est exécuté avec toute l’élégance de la pointe et du burin anglais, mais peut-être pourraiton y désirer un peu plus de fermeté et plus de sentiment du style antique : c’est bien dessiné, l’aspect est séduisant; mais, en étudiant la plupart de ces planches, on sent qu’il y manque quelque chose, et ce quelque chose, c’est plus de caractère. On a employé pour les statues la gravure au pointillé, et l’on serait autorisé à lui reprocher d’être un peu molle et froide; souvent l’on y aimerait mieux un peu moins de coquetterie, de rondeur, et plus de décision, un effet plus solide, des plans mieux sentis, et enfin plus de cette simplicité sévère de la sculpture antique.
Le Musée Britannique contient 96 statues antiques, dont 46 proviennent de la riche collection rassemblée par sir Charles Townley (l), et acquise en 1805 parce bel établissement, pour 20,000 livres sterling. Une grande partie des autres ont été rapportées de Grèce en 1803 par lord Elgin, qui, n’ayant pas réussi alors à les faire acquérir pour le Musée Britannique de la manière qu’il désirait, continua sa collection jusqu’en 1812 et même 1816, par les soins de Jean-Baptiste Lusieri, peintre du roi de Naples. Ce peintre, de 1799 jusqu’en 1803, suivit en Turquie et en Grèce lord Elgin, ambassadeur à Constantinople, avec les architectes Balestra et lttar, deux mouleurs et un bon dessinateur calmouk, nommé Théodore. II l’avait aidé d’abord dans la belle entreprise de mouler et de dessiner à grands frais les antiquités d’Athènes et de la Grèce, et ensuite à les enlever, d’après l’autorisation de dépouiller les monumens de la Grèce, que lui donnaient les firmans les plus étendus et les plus positifs du Grand Seigneur. Après bien des discussions, de 1811 à 1815, sur la valeur de chaque morceau et de l’ensemble de
(1) Sir Charles Townley, né en 1737, descendait du célèbre lord Arundeî par sa grand-mère, Philippe Howard, fille du duc Henri de Norfolk, fils de lord Arundeî. Son illustre ancêtre lui avait, pour ainsi dire, transmis son goût éclairé pour les beaux-arts, et sir Townley a beaucoup contribué à le répandre en Angleterre et à y faire apprécier le mérite et les beautés des chefs-d’œuvre de l’antiquité, et sous le rapport de l’art et du côté de l’érudition. Une grande fortune offrait à sir Townley les moyens d’acquérir les objets de sa prédilection. Un séjour de plusieurs années en Italie le fit se lier avec les savans et les antiquaires les plus célèbres, Winckelmann, d’Hancarville, William Hamilton. Ce fut en 1765 qu’il
commença sa nombreuse collection. Scs acquisitions ne se firent pas sans de grandes difficultés, et il trouva de redoutables compétiteurs dans le pape Pie VI , qui formait alors, au moyen des fouilles qu’il faisait faire , son Musée Pio-CIémentin, et dans le prince Borghèse, l’impératrice de Russie , les rois de Prusse et de Suède, et de riches Anglais, qui rassemblaient avec ardeur des monumens antiques. Malgré tous ces obstacles , Charles Townley parvint à en réunir une collection qu’il fit partir de Rome en 1772, et qui, remarquable dans tous les pays, était la plus belle qu’il y eût en Angleterre. Une grande maison, qu’il fit bâtir à Parksheal, lui servit à l’y placer avec beaucoup d’ordre et de méthode. II régnait
INTRODUCTION
cette admirable réunion de chefs-d’œuvre, cette collection fut acquise poulie Musée Britannique. En 1811, une première estimation de M. Perceval, présentée à la chambre des communes, était de 30,000 livres sterling; en 1816, en comptant de grandes additions, des frais de toute espèce très-considérables, l’intérêt de l’argent depuis 1799 , la somme montaità 74,000livres: on y fit de fortes réductions , et l’on ne présenta à la chambre des communes que deux estimations, celle de M. Richard Payne Knight, qui n’allait qu’à 25,000 livres, et celle de M. William-Richard Hamilton, qui s’élevait à 60,000 livres. On prit une sorte de moyenne entre cette évaluation et celle de M. Perceval, de 30,000 livres, et la chambre des communes, le 1er juillet 1816, d’après l’avis de lord Aberdeen , accorda la somme de 35,000 livres sterling (875,000 francs), qu’accepta lord Elgin pour toute sa collection, qui, du reste, grâce aux firmans et à l’insouciance ou même à l’aversion des Turcs pour les productions de la sculpture, ne lui avait coûté que des frais de journées d’ouvriers démolisseurs, des transports et quelques présens. La beauté de la sculpture n’était, dans ces marchés, entrée pour rien en ligne de compte, et du marbre brut eût été acquis au même prix. Mais il est juste d’ajouter que nous étions aussi sur le point d’obtenir à Constantinople la faveur et les firmans que se fit accorder lord Elgin, et si nos agens, en 1800, eussent été plus habiles et plus prompts, ce serait au Louvre et non au Musée Britannique que l’on admirerait les sculptures du Parthénon. Voyez dans la jolie collection The library of entertaining knowledge : The British Muséum, etc., 1833, t. I, chap. i.
Il convient de faire observer que, dans le nombre de 96 statues du Musée Britannique, on en compte 20 égyptiennes et au moins 12 torses, et que parmi les autres figures plusieurs n’avaient ni tête ni bras.
dans l’ensemble des ajustemens une harmonie et un sentiment de l’antique qui, en faisant honneur à son goût, e'tait en même temps très-favorables aux monumens. La bibliothèque qu’il y joignit , nombreuse et bien choisie, offrait tout ce qui avait rapport aux arts et à l’antiquité', aux artistes et aux amateurs, avec lesquels sir Townley se plaisait à partager les jouissances dont sa riche collection e'tait une source abondante. Ne se contentant pas de mettre à leur disposition des catalogues et des descriptions, il leur expliquait souvent lui-même , avec une e'rudition pleine de goût et de sagacité', les objets qui pouvaient le plus exciter la curiosité' et inspirer de l’inte'rêt; enfin, il se montrait en tout le digne des-
cendant de lord Arundel, le fidèle ami de l’infortune' Charles I", qui, lui aussi, avait re'uni de riches collections. Sir Townley a laisse' de nombreux manuscrits trèscurieux , surtout sur les came'es et les intailles de son cabinet, qu’il fit graver par Skelton. II fit aussi graver une partie de ses marbres et de ses bronzes, et il en donnait des e'preuves à ses amis. En 1805 , les arts eurent h regretter la perte de celui qui leur avait consacre' sa vie. D’après ses intentions, son exe'cuteur testamentaire offrit au Muse'e Britannique d’acquc'rir l’ensemble des marbres et des terres cuites de sir Charles Townley. Ils furent achete's 20,000 livres sterling, et en 1808 le public fut admis à jouir de cette pre'cieuse collection.
INTRODUCTION