CÉRÈS ET PROSERPINE
Parmi les grandes déesses célestes de l’Olympe, Junon, Cybèle, Vesta, Cérès, Minerve, Vénus, il en est peu dont il existerait autant de statues que la Dêmêter (1) des Grecs, la Cérès des Romains, si toutes celles qui ont reçu ce nom étaient vraiment antiques; mais elles sont bien loin de l’être, et il n’y a pas de divinités dont les ligures soient plus rares. La très-grande partie des quatre-vingt-seize Cérès que réunissent nos planches n’ont reçu que très-arbitrairement ce titre , auquel certainement jadis elles n’avaient nulle prétention. Winckelmann n’eu cite pas une seule qu’il regarde comme authentique, et si, depuis ce grand antiquaire, on peut en compter quelques-unes, ce n’est qu’en bien petit nombre, et il est certain qu’il n’y a rien de plus rare. Cette fille de Saturne et de Rbéa, sœur de Jupiter, de Neptune , de Pluton, de Junon , a subi un sort encore plus rigoureux que tant d’autres divinités; elle a vu prendre pour ses antiques images des figures qui ne le sont devenues que par les attributs ou les symboles dont on a décoré des statues mutilées et sorties jadis simples mortelles des ateliers où elles prirent naissance. Il est bien certain , cependant, qu’on lui avait élevé de toutes parts un nombre considérable de statues , et qu’il ne nous en est parvenu que très-peu , en regardant même comme admissibles celles auxquelles on peut contester le droit de porter son nom , mais qui semblent y avoir quelque titre. A quelle divinité dut la reconnaissance consacrer plus de statues, de temples et d’autels, qu'à celle qui , ingénieuse personnification de la nature, était la bienfaitrice du monde, qu’elle nourrissait de ses dons et à qui on attribuait la gloire d’avoir tiré les hommes de leurs forêts, de les avoir civilisés, en adoucissant leurs mœurs sauvages, et qui par ses sages lois avait mérité le titre de Th.esmopb.ore, législatrice. Nous ignorons sous quel type l’art primitif offrait les antiques simulacres de Cérès , lorsqu’ainsi que les autres divinités elle eut cessé d’être un dieu fétiche, un poteau, et qu’avec moins de rudesse elle parut revêtue de véritables vêtemens dont on affublait son grossier mannequin. L’art, à ses premiers essais, se hasardant à donner aux dieux des formes humaines, s’efforça probablement d’imprimer à cette déesse, protectrice des biens de la terre, un caractère imposant et conforme à ses graves et utiles fonctions. Il est bien à présumer qu’alors, dans son culte champêtre, la reconnaissance de ses bienfaits et l’espoir de les attirer, couvraient ses idoles des plus belles prémices des plantes et des fruits de la terre, dignes offrandes et actions de grâces de la fertilité quelle avait répandue sur les campagnes. Nous ne savons pas sous quelle figure elle fut adorée dans son ancien temple d’Eleusis, sanctuaire le plus
(I) Le nom grec de cette déesse AHMHTHP vient à ce qu’il paraît de TH MHTHP, terre mère, ce qui est conforme à l’idée que l’on se faisait de cette divinité. Chez les Romains, Cérès aurait été ainsi appelée,
selon Servius ( Virg.Georg.,t. VII) , d’un mot
sabin qui signifiait pain. On y donnait
encore d’autres étymologies ; elle aurait
d’abord été nommée Gères , de gerere , por-
ter ; gerens fruges, portant des moissons, à raison de celles quelle produisait: Cérès viendrait aussi, selon Varron, du verbe creare parce quelle créa les biens de la terre. Son épithète habituelle chez les poètes latins., aima Ceres, aima mater, mère nourricière [à'alere, nourrir) , la présente comme la nourrice du genre humain. C’est la nature, la mère universelle , personnifiée.
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vénéré de ses mystères ; dans celui de Rharia , en Attique , où elle apprit , selon l’antique tradition, aux hommes l’usage du blé; ni dans son temple d’Enna et autres , en Sicile, où son culte paraît avoir été d’une haute antiquité, ce que peut faire croire la fertilité de cette île, et d’où il se répandit en Grèce et dans les autres contrées. Lorsque la civilisation et les arts eurent fait des progrès et que les idées se développèrent, Cérès fut considérée comme la mère universelle du genre humain. Les arts, s’emparant alors du premier type qu’ils avaient créé dans leur enfance, le débarrassant de tous les accessoires dont la piété l’avait surchargé, n'en conservèrent que ce qui pouvait, dans le culte de la déesse, en rappeler la première pensée. La sculpture, les réduisant à des proportions en harmonie avec celles de ses figures, en fit des attributs qui suffisaient à caractériser la bienfaisante puissance de la déesse des moissons. Des épis de blé, des pavots, plante céréale, et, par ses nombreuses graines, emblème de la fertilité, dans la couronne de Cérès ou à sa main , étaient des symboles parlans de sa fécondité et de ses dons (1) ; mais ce n’était pas, avec d’autres productions végétales, les seuls attributs de Cérès. Les soins que cette déesse donnait à la terre, que , sur son char traîné par des dragons ailés, elle parcourait sans cesse avec son cher Triptolème, que son nom désigne comme un vigoureux laboureur, brisant la terre pour la rendre plus propre à produire; toutes ces excursions de la déesse ne l’empêchaient pas d’être la plus tendre des mères. On sait que sa fille Proserpine , la Coré , fille par excellence , Persépbate et Persépbone des Grecs, lui avait été enlevée en Sicile dans les champs d’Enna , ou en d’autres lieux où l’on transporta cette scène , par Pluton ; et il serait très-superflu d’en rapporter ici l’his-
(1) On racontait que, selon le conseil de Jupiter, Cérès avait eu recours à la vertu narcotique du pavot pour calmer la douleur quelle ressentait de la perte de sa fille; il lui avait procuré un doux sommeil qui avait soulagé ses chagrins. Suivant Ovide [Fast., ni, 53 1), la déesse s’était servie du pavot pour guérir les insomnies du fils de Céléus, dont elle avait reçu l’hospitalité lorsqu’elle parcourut, pendant neuf jours, le monde à la poursuite de Pluton, ravisseur de sa fille Proserpine. On disait aussi que Mêcôn, Athénien qu’elle chérissait, et dont le nom signifie pavot en grec, avait été changé parla déesse en cette plante, qui lui rappelait son ami. Servius ( Virg., Geor. I, 2 1 2 ;Phurnutus, de Nat. deor. c. xvm ; Mas. Chiar. p. i3o) donne une tout autre explication de cet attribut de Cérès. La rondeur de la tête du pavot représente le monde, ses inégalités les montagnes et les vallons; la multitude de ses graines est l’emblème de la fertilité. Mais on peut dire aussi que , chez les anciens, ses graines étaient employées dans la confection du pain et des gâteaux, ce qui aurait suffi pour le consacrer à la déesse des moissons, de la fertilité desquelles il pouvait être aussi le symbole. Il
est inutile de s’arrêter aux épis de blé qui formaient en partie la couronne de Cérès et dont on lui faisait tenir un bouquet: l’explication est toute naturelle. Aussi, parmi le grand nombre d’épithètes dont on qualifiait Cérès, et que l’excellent Dictionnaire mythologique de M. Jacobi, dont je fais grand usage, donne au nombre de soixante et quinze, y en a-t-il beaucoup qui tiennent à des localités ou Cérès était adorée, mais beaucoup d’autres aussi ont rapport à ses fonctions deprotectrice des moissons, qu’elle faisait croître, et à ses bienfaits. Sous le titre d’Aiixesia, elle augmentait les richesses; son nom Demô venant peut-être , selon M. Jacobi, de DA-MA (DA pour GHÊ ou GA, terre, et MA, mère) est le même que DÊMETER ou GHÊ METER, terre mère.
Cérès Earysibia, Evpvaiëict, préservait les blés de la rouille, et ce nom rappelait celui du terrible Erysichihon , la nielle personnifiée , qui, ayant voulu détruire les bienfaits de Cérès, l’agriculture, fut condamné à mourir de faim. Cérès Himalis, IfzaA/s, procurait de belle farine. Sous le nom d'Alôas, Alciias, elle présidait à l’aire pour battre le blé. Sous celui d'Ioulo, ioiAw elle aidait â recueillir les gerbes. Cérès, Chloé ,
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toire si connue, et de redire toutes les courses de Cérès à la poursuite du ravisseur. Nous ne connaissons que par quelques passages succincts des auteurs les groupes en statues de ronde-bosse, où Cérès avait été représentée ou avec Proserpine ou avec Triptolème et en compagnie de Bacchus. Mais les vases peints, les pierres gravées et des médailles nous ont mieux transmis ces traditions mythologiques , et elles y paraissent assez fréquemment. Nous ne trouvons pas non plus, parmi les images de la déesse, la célèbre Cérès la Noire, simulacre mystique de Phigalie en Arcadie, qui la représentait avec une tête de cheval. 11 rappelait aux adeptes des mystères de la déesse, que, voulant éviter les poursuites ardentes de Neptune , elle s’était métamorphosée en cavale , et s’était mêlée aux hardes des plaines d’Oncium en Arcadie. Mais Neptune, s’étant changé en un fougeux coursier, avait triomphé de la déesse, et Coré, ou Perséphone , ou Proserpine avait dû le jour à cette étrange avanture. Ce simulacre singulier, et qui devait avoir du rapport avec des figures égyptiennes, était sans doute moins une production de l’art que l’expression symbolique d’une antique et mystérieuse légende sacrée.
On ne saurait dire d’une manière positive quel fut le grand sculpteur qui, combinant tout ce qui convenait au caractère de Cérès , fixa le premier le type de cette déesse, et l’éleva jusqu’à la beauté idéale qui lui était propre. Il est bien à croire qu’on le dut à l’un des maîtres formés par Phidias, si ce ne fut même à lui que la déesse d’Eleusis et sa fille furent redevables de la beauté surhumaine que d’âge en âge se transmirent les statuaires dans les images des grandes déesses. Si les chefs-d’œuvre des frontons du Panthéon nous fussent parvenus dans leur intégrité, nous y aurions pro-
verdoyante , veillait à la croissance des moissons, et la blonde déesse, Xanthé, les dorait aux ardeurs de l’été. Il paraît que l’épithète de phoinicopeza , aux pieds de pourpre, faisait allusion à ses statues, dont on teignait souvent les pieds en rouge, ou d’une couleur qui rappelait celle des moissons et que chante Pindare, 01. vi , ig5. Winckelm. , H. A., t. III, p. 23. C’est la Bubicunda Ccres des Romains. Parmi les autres attributs de Cérès, sont les torches, qu’on lui fait tenir à la main et que les statues ont si rarement conservées, même seulement en partie, et il en est malheureusement de même des autres attributs de cette déesse. Ces torches, emblème des mystères nocturnes de Cérès, rappelaient les deux pins quelle alluma aux feux de l’Etna pour s’éclairer dans ses rapides courses à la poursuite de Pluton, ravisseur de sa fille, ce dont nous sont garants Diodore de Sic. , 1. V, 4; Ovide, Met., IV, 422, et Cicéron Vcrr. xv, 48. Ces torches devinrent aussi des souvenirs de sa tendresse maternelle; on les voit souvent aux mains de la déesse dans les bas-reliefs et d’autres productions des arts. La corbeille était de même un des attributs de Cérès : c’était le symbole des mois-
sons, qu’elle servait à recueillir ainsi que les fruits, et dans les mystères de la déesse c’étaient des cistes mystiques, qui renfermaient les objets sacrés, qu’on portait en pompe aux grandes cérémonies et dont la vue n’était permise qu’à quelques adeptes. Cet attribut est de la plus grande rareté dans les statues de la déesse , s’il y en a même d’authentiques. On cite un fragment de statue trouvée à Eleusis, et aujourd’hui au musée de Cambridge, dont la tête porte le calathus ou la corbeille et la tête de Méduse. Winckelmann pense que des figures de la villa Negroni, avec une corbeille sur la tête et crues des caryatides, pourraient bien être des Cérès, H. A., t. II, p. 4x5. Il en est de même du serpent, qui lui était consacré, et de la corne d’abondance, plus particulière à quelque autre divinité. On voit aussi à ses pieds le serpent , animal sacré qui faisait partie du culte secret des mystères et qu’on tenait religieusement ca^ ché dans les cystes mystiques. On sait d’ailleurs, que la déesse, pour ses voyages à travers les airs et ses courses avec Triptolème, attelait à son char desserpens ailés ou des dragons, mais les statues ne nous offrent pas ces attributs. On leur voit, mais
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bablement trouvé ce type que ne nous offrent qu’affaibli les plus belles statues authentiques et que présentent mieux les belles têtes des médailles de Syracuse. Mais ce type ne dut pas être uniforme, et, selon les localités, il reçut des modifications. La beauté de Cérès est grave, d’une dignité tempérée par la bienveillance; ses yeux ne sont pas aussi ouverts que ceux de Junon, et son aspect, plus doux, a moins defierté. Elle rappelle plus la femme mère, la matrone, caractère que devait avoir par excellence la mère de la nature. La haute taille, souple et dégagée de la déesse, annonce sa force et son activité; l’on voyait quelle était toujours disposée à se porter partout où l’on réclamait son appui. Aussi , parmi les statues de cette déesse, la trouve-t-on beaucoup moins souvent assise, se reposant de ses fatigues, ou sur son trône recevant avec bonté les hommages, les actions de grâces ou les vœux, que debout, et toujours prêle à porter de tous côtés ses secours. C’est peut-être aussi pour cette raison et pour rendre ses courses plus faciles et plus promptes, que la déesse voyageuse est représentée avec son grand voile et sa couronne d’épis, bien moins souvent que dans un costume plus simple et plus dispos, sans voile et sans couronne. Cérès est presque toujours chaussée, et souvent même de chaussures fermées, très-fortes et propres à la marche. On lui donnait le costume qui convenait le mieux à une vie active et pour ainsi dire à travers champs. On peut remarquer que, sur nos quatre-vingt-seize Cérès , il n’y en a que huit, et encore la plupart sont-elles douteuses, qui portent leurs attributs à la main droite, les autres l’ont à la gauche , et , entre autres la j olie Cérès du V atican , dont ce qui reste des attributs est , je crois, très-authentique , et celle de la collection Torlonia , 774, pl. 43o. Je ne pense pas que parmi les statues, je ne parle pas des figurines ni des terres cuites où les attributs sont plus certains, il y ait plus de dix statues dont les attributs
très-rarement , la corne d’abondance. Et dans les trois ou quatre statues que l’on pourrait citer , il y en a certainement au moins une très-douteuse , et les autres pourraient bien être , au lieu de Cérès , la déesse de l'Abondance. Sur une pierre gravée, de la collection de Stosch , on la voit sur un char traîné par des éléphans; sur une autre pierre, à côté de Cérès, est une abeille traînant un épi de blé, symbole de l’économie et de l’activité de l'agriculture. ( Winckelm., H. A., t. II, p. Ai 5, éd. allem. de MM. Schutze et Meyer.) Un rouleau d’écrits entre les mains de Cérès, s’il en existe de véritablement antiques , conviendrait à Cérès thcsmophore ou législatrice, et rappellerait les lois quelle répandit en introduisant l’agriculture et la civilisation. Dans ses grandes fêtes à Eleusis, près d’Athènes, les femmes portaient sur leurs têtes les livres des lois sous la forme de rouleaux, selon le scholiastede Théocrite, IV, 2 5. Et dans un jour des Thesmophories en son honneur, les Nestées , où on se livrait à la tristesse et où l’on jeûnait dans le Thesmop horion, les femmes suivaient pieds nus les
chars qui portaient les objets sacrés dans des corbeilles. Il se pourrait bien que des statues de femmes pieds nus, et qu’on prend pour des Cérès, ne fussent que de ses prêtresses célébrant les Nestées. Outre les fruits que l’on offrait à Cérès pendant les petites Éleusinies, qui duraient neuf jours , on lui sacrifiait des porcs. C’était alors que l’on se purifiait et qu’on prêtait le serment solennel de garder le secret inviolable des mystères. Ovide racontait [Fast. IV, 465), que des porcs, ayant détruit les traces de Proserpine et de Pluton , avaient nui à la poursuite et aux recherches de Cérès et quelle les en avait punis. On disait aussi, selon Virgile ( Georg . II, 38o; En. III, 1 18) et Hygin [Fab. 211), qu’un de ces animaux ayant ravagé les moissons de Triptolème, il l’avait saisi, et qu’après avoir chargé sa tête de fruits et de plantes il l’avait sacrifié à Cérès. Les statues n’offrent pas cet animal auprès de la déesse , mais il est fréquent dans les terres cuites, et elle porte de jeunes porcs entre ses bras, quelque fois il y en a à ses côtés.
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soient sûrs, et encore y en a-t-il quelques-unes qu’on ne pourrait garantir. Le culte de Coré , Persépbone ou Proserpine, la reine des sombres bords, était uni à celui de sa mère , sans doute avec des cérémonies particulières et qui lui étaient propres. Mais on éleva des temples à cette déesse, qui comme Junon , Hcra, maîtresse (d’où vient le licrr , la hcrrin des Allemands) souveraine dans l’Olympe, était la souveraine des enfers-, et la femme de Pluton était certainement bien la Junon, la Hera infernale.
Proserpine avait un temple à Enna, en Sicile, à l’endroit où elle fut enlevée par Pluton (1); beaucoup de statues lui furent sans doute consacrées. Mais il ne nous en est pas parvenu , ou du moins nous ne les connaissons pas, et jusqu’à présent les recherches de l’archéologie n’ont pas été assez heureuses pour en découvrir quelle pût lui attribuer d’une manière positive. Peut-être, cependant, en existe-il , et quelques figures trop jeunes, ce me semble, pour que l’on puisse y voir Cérès, la mère universelle de la nature , pourraient bien être celles de sa fille. Nous discuterons ailleurs ce point, qui pourrait avoir quelque intérêt, mais que nous ne présenterons que comme une simple hypothèse sans inconvénient, et qui demanderait, pour être admissible, d’être plus fortement appuyée que nous ne pourrions probablement le faire.
Si les statues authentiques, en petit nombre, de Cérès, ne nous offrent pas de ses têtes aussi belles etaussi complètes, sous le rapport de ses attributs, qu’on le désirerait, d'un autre côté, les médailles de la Grande-Grèce et de la Sicile, et surtout celles de Syracuse, nous en présentent un assez grand nombre dont plusieurs peuvent, à juste titre, être regardées comme des types d’une beauté supérieure. Celles que l’on trouvera, pl. 1002 , ioo3, n’en sont certes pas toutes douées au même degré, mais pour la plupart elles sont remarquables par l’ajustement de leurs coiffures , qui sont assez variées et offrent bien distincts les attributs de Cérès. La plus belle tête de cette déesse se trouve sur une médaille de Métaponte, de l’ancienne collection du duc de Caraffa-Noia , à Naples. Au revers sont des épis surmontés d’une souris. Comme Junon , elle porte le diadème accompagné d’épis de blés avec leurs longues feuilles, et du derrière de la tête tombe un voile, signe de deuil pour la perte de Proserpine. Deux des médailles de notre planche )002 sont aussi coiffées du voile et des épis, sans le diadème; l’une, de Métaponte, 2726, a de grandes boucles d'oreilles à trois pointes et les cheveux relevés, — l’autre, 2729, des Locriens Opuntiens, les a ondulés et descendant sur le cou, comme celle 2728, d’Agatliocle, x-oi de Sicile. — Les belles têtes 2726, 2727, de Syracuse, 2730 d’Arpi, dans l’Apulie, n’ont que des couronnes d’épis. Les deux premières sont d’une beauté remarquable. — Au 2727 , les épis sont retenus par une bandelette, et il y en a une pour collier. — A la planche ioo3,les trois têtes 2731, 27.32, de Métaponte,
(1) Les auteurs ne sont pas d’accord sur l'endroit où cet enlèvement eut lieu. En général on le place en Sicile; mais, d’après une antique tradition, Pausanias [Alt. XXXVIII, 5) ditque Proserpine fut enlevée àErinéos sur le Céphisse, près d'Eleusis ou à Eleusis même, et, suivant le même voyageur [El. II, 21, 1) , ce fut près de Pise ou Olympie, ou à Phénée en Arcadie, ou à Cyzique.
D’après le scholiaste de Sophocle ( OEdip. Col. 1 90) , ce fut à Colone, en Attique. Les Argonautiques d’Orphée (1190) veulent que ce fût dans une île sur les côtes occidentales de l’Espagne; Apollodore (I, v, >),
Strabon (p. 373), à Hermione dans le Pélopounèse, ainsi que le scholiaste d’Hésiode [Théog. giù), en Crète. L’hymne homérique à Cérès (V, 16) place l’événement dans les champs de Nysa. (Voy. leDiction.myth.de Jacobi , qui m’a fourni cette longue nomenclature , très-peu importante, du reste, pour la sculpture.) Mais on voit par le grand nombre de lieux où, selon les traditions diverses, on met cet enlèvement, que le culte de Cérès ou de Proserpine et la reconnaissance pour les bienfaits de l’agriculture étaient répandus de toute part.
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ont beaucoup de rapport avec les précédentes, de même que 2733 de Syracuse. Mais les cbeveux de 2731 , 2732, tombentsur le cou en masses plus touffues, et la couronne de 2732 est beaucoup plus garnie d’épis et de feuilles; Winckelmann pense que ce sont celles des tiges du blé. Ceux qui dans ces tètes voient celle de la nymphe Aréthuse, si célèbre à Syracuse, croient que ce sont des feuilles des roseaux qui croissaient sur les bords de cette belle et abondante fontaine. La plupart de ces superbes médaillons ont au revers un quadrige avec son aurige accompagné de la Victoire. Les têtes de Proserpine ou d’Aréthuse ont de grands rapports avec celles de Cérès, mais on n’y voit pas les épis de blé ; et elles ont aussi en général un caractère plus sévère , qui convient mieux à la reine des enfers qu’à sa mère, la déesse des moissons. On peut remarquer avec ce caractère les deux têtes de Syracuse , 2735, de face, et 2736 de profil, dont les cbeveux hérissés indiqueraient une grande agitation. — A 2738 , la tête est calme ; en arrière de la tête l’ajustement des cbeveux n’est pas ordinaire. — Celle de Catane, 2734, se distingue par sa beauté tranquille et par ses belles boucles d’oreilles formées d’une rosace, d’un croissant et de cinq pendeloques en perles. — La simplicité de la jolie coiffure 2737, terminée par une forte tresse et assujettie par une bandelette qui fait quatre fois le tour de la tête, pourrait faire douter que ce fût une Proserpine, et ce serait plutôt une nymplie, telle qu’ Aréthuse, si elle avait quelques feuilles de roseaux dans ses cheveux. — La tête 2744 n’a pour parure qu’une large bandelette, la mitra ouïe crédemnon, qui resserre toute la chevelure et n’en laisse sortir qu’une touffe en arrière. — Quatre autres têtes sur des médaillons de Syracuse : 2740 , dont le profil est charmant; 2742 , qui l’est beaucoup moins; 2744, 2745, se font remarquer par leur coiffure, la sphendoné ou l' opisthosphendoné , faite en manière de fronde [spliendôn) , qui allait en s’élargissant d’une extrémité vers l’autre de cette grande bande formée quelquefois en partie d’un réseau 2739, 2740, et qui réunissait et contenait en arrière toute la masse des cbeveux. Elle était souvent en étoffe et brodée comme aux têtes 2742, 2745, et ornée en avant d’une couronne, stépbané, 2840. — La coiffure 2743 , qui enveloppe toute la chevelure et n’en laisse échapper que quelques mèches ondulées, paraît être la calyptra, qui cachait ( xaXu'irrem , cacher) toute la chevelure. — Pour terminer ce qui a rapport à ces têtes , j’ai réservé celles 2739, 2741 , qui par leur beauté fière et sévère, par la pureté de leur profil, par la grâce de leur ajustement, par la supériorité de leur exécution, offrent peut-être les plus beaux modèles qui nous restent de l'antiquité ; elles ressemblent beaucoup à l’admirable tête de Méduse, pierre gravée intaille de Solon.
* 7Ôo. — Cérès? Paros, pl. 279. — Louvre, n° 2 35.
Cette statue , d’une grande élégance de pose et de costume , nous représente la déesse des moissons. La tête est couronnée d’un diadème que surmontent des épis de blé, elle en tient aussi à la main droite, et dans sa gauche est une couronne de Heurs et de feuilles. Malheureusement, cette tête antique n’est, pas celle de la statue, elle est rapporLée; et toute la partie nue des bras et les mains sontmodernes, demanière qu’il n’est pas certain qu’originairement cette statue ait été une Cérès, rien de ce qui est antique ne la caractérisant d’une manière particulière. Il est alors assez singulier que dans Winckelmann, qui ne reconnaît aucune statue antique authentique de Cérès, ses savants commentateurs allemands MM. Schutze et Meyer, regardent celle statue, belle sans doute, mais si incomplète, comme la seule authentique de celte déesse. Il faut qu’ils n’aient pas eu occasion de la soumettre à un examen rigoureux. Malgré
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ces graves autorités , je ne puis m’empêcher de ranger cette belle statue parmi celles dont le nom quelles portent peut exciter des doutes.
Il est difficile de trouver des draperies mieux disposées et d’une exécution plus soignée. La tunique longue, qui recouvre en partie les pieds de la déesse, est d’une étoffe fine et légère, à petits plis, et que l’on ne voit qu’à des statues de beau style, et le manteau transparent laisse, à travers ses belles masses de plis, voir ceux du grand péplus, qui, se séparant sur la poitrine, est serré à la taille par une ceinture. Ce manteau est bordé de grandes franges :elles étaient d’un usage très-ancien et Homère orne l’égide de Minerve de thjsanoi ou franges d’or ; il en est aussi question dans la Bible pour le vêtement des prêtres et pour les grands rideaux employés dans le sanctuaire et diverses parties du temple. On en voit aussi dans les peintures et il esta croire que ce genre d’ornement venait de l’Orient, pays de tout temps célèbre pour la variété et la richesse de ses étoffes, dont le goût se répandit de bonne heure dans la Grèce et dans les contrées de l’Occident en rapport avec elle. On n’en saurait douter, d’après les bas-reliefs de Persépolis, et surtout en voyant ceux des monumens de Ninive si heureusement découverts par M. Botta, notre consul àMossoul , et dont M. Flandin, habile dessinateur auquel on doit déjà le Voyage de Perse, a rapporté ( 1 8 45 ) un grand nombre de dessins très-bien faits et qui nous donnent une très-favorable idée des bas-reliefs dont bientôt doit s’enrichir notre Musée royal. Les riches costumes des personnages de ces bas-reliefs ont en général pour ornements de grandes franges assez varices, servant de bordures, et entremêlées de houppes ou de floches, et de réseaux élégamment combinés. Les harnachemens des chevaux sont aussi enjolivés de cette manière et d’une foule de plaques de formes diverses et de pendeloques. Pour en revenir à notre statue, nous dirons que l’on doit faire remarquer l’extrême ampleur de certaines tuniques beaucoup plus longues que toute la personne , et dont il devait être assez embarrassant de se vêtir. Ceci demande quelques détails en faveur du costume antique et pour ne plus y revenir. Ces longues tuniques ioniennes, souvent à manches larges et longues, ou à manches serrées et suivant la forme du bras jusqu’au poignet, se retroussaient et se relevaient au moyen de deux ceintures, l’une sous le sein, l’autre sur les hanches; par-dessus ces ceintures retombaient et s’ajustaient des masses de plis, tels que ceux dont se voit ici la partie inférieure sur le milieu de la cuisse droite. Ces cos tûmes de couleurs variées, et que faisait jouer la transparence des étoffes qu’affectionnaient les Grecs, de même que la diversité des couleurs, réunissaient l’élégance à la ri cbesse et il n’était pas rare que l’or brillât dans le tissu des étoffes. La sculpture, telle que nous la voyons aujourd’hui, ne peut nous donner une idée des Grecs dans les ornemens coloriés de leurs vêtemens; mais on les retrouve mieux dans les peintures des vases, dans celles que nous ont conservées les ruines d’Herculanum et de Pompéi , et surtout dans les descriptions des poètes et des autres écrivains de l’antiquité. Et quand on ne connaîtrait que le goût très-prononcé des Grecs et des Orientaux pour la statuaire polychrome ou de matières de diverses couleurs, c’en serait assez pour montrer que les Grecs, dans leurs costumes, aimaient la variété des couleurs, et pour être persuadés que, sachant les disposer, ils les mariaient avec élégance, quoique souventleur goût, qui tenait de celui de l’Orient, pûtêtre très-différent du nôtre. Outre les restaurations indiquées plus haut, le nez et les pieds sont modernes. Cette jolie statue était autrefois à la villa Borghèse, sal. 9 , n° io; Bouille t. II. [Haut. im,i33. = 5 pi. 4po.]
* 75 1. — Cérès, m., pl. 279. — Louvre, n° 3oi.
Cette belle statue est plus complète que celle que nous venons de voir, et, la tête ayant été conservée, elle nous offre d’une manière plus certaine le carac-
STATUES ANTIQUES
tère de cette déesse, fille de Saturne et de Rhéa, et sœur de Jupiter, de Junon et d’autres grandes divinités.
Protectrice des biens de la terre, et chargée, dans le gouvernement du monde, de propager parmi les hommes, qu’elle fit sortir de leurs forêts , les bienfaits de l’agriculture, Cérès est couronnée d’épis de ce blé dont elle leur apprit à se nourrir en leur faisant abandonner le gland. Ils se l’étaient disputé dans les bois jusqu’à ce qu’elle leur eût enseigné, aidée de son favori Triptolème, à ensemencer et à récolter les champs deRharia, en Attique. Et les Grecs, si jaloux de leur antiquité, et qui se prétendaient autocbtbones ou nés de la terre, ne faisaient cependant remonter leurs premiers pas dans la civilisation qu’au règne d’Erechthée, le sixième des rois d’Athènes, au xve siècle avant notre ère (voy. t. III, introd. , p. x), et ils ne laissaient pas de se vanter des royaumes de Sicyone, d’Argos et d’autres, qui auraient précédé la civilisation apportée en Attique par Cérès. Que devaient être alors des royaumes où l’on ignorait l’usage du blé et où l’on se battait pour des glands? et qu’était cette antiquité auprès de celle des Egyptiens, des Phéniciens, des Assyriens, qui avaient vu s’élever et s’écrouler des empires brillans, des chefs-d’œuvre des arts avant que les Grecs pussent manger du pain ? Conçoit-on aussi que la Chronique de Paros ne place que peu de temps avant Érecbthée, sous Pandion, cinquième roi d’Athènes, la découverte du fer par les Dactyles, dans le mont Ida? Comment avait-on pu, sans le secours de ce métal, élever des temples, des monumens que citent les auteurs anciens, et fabriquer des armes et des ouvrages de luxe, et tout cela avant que l’on connût l’usage du blé et des autres céréales qu’on ne dut que si tard à Cérès? Cette déesse des Grecs était restée bien en arrière d’Isis, la Cérès des Égyptiens, qui l’avait devancée dans la civilisation de l’Égypte. Notre Cérès est remarquable par la dignité et la simplicité de son attitude et de son costume. Le bras droit est entièrement moderne ainsi que le pied droit et la draperie qui le recouvre en partie. — Villa Borghèse. — Bouill., t. III. [Haut. = 5 pi. o p. A li. ] -
* 7Ô2, — Cérès? m. gr., pl. 279. — Louvre, n° 44o.
Cette petite statue, remarquable par l’ampleur et la dignité de ses draperies, est vêtue d’une grande tunique, à manches longues et larges, relevée sur les hanches par une ceinture et recouverte du péplus , qu’enveloppe une immense palla ou manteau ramené sur la tête et servant en même temps de voile.
Les mains et les poignets sont modernes. En restaurant cette statue, dont la tête est moderne, on lui a fait tenir des épis et on lui a donné le caractère de Cérès. Mais il se pourrait que c'eût été une Junon. L’inscription qu’on lit sur la plinthe est moderne et fait de cette statue une Livie : J -ulia k\G-usta. D-ivi. k-ugusti. Y-idua. T -iberii. l-mperatoris. M-ater. — Bouill., t. III, Divin, pl. 4- [Haut. im,o45. = 3 pi. 2 po. 7 li.]
* 753. — Cérès? Paros, pl. 279. — Louvre, n° 242.
Si l’on s’en rapportait aux attributs de cette grande statue, à la torche et aux épis qu’elle tient à la main , on y verrait Cérès à la recherche de sa fille Proserpine enlevée par Pluton; et la torche serait celle que, pour éclairer sa route, elle alluma aux feux de l’Etna. Mais les bras et les accessoires, étant modernes,
DE L’EUROPE
n'apprennent rien sur cette statue, dont la tête est antique, sans pourtant être la sienne. Cette figure a de bonnes parties; cependant, lamanière dont est drapé, sur la gauche, le manteau, n’est nullement naturelle; on ne conçoit même pas qu’il put se soutenir ainsi ; ce ne serait pas un modèle de draperie à suivre. Le bout du pied gauche est moderne. — Villa Borghèse , sal. y, n° 5. Bouill., t. II.
* 764. — Gérés? m., pl. 278. — Louvre; magasin.
Cette statue de moyenne proportion , et qui a subi bien des restaurations , est d’un grand aspect dans son ensemble, et les draperies, surtout le manteau, sont remarquables par leur bel ajustement. 11 y a cependant des parties , entre autres celle qui entoure le bras gauche, dont il n’est pas facile de se rendre compte.
L’ample tunique de cette statue est de celles dont nous avons parlé plus haut (y5o) , qui, à très-larges manches, étaient relevées et comme étagées par deux ceintures. Les longs cheveux ondulés de la déesse accompagnent bien sa couronne d’épis de blé et son voile. Cette statue, ainsique quelques autres beaux morceaux, est encore dans les magasins du Musée royal. Il est à craindre qu’elle ne soit, ainsi qu’eux, condamnée par l’architecte à cette réclusion peu méritée, jusqu’à ce qu’on lui ait trouvé des pendans; car, malheureusement à présent, par les exigences tyranniques de l’architecture, les pendans sont une grande affaire, et malheur à un chef-d’œuvre s’il se présente sans un compagnon qui puisse lui servir de pendant pour cadencer les lignes de l’architecture, bien plus importantes, sans doute, dans un musée que les chefs-d’œuvre de la sculpture. [Haut. im,200. = 3 pi. 8 po. l\ li.]
754 A. — Gérés, m.,pl. 424. — Lepl., pl. 66, August., pl. 1 45.
D’une main la déesse tient des épis et de l’autre ou une torche, ou son long sceptre , qui lui appartient comme grande divinité. Cette statue est drapée avec une élégance et une dignilé remarquables; et cet ample manteau double, le dipîax , qui l’enveloppe dans presque toute sa hauteur, recouvrant la tête, et retombant sur le milieu du corps , ne lui fait rien perdre de la beauté de sa taille , et ces masses de plis ne masquent pas la richesse des proportions. Les ouvrages dont je me suis servi n’indiquent pas les restaurations, et je n’ai pas pu me les procurer; mais il est à craindre queles bras, au sortir des manches, ne soient modernes, et que la tête de cette grande statue ne soit rapportée, et peut-être même qu’elle ne soit pas antique. — Musée royal de Dresde. [Haut. 8 pi.]
a 754 B. — Cérès (Agrippine en), m. gr., pl. 438. — inédit.
Que de statues antiques auxquelles on a donné des noms qu’ elles ne sauraient justifier, et que par habitude on leur conserve lorsqu’on n’a pas contre elles despreuves positives. Celle-ci est du nombre. — Angleterre, col. deM.Thom. Coke, comte de Leicester, à Holkham, Norfolck.
Ce costume, digne et sévère, le diadème, le voile, conviendraient à une Junon aussi bien qu'à une Cérès ; les épis quelle tient à la main gauche en ont fait une Cérès ,
îoâ STATUES ANTIQUES
mais ils sont dus à une restauration de même que la main et le bras droits. Et si cette tête est bien reconnue pour être celle de la belle et vertueuse fille d’Agrippa et de Julie, et la femme du grand Germanicus, ce n’est pas la tête qui appartenait originairement à la statue et elle est rapportée. Ainsi, lors de son intégrité, cette statue peut avoir eu une autre dénomination que celle d’aujourd’hui, qui du reste n’cst nullement en désaccord avec le caractère de la déesse quelle nous offre actuellement. Cette statue , l’une des meilleures de la précieuse collection d’Holkham, est remarquable par son aspect imposant, par la belle disposition de ses draperies et par son exécution. [Haut. 5 pi. 10 p.]
a 754 C. — Cérès, Par., pl. 438. — CoI.Pembroke, inéd. (1).
La restauration qui a voulu faire de cette statue une Cérès en lui mettant des épis de blé à la main gauche, que l’on restituait, et une petite corne d’abondance à la droite, élevée, n’est pas heureuse. L’on ne voit pas de figures de cette divinité tenir ainsi la corne d’abondance, et d’ailleurs sa taille paraît un peu jeune pour une Cérès, à laquelle, comme divinité grave, on en donnait une moins svelte. Il n’est pas non plus hors de doute que la tête soit celle de la statue. Je croirais qu’on l’y a rajustée et même peu adroitement, car les plis du voile ne se raccordent pas bien avec ceux qui couvrent les épaules. Au reste, cette figure plaît par la noble simplicité de ses draperies. [Haut. 2 pi. 8 po.]
(1) STATUES INÉDITES, EN l834, DE LA COLLECTION DE LORD PEMBROKE À WILTON- HODSE , PRÈS DE SALISBURY , EN ANGLETERRE, DANS LE WILTSHIRE.
(Elle est en partie placée dans un beau portique formant autrefois un cloître, et dans le magnifique hall ou
vestibule du château.)
Numéros d’ordre. Planches.
Amazone blessée
Amodr