‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des TuileriesChapitre 166 sur 299 · Fontaine et Nymphes, n" 165, pl · texte numérisé non relu

Fontaine et Nymphes, n" 165, pl

La réunion de ces coupes, d’une forme élégante, supportées par une base à huit pans, et que surmonte un joli groupe antique de trois nymphes ou des trois Grâces, que l’on a souvent imité, et dont nous parlerons ailleurs, offre un motif agréable de fontaine dont on pourrait, avec des modifications, tirer un très-bon parti. Une belle nappe d’eau tombant de la grande coupe dans un bassin qui entourerait la base , et des jets d’eau en berceau s’élançant de la coupe supérieure, seraient d’un effet très-piquant dans des jardins réguliers comme ceux de Versailles ou de Fontainebleau. Ces jeunes déités semblent suspendre autour d’une colonne leurs vêtemens humides pour les sécher, et les reprendre après s’être baignées. Des oiseaux et des plantes aquatiques sculptés sur la base conviennent au caractère que l’on a voulu donner à ce gracieux ensemble, dont le groupe seul est antique, et qui méritei'ait d’être mieux placé. — Le tout, autrefois à la Villa Borghèse, a été gravé par Piranesi dans son Recueil de Vases, pl. 81; — et par Bouillon, t. \\\ , fontaines , pl. ii. [Haut, totale, 2™,25l = 6 pi. 11 po. 3 li. — Haut, du groupe avec sa coupe, 0‘”,751 = 2 pi. 3 po. 9 li.]

635. Coupes, n*713, 713 bis, pl. 256, albâtre oriental fleuri.

Quel bon gré les antiquaires ne doivent- ils pas savoir aux Égyptiens, aux Grecs et aux Romains d’avoir eu pour leurs monumens un goût aussi pompeux et aussi solide, et d’avoir tant aimé à y employer les plus riches matières, les granits, les porphyres, ces pierres magnifiques dont la durete nous effraye lorsque nous nous évertuons jusqu’à en employer quelque morceau de petite dimension , et que le luxe romain eut presque dédaigné ; et quelle

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prodigalité des marbres les plus rares et les plus varies, et de ces bûches, de ces albâtres, dont les zones, les méandres, les tourbillons sont de formes et de couleurs si diverses qu’on les dirait peints ou brodes à plaisir par quelque genie des palais et des feeries de l’Orient ! Et que trouveront les antiquaires à venir dans nos ruines? de la pierre bien grise, bien froide, aux couleurs ternes, du bois peint, du carton-pierre; ce seront encore les débris de nos muse'es antiques qui auront tout l’avantage et qui les dédommageront un peu. Certes ils auront bien des reproches à nous faire de n’avoir pas plus songe à leurs plaisirs, et d’avoir, dans nos plus beaux monumens, tels qu’à la Madeleine, à la Bourse, à l’Arc-de-triomphe de l’Etoile, fait un emploi si parcimonieux du marbre, tandis que de tous côtes la France, et surtout les Pjrenees, les Vosges, la Bretagne en produisent de si beaux et en si grande quantité, de même que des porphyres, des granits, des carrièi’es desquels pourraient s’élever des obélisques doubles de celui de Luxor et à moins de frais. Si les architectes romains revenaient, eux qui ont tant exploité les marbrières des Pyrénées, ils seraient bien étonnes de retrouver celle de la magnifique brèche monumentale de la penne Saint-Martin, à Saint-Béat sur la Garonne, au point où ils l’ont laissée, et d’y reconnaître les traces de leurs outils. Notre Henri IV, et Louis XIV, si ardens piotecteurs des marbres de France, seraient aussi surpris qu’affligés de voir laisser si tranquilles ces carrières des Pyrénées et des Alpes, qu’ils ont si bien remuées, animées par eux d’une population d’ouvriers, et dont ils ont, pour ainsi dire, transporté à Paris, à Versailles, à Trianon , des montagnes de marbres superbes, sur lesquels nous avons vécu depuis leurs immenses travaux, et dont les énormes magasins qu’ils avaient formés ne se sont épuisés que ces dernières années.

Nos belles coupes, restes précieux de la magnificence romaine, furent découvertes, en 1720, à Rome, au pied du mont Aveiitin, et sur l’ancien port du Tibre, dans les jardins du duc Sforza Cesarini, près d’un endroit nomme aujourd’hui la Marmorata , et où Ficoroni croit qu’étaient débarqués les marbres étrangers que l’on appoi'tait à Rome (l). Il est à croire que ces coupes étaient destinées à des thermes. Leurs pieds cannelés ne leur appartenaient pas; mais ils sont antiques et de beau granit gris de la Thébaïde. C’étaient sans doute les supports d’autres grandes coupes, probablement en granit. Sur le fond de l’une de nos coupes (713) est sculpté de haut-relief un masque de triton à barbe touffue, et dont la chevelure en desordre est entrelacée de feuilles de roseau. L’autre coupe (713 bis) offre une tête de Meduse ailée d’un assez beau caractère. Le triton , divinité marine, convenait à des réservoirs d’eau, et Méduse aussi, quoique par des rapports plus éloignés. N’était-ce pas de son sang qu’était né Pégase, qui, d’un coup de pied , fit jaillir la fontaine Hippocrène. Ces vasques faisaient l’ornement de la Villa Albani; elles ont été acquises par Louis XVIII. — Publiées par Bouillon, t. III, sièges, pl. 5. [Haut, des coupes, 0'",518 =

I pi. 7 po. 2 li. ]

(1) Voy. Miscell. de C. Fea, p. 23, 9,3.

AUTELS, CIPPES

636. Rhytons ou Cornes à boire, n" 39, pi. 255, marh. pentël.

Les premiers vases à boire furent, à ce qu’il paraît, faits avec des cornes de bœuf ou d’autres animaux, auxquelles depuis on ajouta, et avec une grande varie'te, des têtes en guise d’ornemens (l). Aussi les Grecs les appelaient-ils kerata [keras, corne), et les doubles rhytons dikerata. Cette forme curieuse de vases s’est conservée dans des vases de terre qui rappelaient leur origine à des époques où l’on ne se servait plus des cornes pour faire des vases. Des peintures antiques montrent que la partie inférieure du vase était percée d’un trou et qu’on buvait sans l’approcher des lèvres, en faisant tomber la liqueur de très-haut, ainsi que cela se pratique encore en plusieurs pays, surtout dans le Midi, parmi le peuple. On faisait des rhytons de toute sorte de matières, même en verre, et l’on voit par Athénée qu’il y avait des supports particuliers sur lesquels on posait les rhytons. Une inscription grecque (2) en parle pour un rhyton en argent.- A la pompe bachique que célébra Ptolémée Philadelphe, et dont Athénée nous a laissé une si brillante description , l’on porta un rhyton en or de trente coudees de longueur. Ce que l’on prend souvent pour des cornes d’abondance pourrait n’être que des rhytons remplis de fleurs et de fruits; l’allégorie n’en serait pas moins ingénieuse. Les collections de vases antiques offrent beaucoup de rhytons de formes très-variées en terre. Celle que Charles X a acquise de M. Ed. Durand, et qui fait le fond du musée Charles X, en contient quelques-uns assez beaux. Ce zélé antiquaire en avait recueilli depuis une soixantaine, presque tous remarquables et pris isolément, et dont la réunion, unique dans les collections les plus riches, offrait les têtes, très-bien modelées, de la plupart des animaux connus des anciens. Il eût été bien à désirer qu’une série aussi curieuse n’eût pas été divisée. Après la mort de M. Durand, tous ces rhytons, rassemblés avec tant de peine, ont été dispersés, et pour toujours, à sa vente en 1836, avec toute sa magnifique collection, qui, à elle seule et à peu de frais, eut enrichi, des vases les plus rares et dans tous les genres, le plus beau musée.

Lorsque l’on trouva nos deux jolies têtes de jeune cerf, il fut aisé de reconnaître qu’elles avaient dû orner l’extrémité de deux grands rhytons, et c’en était assez pour en motiver la restauration telle qu’on l’a exécutée. Les branches de lierre dont elles sont ceintes semblent indiquer que ces vases étaient consacrés à Bacchus, et ils ont pu, dans un de ses temples, servir de décoration à quelque fontaine. C’est d’après cette idée qu’au Musée royal on les a ajustés aux côtés d’une grande et belle cuve [labrum) en marbre, qui semble prête à recevoir les eaux qui vont couler des rhytons. Ces vases, d’un beau travail et s’évasant par le haut avec élégance, sont parfaitement évidés en dedans, et les branches de vigne qui les embrassent forment un ornement simple qui n’en masque pas le beau galbe. Les bois naissans des cerfs, les fruits et quelques parties des cornes sont mo-

(1) Voy. sur les rhytons, 1. 1 , p. 27,

(2) Bceckb, Corp, inscr., etc,, t. I, n® 151.

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dernes. — Publies par Bouillon, t. III, sièges, pl. 5. [Haut. l'“,543 = 4 pi. 9 po.]

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