Fontaine antique en forme de trépied, n" 207, pl
marbre pentélique.
Avant d’entrer dans quelques détails sur cette belle vasque, d’un travail très-soigné, et qui devait faire l’ornement de thermes ou d’une de ces petites cours entourées de portiques, et qu’on se plaisait, ainsi que plusieurs de Pompéi, à décorer avec élégance, il n’est pas inutile de faire observer qu’elle avait été prise dans un seul bloc de marbre, ce qui, autrefois comme aujourd’hui, ajoutait à la difficulté du travail et à la valeur du monument. La coupe de ce grand trépied est d’un profil élégant, et elle est richement ornée sur son bord d’un rang d’oves et sur son fond de cannelures en saillie. Ces têtes de lion, d’un beau caractère, étaient des ornemens très-employés pour les fontaines et pour les conduits d’eau , soit que la forme s’en ajustât bien avec le décor de l’architecture, soit qu’on y attachât quelque sens allégorique. Et l’on peut remarquer qu’il était assez ordinaire pour les cimaises de la corniche des temples d’en orner les gargouilles qui donnaient issue aux eaux du toit. On ne saurait douter que cette vasque n’ait servi de fontaine, car le conduit existe encore dans le pilastre en balustre à cannelures spirales qui supporte le fond de la coupe. Ces rinceaux de feuilles de vigne et de grappes de raisin pourraient faire penser que si cette fontaine était consacrée à quelque divinité, elle pouvait l’être à Bacchus; mais comme on y voit d’autres accessoires, il avait peut-être été associé à quelque autre immortel. Qui sait aussi si , dans de grandes fêtes , cette vasque n’a pas servi plus d’une fois, comme un vaste cratère, à mêler l’eau et le vin pour de nombreux convives? Et lorsque Pline appelle des étangs, paludes, les plats énormes qu’on servait souvent dans les festins, il ne serait pas surprenant qu’une coupe de ce genre y eut très-bien trouvé son emploi pour abreuver les convives. Des vases bien plus grands que notre vasque, tels que le célèbre vase deWarwick et celui de Pergame, du Musée l’oyal , ont pu de même servir parfois au même usage dans d’immenses fes-
CANDÉLABRES, SIEGES, ETC
tins. Tous ces vases ne sont, pour ainsi dire, que des gobelets auprès des prodigieux cratères en argent dont parle Hérodote, et que Crésus offrit à Delphes, et de ceux que fît porter en pompe Ptole'me'e Philadelphe dans les Dionysiaques dont Athéne'e nous donne une si longue et si riche description. Certainement ces vases colossaux, dans ces fêtes d’une folle prodigalité furent plus d’une fois et remplis et vidés. Les chapiteaux de notre fontaine offrent, parmi leurs feuillages, Scylla, qui, de ses puissantes mains, tient pi’ès d’elle deux montres marins. Comme toute autre déité marine, elle pouvait très-bien contribuer aux ornemens d’une fontaine. Et d’ailleurs cette Scylla, la terreur des nautonniers et des navires, n’avait pas toujours été un monstre dont des chiens et d’autres animaux féroces formaient le bas du corps; elle avait été belle ; elle avait inspiré et ressenti toutes les délices de l’amour. Ce fut la Jalousie de Circé qui empoisonna les eaux d’une fontaine et la métamorphosa, tandis qu’elle s’y baignait, en un monstre effrayant. Au reste, ce que l’on a donné et ce que je viens encore d’offrir comme une Scylla pourrait bien n’être qu’une Néréide portée sur les eaux par deux animaux marins : c’eut été un sujet très-convenable à une fontaine; les fleuves et les fontaines recevaient leurs eaux de la mer et les y reportaient en tribut. Les anciens variaient beaucoup les ornemens des chapitaux dans le genre du corinthien ou du composite : pour ne pas avoir recours à d’autres exemples, on peut citer la basilique de Pompéi et des peintures antiques qui, dans les colonnes d’un seul ordre, offrent des chapiteaux qui diffèrent beaucoup entre eux par la composition et par la variété des figures qu’on y a fait entrer. Ce beau monument , découvert à fa Villa Adriana, était autrefois placé à l’entrée du Capitole. — Publié dans les Mon. ant. du mus. Napoléon , t. IV, pl. 1 4 ; — Musée français , t. IV ; M. Troquet, dessinateur; M. Victor Texier, graveur; — Bouillon, t. III, fontaines, n° 1. [Haut. 1“,435 = 4 pi. 5 po. — Larg. 1“,354 = 4 pi. 2 po.]