ADDITIONS
AUX INSCRIPTIONS GRECQUES
Plusieurs des inscriptions grecques les plus importantes du Musee royal ont ete' restitue'es, avec le plus grand talent, par M, Bœckh, dans le magnifique recueil publie par l’academie royale de Berlin , Corpus inscriptionum grœcarum, etc., et dans l’ouvrage sur les Doriens, de M. Cari Ottfried Millier; et je crois rendre service aux savans qui ne sont pas à portée de consulter ces excellens ouvrages , en leur présentant quelques inscriptions fort intéressantes du Musee, telles que les ont lues et re'tablies ces doctes philologues. La première (n°l) est un decret des Amphictyons de Delphes très-curieux, qui se trouve au Musée sous le n" 628; 453, pl. xliv de mon ouvrage, II® vol., p. 869. M. Bœckh la donne avec une explication et un abondant commentaire, t. I, n° 1688, p. 804 etsuiv. de son Corpus. II a suivi pour le texte, en y portant le flambeau de sa profonde critique, dans la discussion de plus d’un passage, les copies de MM. C. O. Millier, de Kœhler et celle que J’avais prise sur le marbre, et que j’avais fait graver. Quoique cette inscription, en lettres trèspetites et finement exécutées, paraisse, au premier coup d’œil, se prêter facilement à la lecture, elle est très-difficile; aussi y a-t-il eu dans nos trois copies des variantes qu’a su concilier et aplanir, en les confrontant, la sagacité de M. Bœckh. Ce savant fait remarquer que le fl de cette inscription est ordinairement de cette forme P, avec la barre de droite plus courte que Fautre, ce que je n’aurais pas assez observé dans ma copie ; il en serait de même du 0 et du E qui souvent, dit- il, sont sous la forme de O et de E. Cela se peut; mais ce qu’il y a de certain, c’est que ces lettres, de même que les autres, sont en général si rongées et si altérées, ainsi que beaucoup d’autres inscriptions du Musée royal, ce que remarqua fort bien le savant professeur de Bonn M. Frédéric Weicker dans nos fréquens examens au Musée, qu’il est très-difficile, si ce n’est même impossible, de distinguer ces petites variétés et tant d’autres que les éraillures du marbre ont fait disparaître, et qui échappent aux yeux les plus exercés. Et d’ailleurs, ainsi que je l’ai dit autre part, quelles que furent l’habileté et l’habitude de C. O. Millier, dont nous déplorons amèrement la perte prématurée, et avec lequel j’ai fait de nombreuses et utiles visites au Musée royal lorsqu’il en copiait les inscriptions, il n’a pas fait à Paris un séjour assez long pour avoir pu lire et retracer avec une exactitude incontestable et mathématique , sans laisser lieu à aucun doute, une foule d’inscriptions dont une grande partie est fruste et presque indéchiffrable. Au reste, lorsque dans une inscription la
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même lettre paraît sous plusieurs formes, ou avec des varie'te's, il semble assez peu important que dans la copie il y en ait un peu plus ou un peu moins de telle forme ou de telle autre, surtout lorsque le temps s’est plu, comme pour tourmenter et mettre aux prises les archéologues, à jeter une grande incertitude sur ces formes diverses. J’avais passé condamnation sur la remarque de M. Bœckh, et faisais très-bon marché de mes fl et de mes 0, qui devaient, d’après lui et C. O. Millier, différer un peu de ceux du marbre, ce que je regarde comme sans conséquence; mais en revoyant avec un soin scrupuleux, une à une, toutes les lettres de l’inscription de M. Bœckh et celles de la mienne , je m’apei'çois qu’il n’y a pas la moindre différence entre les deux copies pour les P et les O; elles sont identiques. Il n’y a de même qu’un n à jambages égaux à la fin de la 5' ligne. Ce sont là des minuties de si peu d’importance, que je n’aurais peut-être pas du m’y arrêter si longtemps. Je n’ai du reste qu’à me féliciter de ce que ma copie, malgré quelques légères incorrections, a été jugée digne, ainsi qu’un assez bon nombre de mes inscriptions, de servir de base à celles qu’a reproduites dans son excellent et immense recueil le savant académicien de Berlin.
L’inscription (n° 2) qui suit est d’une nature entièrement différente de toutes celles que nous avons vues au Musée royal, et elle ne leur ressemble ni par le style, ni par la forme de ses lettres. Assez bien gravée, et en partie bien conservée, elle semblerait, au premier aspect, devoir se laisser lire presque couramment. Cependant il n’en est rien, et l’on s’aperçoit bientôt que ce n’est qu’une fausse espérance, et que ses lettres conjuguées, enchâssées les unes dans les autres; ses abréviations, ses lettres supprimées, d’autres éraillées, effacées; son orthographe, opposent à la lecture des difficultés que je croirais presque insurmontables, puisqu’elles ont résisté à la sagacité de notre habile académicien M. Hase, à l’obligeant savoir duquel j’ai eu recours, et qui m’a fait l’amitié de me fournir à ce sujet des notes, que je regrette de ne pas lui avoir demandées plus tôt, et dont je m’empresse de faire usage.
D’après les sigles ç ce d îV’ IvS'i. (T. qui terminent l’inscription, on apprend qu’elle date de l’an du monde 6809, et de la xiv® indiction (l’ère mondaine de Constantinople fixe à l’an 5508 le commencement de la nôtre); elle est donc de l’an 1301 de J. C. ou de la 19® année du règne de l’empereur d’Orient Andronic Paléologue II ou l’Ancien, qui succéda le 1 1 décembre 1282 à Michel Paléologue, son père. Dans cette inscription, placée autrefois dans un cimetière qu’entouraient une vigne et un verger (lig. 6, 7 ), il est question d’un contrat de vente de cette vigne et de ces plantations d’arbres fruitiers, au seigneur Manuel- Ducas-Comnène-Gavras, par l’abbé ou le cathégoumène Agathon et les moines ou frères de ce couvent (/uovÿI, lig. 2? et 4). Le cathégoumène y reçoit le titre de saint moine, kpo/Mvet^oç (lig. 9, en abréviation). Malgré les beaux noms dont est paré ce seigneur Cobras (lig. 3) ou Gavras (lig. Il), il est bien à croire, ainsi que le fait remarquer M. Hase, qu’il n’avait pas plus de rapport avec la famille impériale des Ducas (lig. 1 1 ) Comnène (lig. 3), que quelquesuns des Lascaris, des Ducas et des Comnènes, que l’on trouve encore aujourd’hui dans les îles de l’Archipel. M. Hase n’est pas certain que le mot de
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Skoulikas, qui se lit lig. 3, au nominatif '2Ko\JhiKS.ç, et à l’accusatif ^KoxtKoiv, lig. 10, soit un nom propre ajoute à ceux de Manuel-Ducas-Comnène-Gavras, et il croit pouvoir le traduire par chef des gardes. (Voy. Ducange, Gloss, med. et inf. grcecit. suhv. 'Zx.ovXiKat.)
Dans la première partie de cette inscription (lig. 1-4), où les lignes plus longues que les huit autres sont tronquées au commencement et à la fin, on voit que le seigneur [Kvpoç) Manuel-Comnène-Gavras, chef des gardes, ayant réparé le monastère, constitua (à ce qu’il paraît) une rente qui s’élevait à \ingt perpres , dont il fit également don au couvent. D’après Ducange [Gloss, med. et inf. latinit. sub v. Hyperperum), ce serait une petite monnaie byzantine en or dont il n’indique pas la valeur d’une manière positive (1).
Les trois premières lignes de l’inscription sont gravées sur les trois bandes d’une espèce de corniche de peu de saillie et d’un fort mauvais profil. On ne peut presque pas tirer parti de la première ligne, et il n’y a que quelques lettres que l’on puisse donner d’une manière certaine. La seconde n’offre guère plus de certitude. La troisième, beaucoup meilleure, ne présente presque pas de difficulté, et il n’y a que peu d’abréviations. Le second O dans ma planche renferme un petit O; ce doit être un C (2 lunaire); dans le troisième, ce doit être un F, et dans le quatrième, un C au lieu d’un O. A la 4® ligne, la 9® lettre, qui, sur ma planche, paraît un M, est un T dont l’angle descend très-bas entre les jambages du F et du P ; dans le premier O doit êti’e un C au lieu d’un petit o, et dans le dernier O une petite n. Les lig. 5, 6, 7, 8, 9 sont faciles à lire, mais à la 9®, api'ès ArA.3)(x)Nof, les cinq lettres qui suivent, ICPO et X sur l’A, sont l’abréviation de lUPOMONA- XOT; à la 10® lig., AA est celle d’AAEAiï>12N. Les sept lettres à la fin de la 11® lig. sont fort incertaines, de même que les sept premières de la 12®. Le deuxième O de cette ligne est un G et non un O comme je l’ai donné, et à la 13® lig., la 8® lettre est un C et non N. La lettre qui diffère le plus des majuscules ordinaires grecques est le M, qui est fait comme un H, à la barre transversale duquel on a ajouté en dessous ou un petit trait perpendiculaire, ou une croix, ou que l’on a coupé par un petit trait horizontal; mais quelquefois ce trait se trouve aussi à l’H, ce qui cause de l’embari'as. Les H, M, N, T conjuguées trois à trois, et même quatre à quatre, et les letti’es minuscules superposées, les accens et les sigles, ajoutent aussi des difficultés et de l’incertitude à celles que présente de tous côtés cette inscription. Avant de l’oft'rïr telle que l’a restituée en partie M. Hase, je vais la donner en lettres grecques comme il semble qu’on peut la lire, en mettant en petits caractères ordinaires les abréviations et les lettres superposées.
(1) On ne connaît pas la valeur du perpre aux diverses époques. D’après Guillaume de Tyr, c’était une petite monnaie en or très-fin ^ et il paraît qu’il y en avait en argent, et qu’on l’appelait aussi h^perus^ perperay perpentm^ Çit en Espagne, et même en France, d’après Raimond Muutaner, dans son Histoire d’Aragon, isperiy yperperiy et purpuratum. Gunther, dans son Histoire de Je'rusalem, c. VIII, dit que le perperum d’argent valait nnjerdon ou le quart du marc. En 1302 le marc d’argent valait 4 livres 8 sous, alors le perpre était d’une livre 2 sous , et les 21 perpres auraient fait 21 livres.—- D’après la valeur actuelle du marc d’argent de 222 francs 2222 , les 20 perpres feraient aujourd’hui 271 francs 940.
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Voici la restitution proposée par M. Hase, en corrigeant les nombreuses fautes d’orthographe :
. . .EKAINISE TATTHN THN MONHN
KOMNHNOS O TARPAS KTPOS MANOTHA O SKOTAIKAS H TOT
EIS THEPnTPA K KAI nPOSEOHKE UAAIN TATTA EIS THN MONHN
-}- ATTH H AMHEAOS H ETPISKOMENH
rTPOOEN TOT TOIOTTOT KOIMHTHPIOT ME
TA TÛN OnnPOOOPÛN AENAPON
EHPAOH HAPA TOT KAOHrOTMENOT KT
POT ATAeONOS lEPOMONAXOT KAI HANTÛN TON ETPIS
KOMENON AAEA<DÛN HPOS TON SKOTAIKAN KTPION MANOTHA
AOTKAN KOMNHNON TON TATPAN EIS EHAMTNAN (?) KOINHN (?) A
AEAOOTHTOS THN TINOMENHN ENEKA ŸTXIKHS
SOTHPIAS, EN ETEI ,<? O 0 EH INA IA -j-
L’inscription suivante, gravëe en deux colonnes très-mutdëes Corpus, etc., t. I, p. 137, n® 99. Eile est au Musëe royal sous
et dont il ne reste plus qu’une partie, a ëtë restituée presque en le n° 540, et dans mon ouvrage, 471, p. 879, pl. xxi.
entier, de la manière la plus heureuse, par M. Bœckh, dans son
LXVIO
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«psrrjs te ev£«<x ms tsepi toüsSYNAPXONTASKAIAI xPTSOISTE<5ANÛIAFO:X;APAXMnv apyupiou «peTrjs Kat StxoKxnjws wioœjvvs Tvs ®ep< rov Svfiov 7ov Aa-»,!;AIÛNANArPAŸAlAE ENEKATHSPEPIT0NAHM0NT0NA.&„i;a<6,j. «a, ®Ep. tovs mjvapxov 7oSe TO (pr)<p«Tpa ep arv^v> ««< ffTr,<Ta. vtto to ANA0HMATOKOmON TASANAPPA^AIAETOAETO^HOarpa ei» ffrrrXwf «a. OTVoat avro vno 7o a
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Cette belle inscription de Magne'sie sur le Me'andre, où il est question des Doriens, des Ioniens et des Eoliens, est malheureusement très-mutilee, et nous n’avons qu’une partie du decret qui y était consigne. La fin des lignes qui nous restent de ce monument ëpigrapliique, consacre' en honneur de l’empereur Adiien et d’Antonin Pie, a ëte' habilement rétablie, et de manière à y ajouter beaucoup d’intérêt, par M. C. Ottfried Müller dans son savant ouvrage sur les Doriens, t. III, p. 603. Elle est au Muse'e royal sous le n° 654, et dans mon ouvrage, 4'79, p. ,885 pl. xlviii.
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