DES ÉTATS-GÉNÉRAUX
a T^ 5 mai. 1789 était le jour Gxé pour Touvertiire des états-généraux. La veiUe , une cérémonie religieuse précéda leur installation. Le roi, sa famille, les députés des trois ordres se rendirent processionnel lement de l'église Notre- Dame à l'église Saint-Louis pour y entendre la messe d'ouverture. On ne vitpas sans ivresse le retour de cette solennité nationale dont la France était privée depuis si longtemps. Elle eut l'aspect d'une fête. Une multitude immense était venue à Versailles de toutes parts; le temps étai t magnifique; on avait prodigué la pompe des décorations. Le mouvement de la musique, l'air de bonté et de satisfaction du roi, les grâces et la démarche delà reine, et autant que cela les espérances communes, exaltaient tout le monde; mais on remarqua avec peine l'étiquette, les costumes, l'ordre de rang des états de 16 r^.» (Mignet.)
Le lendemain la séance royale eut lieu dans ta salle des Menus. Des tribunes en amphithéâtre étaient remplies de spectateurs. \jt clergé était conduit à droite, ta noblesse à gauche, les communes en face du trône, placé au fond de la salle.
N'importe , le tiers-état domine la scène ; les nobles ont beau étaler leur manteau noir relevé d'un parement d'étoffe d'or, la veste analogue au parement, les bas blancs, la cravate de dentelle et le chapeau à plumes blanches retroussé à la Henri IV ; les cardinaux leur chape rouge , les archevêques et les évêques leur rochet, leur camail , leur soutane violette et leur bonnet carré : l'honneur de la journée ne sera pas pour eux. M. Necker lui-même avec son habit de ville ordinaire, pluie d'or sur un fond cannelle, avec une riche broderie en pail-
<g§>2 <§§> lettes, n'attire pas les regards comme cet homme en habit noir, manteau court , cravate fie mousseline , chapeau retroussé de trois côtés , sans ganses ni boutons, qui se dresse avec impatience au milieu de ses (allègues attentifs. Cet homme est tout simplement Mirabeau.
Un mouvement s'éleva à sa vue ; mais jadis il avait écrit: «Je suis sûr, à mon premier pas dans le monde , de faire baisser la tète , plus encore par ma conduite que par mes regards, à quiconque aurait osé me préparer du mépris. > Le comte de Mirabeau sortit victorieux de cette première épreuve.
Lorsque les députés et les ministres eurent pris leurs places, le roi parut, suivi de la reine, des princes et d'un brillant cortège; la salle retentit d'applaudissements h son arrivée. Louis XYl se plaça sur son trône , et dès qu'il eut mis son chapeau, les trois ordres se couvrirent en même temps. Les communes, contre l'usage des anciens états, imitèrent sans hésiter le clergé et la noblesse. Le temps était passé où le troisième ordre devait se tenir découvert et parler à genoux. On attendit alors dans le plus grandsilence les paroles du roi; on était avide d'apprendre quelles étaient les dispositions réelles du gouvernement à l'égard des états. Voudrait-il assimiler la nouvelle assemblée aux anciennes, ou bien leur accorderait-il le rôle que lui assignaient les besoins de l'état et la grandeur des circonstances ? Le roi prononça un discours dans lequel il conseillait le désintéressement aux uns , la sagesse aux autres , et parlait à tous de son amour pour le peuple. Le garde des sceaux prit ensuite la parole , et fiit suivi de Necker qui lut un mémoire sur l'état du royaume, où il parla longuement de finances , accusa un dé6cit de 56 millions, et fatigua de sa longueur ceux qu'il n'offensa pas de ses leçons.
Le 1 7 juin suivant les états-généraux faisaient place à l'assemblée constituante.