VI. ORFÈVRERIE, BIJOUTERIE, HORLOGERIE
3103. — Torques gaulois, ceinture en or massif, travaillée en forme de spirale et terminée par un double crochet.
Ce torques, d'une parfaite conservation, a été trouvé en février i854 au lieu dit le Puai sur La Touche, commune de Cessons, arrondissement de Rennes (llle-et- Vilaine), à une profondeur de 0"» 43 au-dessous de la surface du sol. Il pèse 389 giammes et est façonné tout d'une pièce, sans soudure. Il est probable c^ue la double torsion dont il a été Tobjet, et quUl conserve encore aujourd'hui, lui a été donnée pour le cacher en terre et le faire tenir dans un petit espace. Le Cabinet des Médailles et Antiques possède un torques de forme analogue, trouvé à St-Leu d'Esserens, près Creil, en 1843 (Catalogue du Cabinet, par M. Chabouillet, n» fê67, de Tedition de 1858), et qui, au moment où il a été découvert, présentait la même disposition.
3104 à 3112. — Trésor gaulois, trouvé en terre, à 40 cent, au-dessous du sol, dans la môme contrée, commune de Saint- Marc-le-Blanc, près Rennes, en 1856.
Ce trésor qui, à en juger par les lingots à Tétai brut et les bijoux à peine ébauchés que Ton a décoiiverts en même temps que des bracelets d'un travail achevé, doit avoir été enfoui par quelque orfèvre gaulois dans un moment de troubles, se compose de neuf pièces en or massif dont quelques-unes d'une exécution très-remarquable. Les lingots d'or qui ont été trouvés en même temps, et dont quelques-uns étaient renfermés dans un vase en poterie grossière dont on n'a purecut^ilUrqueçjuelques fragments, n'ont pas été conservés; les pièces façonnées seules ont été acquises par l'Hôtel de Cluny.
Le premier de ces bracelets (n® 310i), d'origine gauloise, comme tous les autres, est composé de trois branches eu or massif, de travail tors avec agrafe. 11 pèse ô9 gr. 3 dg., et la disposition de chacune de ses branches rappelle celle du torques gaulois ci-dessus décrit.
Le second bracelet (n° 3105) est également en or massif et façonné en manière de tresse. Son poids est de 17 gr. 9 dg.
Un troisième bracelet [n^ 3106), toujours en or massif, est décoré de filets unis et pèse 10 gr. 2 dg.
Un autre bracelet [u^ 3107) est orné de filets guillochés. Il est en or massif comme les précédents, et son poiJs est de 8 gr. 3 dg.
Viennent ensuite : (n^ 3108) une bague en or, à filets guillochés, du poids de 3 gr.
Un bracelet (n<>3109) en or rond, uni et plein, à double révolution, pesant 146gr. 5dg.
Un autre bracelet |n® 3110), de môme forme, également en or massif, mais à quadruple révolution, du poids de 185 gr. 4 dg.
Un troisième bracelet |n<'-^lll) à forme analogue et à un seul tour, en or massif, du poids de 39 gr. 5 dg.
Et enfin, un anneau rond (n^ 3112), à triple torsion en or uni et massif, pesant 9 gr. 8 dg.
Ces neuf pièces d'orfèvrerie gauloise ont été trouvées ensemble, comme nous Pavons dit plus haut, avec des lingots d'or à Tétai brut. Elles avaient été recueil-
3S6 2« SUPPtiHHENT. — OttPÉVKËÏtiE.'
lies par M. Vibert, bijoutier à Rennes, qui les a cédées, peu de temps après leur découverte, aux cofleclions de l'Hôtel de Cluny, où leur place était toute marquée auprès du torques îraulois, trouvé deux ans auparavant dans la môme contrée, et dont il s'était également rendu acquéreur, aa moment où ce précieux objet avait été extrait de terre par la bêche d'un cultivateur.
3113 à 3121. — Trésor de Guarrazar. — Couronnes d'or, trouvées en 1858, à la Fuente de Guarrazar, près de Tolède. — VII® siècle.
Dans les derniers mois de l'année 1858, un offîoîw français, dont la résidence est âxee en Espagne depuis piusieui's années, entreprit q^lques fouilles dans un terrain acquis par hii dans les environs de Tolède, au lieu dit la FuenUe de Guarrazar, Les premiers travaux firent trouver en terre quatoree trèft-petites couronnes en treillis d'or. Transportées à Madrid et présentées à ia Monnaie de cette ville, elles furent in média tement mises â la fonte et converties en lingots. De nouvelles recherches, entreprises au même lieu, amenèrent la découverte d un préweiTX trésor, composé de huit couronnes d'or massif d'un poids considérable, rehaussées de saphirs orientaux, de perles fines, de pierreries de toute sorte, et dont la splendeur, tout exceptionnelle quelle soit, ne saurait cependant égaler l'importance historique.
Enfoui probablement daus les premières années du viii« siècle, lors de l'invasion de fempire des Goths par les troupes arabes, conduites par Tharick ; resté pendant près de douze siècles sous la terre qui le recourrait encore en 1858, le trésor de Guarrazar présente, pour l'étude des siècles passés, un intérêt sans égal, et laisse bien loin derrière lui tous les monuments analogues oui ont pu être conservés jusqu'à nos jours. Consacrées dans la seconde moitié du vn« siècle, ainsi que l'Indique d'une manière irrécusable une des inscriptions que nous retrouvons sur ces trésors de lart visigoth, ces couronnes nous donnent une idée complète de rimportance des ouvrages d'orfèvrerie exécutés par les artistes de cette époque. Les monuaieiits du même genre qui existent encore sont en très-petit nombre. Les ornements trouvés dans le tombeau de Childéric, les pièces d'orfèvrerie mérovingienne, récemment acquises par S. M. l'Empereur, les vases des Burgundes, recuellfis à Gourdon, les couronnes des prmces lombards Agihilfe et Thcodelinde, couronnes dont la dernière appartient encore au Trésor de Mo[>za , et dont Tautrè a disparu il y a quelques années , sont considérés à juste titre comme des monuments d'une grande rareté et d'une valeur inappréciable pour Fhîstoirè des arts industriels à ces époques reculées; mais, quel que soit l'intérêt qui se rattache à ces joyaux de premier oi:dre, leur importance s'efface devant l'étonnant ensemble et la splendeur sans égale de ces neuf couronnas du vu® siècle, ' trouvées au même lieu, remontant toutes à la même époque, et dépassant par la richesse de la matière, la beauté de l'exécution, et par leur étonnante conservation, tout ce que possèdent d'analogue les collections publiques de l'Europe.
Apportées à Paris au mois de février 1859, c'est-à-dire plus de trois moi« après leur découverte, les couronnes de Guarrazar, au nombre de huit, furent présentées à S. Exe. le Ministre d'État, imr>édiaiement acquises et placées dans les collections de l'Uôtel de Chmy, déjà riche en productions de l'orfèvrerie des pemiers temps du moyen âge. Deux ans après, en 1860, de nouvelles fouilles entreprises au même lieu produisirent un nouveau résultat, et amenèrent la découverte d'une neuvième couronne, faisant évidemmeuC partie du même ensemble, et qu'un courant d'eau souterrain avait portée à travers les terres, à quelque distance du lieu des premières recherches. Présentée an gouvernement espagnol, puis apportée en France par ToflOicier
^ SUPPliiaiENT. ^^ ORFBVRBRII. 3l#t
d'artillerie propriétaire du terrain de Guarrazar, cette dernière couroim^, acquise par S. Ëxc le Ministre d'État au mois de mars 1861, vint complet )r Tensemâe de ce précieux trésor, dont noua décrivons ici diacune des pièc )s en laissant de côté toute appréciation qui ne serait pas basée sur Texamen attentif de ces beaux monuments.
La plus grande de ces couronnes [w^ 3113) est, ainsi que l'indique d'une manière irrécusable rinscriplion qu'elle supporte, celle du roi golb Heecesyinlhus, monté sur le trône en 649 et mort en 672.
La couronne da roi Reccesvinthus se compose d'un large bandeau en cr massif, haut de 10 centimètres et dont le diamètre dépasse 21 centimètres. Ce bandeau, qui ouvre au moyen d'une double charnière, est rich( ment encadré par deux bordures cloisonnées d'or et incrustées de pierres rouges de Cane, de celles qu'Anastase désigne sous le nom de gemmis alabandinis, et porte en relief trente saphirs orientaux de la plus grande beauté, enchâssés dans des bordures d'or, et la plupart dune dimension considérable. Trente perles fines, d'une prosseur non moins notable, alternent avec les saphirs sur un fond d'or mcrusté des mêmes pierreries, et vingt-quatre chfaîneltes d'or, partant du cercle inférieur de la couronne, suspendent autant de grandes lettres en or cloisonnées et incrnstées dont la disposition forme les mots .
RBGGBSYINTEUS RBX OFFBRBT.
Chacune de ces lettres se termine en outre par une pendeloque d'or etda perles fines soufenanl une poire en saphir rose. La couronne du roi est suspendue par une quadruple chaîne d'un beau travail, qui la rattache à un double ueuron d or massif enrichi de douze pendeloques eu saphir, et c \ fleuron lui-même, dont les branches sont ouvertes, est surmonté d'un chapi leau en cristal de roche finement travaillé; puis vient une boule en mcm<î m0tière, et enfin la tige d'or qui forme le point de départ de la suspension.
La croix qui occupe le centre de la couronne, et se rattache au fleuron pa • une longue chaîne d'or, n'est pas moins remarquable par l'élégance de si fonne et par la richesse de la matière. Elle e«t en or massif relevé de si> beaux saphirs et de huit grosses perles fines ; chacun de ces joyaux est mont»*, en retief sur des griffes à jour, et le revers porte encore la ubule qui servait if Tailbacbepau manteau reyai'
Le diadème est en or uni à l'intérieur ; mais sa face extérieure que décorent les saphirs et les perles fines, montés en relief, se fait remarcjuer en outre psi une ornementation particulière, et qui consiste en une suite de palmettei* découpées à jour, et dont les feuilles sont remplies par des lames de même macère' rouge qui au premier abord {»^ente T aspect de la cornaline, et dont nows avons parlé plus haut.
Les saphirs qui décorent le bandeau, et dont la monture est largement traitée, sont, nous l'avons dit, au nombre de trente^ tous d'une belle eau, et plusieurs d'entre eux présentent les traces de la cristallisation naturelle par facettes; les deux principaux^ ceux qui sont places au centra de chacune de ses faces', n'ont pas moins de 30 millimètres de diamètre. Les perles sont également d'ime grosseur exceptionnelle, et quelques-unes seulement ont été altérées par les effets du temps. Les chaînes de suspension se composent chaeune^ de cinq beaux fleurons. découpés à jour, et la tige qui supporte tout l'ensemble est en or massif.
Le nombre des saphirs qui décorent^lftiCourri luaodeRfiecMvin^uaf la ^sraa
352 2« SUPPLÉMENT. — ORFÉYRSIIIB.
et le fleuron, n^est pas moindre de soixante-six, dont trente d^une dimension hors ligne ; celui des perles est le même Les pendeloques qui terminent les lettres du diadème sont, en outre, ornées de pâles d^émail enchâssées dans des bordures d'or.
Le revers de la croix, qui porte encore la charnière et la naissance de la fibule d'attache, est finement traN'aillé à jour et présente six motifs de rosaces découpées sur fond d'or. — Cette couronne est d'un pids considérable, et la richesse du métal, jointe à la beauté des pierres précieuses qui en constituent la principale ornementation, en font un des plus splendides joyaux que l'on puisse voir.
Le simple examen de ce monument d'orfèvrerie suffit pour démontrer que le diadème de Keccesvmihus n'était pas seulement une couronne votive, comm(', quelques auteur^ l'ont affirmé. Sa dimension, qui embrasse exactement la forme de la tète, sa disposition à charnières, disposition qui a pjour but d'enlever au métal une partie de sa rigidité, et de prendre d'une manière
S lus exacte la forme do la tête, sont des arguinents suffisanls pour permettre 'affirmer que la œuronne trouvée à la Fuente de Guarrazar était bien celle du roi, celle qu'il portait lors de son sacre et qu'il a du offrir à 1 autel après la cérémonie du couronnement. Le dudème royal consistait donc alors uniquement dans le bandeau lui-mi'me, et ce n'est qu'au moment de la consécration que les chaînes de suspension ont été ajoutées, ainsi que l'inscription commemorative (1). Quant à la croix qui accompagne la couronne, qm a été trouvée en même temps et qui a évidemment avec elle une origine commune et unique, une connexion intime, en un mo)^, on ne saurait nier qu'elle n'ait été portée, puisqu'elle conserve encore au revrs la charnière et la naissance de I ardillon qui rattachait au vêtement.
Le roi Heccesvinthus a conquis une place importante dans la dynastie des rois Goths. Associé à la puissance souveraine par son père , en 649 , il régna seul à pai tir de l'année 653 , fut sacré à la mort de son père Chindeswinthe le 16 octobre de cette année, par saint Eugène, évoque de Tolède, et mourut dix-neuf ans aprè.<, en 672. La couronne, dont nous donnons ici la description, et qui porte le nom du souverain, trouve donc sa date précise dans les premières années de son règne.
La seconde couronne (n® 3114), la plus importante des neuf, après celle qui porte le nom de Reccesvintbus, est la couronne de SoNMGA, ainsi que l'indique une inscription gravée ou plutôt
(1) M. de Lasteyrie, dans un excellent travail publié en 1860, et intitulé : Description du trésor de Guarrazar^ exprime Popinion que la couronne du roi Reccesvinthus ira pu être portée, et se base sur un détail de fabricaUon qui prouverait, selon lui, que la couronne n'a pas eu d*autre usage que celui d'ex volo. 11 dit que les chaînes de suspension sont engagées dans le bandeau même de la couronne et recouvertes par la bordure rioisonnée ; qu'ainsi elles ne sauraient constituer une addition ultérieure. — C'est une erreur qu'il importe de relever Les chaînes ne sont nullement engagées dans le bandeau cloisonné ; elles en sont complètement indépendantes ; leurs attaches sont soudées dans la doublure intérieure de la couronne, et soudées après coup, et il en est de même pour les peUtes chaînettes qui supportent chacune de^ lettres de l'inscripUon. L'examen seul de la couronne suffit donc pour état)lir que l'appréciation émise par le savant M. de Lasteyrie repose sur one erreur matérielle, qui se démontre d'elle-même.
Nous pourrions invoquer en outre, en faveur de l'opinion que nous avons émise plus haut, opinion qui n'est que le résulut d'un examen attentif de l'objet lui-même, de nombreux arguments tirés de l'histoire et des chroniques du temps, mais un catalogue a des limites restreintes que nous ne saurions dépasser»
2® SUPPLÉMENT. — ORFEVRERIE. 353
frappée au marteau sur la croix qu'elle supporte (1). Elle est de dimension moindre, mais appartient évidemment à la même époque que la première, avec laquelle elle présente une analogie complète dans la disposition générale, aussi bien que dans les détails d'exécution et surtout dans les procédés d'enchâssement des pierreries.
Cette couronne se compose d'un bandeau en or uni, haut de 8 centimètres et portant en relief, comme le diadème de Reccesvinthus, des saphirs, Séries nnes, pierreries diverses et caho(ihons de cristal de roche au nombre e cinquante-quatre. Huit belles poires en saphir, dont les principales n'ont pas moins de 40 millimètres de hauteur, se rattachent à la partie inférieure du bandeau et forment pendeloques. Cette couronne est à doubles chamièr*es, comme la précédente, et chacun de ses bords est orné d'un semis de perles d'or disposées de distance en distance, réunies par quatre et formant douze groupes. Entre ces groupes de p^rles, et de chaque côte des charnières, se trouvent des petiis anneaux également en relief et destinés à maintenir l'étoffe, soie ou velours, qui formait la doublure intérieure, doublure dont la
Srésence est accusée d'une manière plus manifeste encore par l'existence 'un petit rebord formant une légère saillie à l'intérieur de chaque rôté du bandeau.
Quatre chaînes en or, à travail de chaînette, suspendent la couronne et se rattachent à un double fleuron d'or à six branches comme celui de la couronne de Reccesvinthus, mais de dimension moindre ; une autre chaîne de môme métal soutient ce fleuron et le relie à un large anneau d'or. Du double fleuron descend également une longue chaîne supportant une belle croix que décorent cinq pierres fines, saphirs et autres, alternant avec des pâtes d'émail.
Le revers de celte croix porte le nom du donateur, et nous apprend sous quelle invocation a été placé le trésor de Guarrazar. L'inscription qu'elle présente est frappée au marteau et fait relief du côté opposé entre les enchâssements de pierreries ; elle est ainsi conçue :
IN m NOMINE OFFERET "SONNICA
SGB Marie in sorbages.
Cette croix a 0°» 23 de hauteur et sa largeur est de 0" 105. Le fond est uni et la bordure formée de filets en relief.
La couronne de Sonnica, comme celle de Reccesvinthus, n'était pas purement votive; il suflit également, pour se convaincre qu'elle était portée^ de l'examiner avec attention. Les doubles charnières disposées de manière à donner de la souplesse au métal , les petites bélières en forme d'anneaux évidemment destinées au passage des fils retenant la doublure j le rebord intérieur dont le but ne saurait être autre que celui ùe mainterdr en place la garniture destinée à préserver la tête, tout concourt à démontrer la destination première de cette couronne (2).
(1) La croix portant Pinscription de Sonnica avait été, dès le orincipc, avant l'arrivée du trésor de Guarraiar à Paris, et son entrée à l'hôtel de Cluny, suspendue à une autre de cescouronnes. Des renseignements nouveaux, pris à source certaine, njus ont permis de restituer à cette croix sa véritable place, et de la rattacher à la couronne avec laquelle elle avait été trouvée et à laquelle elle appartenait.
(2) L'auteur de la description que nous avons déjà citée, se « déclare tout disposé à ajroettre que ces anneaux ont dû servir de points d'attache ât quelque riche doublure, mais
354 2® SUPPLÉMENT. >— ORFEVRERIE.
On a dit avec raison que le nom de Sonnica semble devoir être regarae coQime un nom d'homme, et on a cité les noms des rois GothsSwintila, Egica, Wamba et autres. On ne saurait s'empêcher Cependant, en observant avec soin la couronne, en appréciant son diamètre, qui ne dépasse pas O""!? et s'adapte parfaitement à une tête de femme, en tenant compte surtout dé cette doublure intérieure, luxe insolite chez un guerrier goth, et qui ne paraît pas disposée
Sour un front masculin, de chercher dans le mot Sonnica le nom cl une femme, *une reine peut-être, ou tout au moins d'un très-jeune homme. Du reste, les indications manquent complètement à ce sujet, et, quelles que soient les présomptions que peut faire naître l'observation attentive de la com-onne, elles ne sauraient suffire à une attribution "précise.
L'inscription gravée sur la croix nous apprend que le don a été fait à Sainte- Marie in Sorhaces; ces derniers mots ont été interprétés de manières diverses. Faut-il les traduire par ceux de Sainte-Marie d'en bas, comme l'a proposé le savant M. Lavoix, en trouvant dans le mot Sorhaces la racine gothique Shaur, signifiant toit ou crypte et devenue 5or, avec le mot baceSy bas ou basse, en mauvais latin? — Faut-il, avec M. F. de Lasteyrie, {aire de Sorbace& une sorte de synonyme du mot latin Sorbus, affirmer qu'il ait pu servir à désigner en basse latinité un lieu planté de cormiers, comme pomarium désigne un verger planté de pommiers eXnuccarium un chami^ planté de noyers, et faire de Sancta Maria in Sorbaces Sainte-Marie des Cormiers? — Peut-être vaudrait-il mieux chercher moins loin, et trouver tout simplement dans le mot Sorbaces celui de Sorbas, ville d'Espagne, située dans la province de Grenade, comme nous Tindiquent tous les dictionnaires de géographie, et à vingtquatre kilomètres de Mujacar. Sorbas est loin de Tolède, il est vrai ; mais Paris n'est pas plus près de Loreto, et de nos jours nous avons bien à Paris une église entière consacrée à Notre- Dame-de-Lorette ; et quand même il n'y eût pas eu, au lieu où les couronnes ont été trouvées, une chapelle consacrée a Sainte-Marie de Sorbas, n'a-t-il pas été d'usage en tout temps de consacrer une offrande dans tout édifice religieux sous l'invocation d'un saint étranger à la localité?
Les offrandes à Notre-Dame d'Embrun ne sont pas toutes à Embrun. Il y en a dans maintes églises de France ; celles à Saint-Germain d'Auxerre se retrouvent dans tous les villages des environs de Paris et non pas à Auxerre seulement; celles à Notre-Dame-de Lorette ne sont-elles pas aussi dans toutes les éghses de l'Europe, et n'y aurailnil pas dans ce sens mille exemples à citer?
La petite ville de Sorbas est complètement oubliée de nos jours, il est vrai ; mais eJl« est située dans un pays riche, entourée de mines jadis fertiles, dont rexplQ^laiion, délaissée depms, remonte à une époque antérieure à l'invasion des Arabes, et c'est là un motif plus que suffisant, ce nous semble, pour expliquer le culte rendu par une nombreuse population et dans une époque de prospérité, à la sainte Vierge sous l'invocation de^Sainte Marie de Sorbas.
que, s*il y a eu doublure, c'était purement et simplement ime affaire de luxe et d'élégance, et non une preuve que la couronne ait été portée. »
Sans prétendre en aucune manière discuter Topinion émise par le savant M. de Lasteyrie, nous nous bornerons à faire observer que l'intérieur du bandeau est en or uni, plein, poli et parfaitement dressé; qu'il présente par conséquent tontes les conditions de luxe et d'élégance, et qu'il est difficile d'admettre qu'on ait eu l'idée de dissimuler une matière aussi précieuse au vii^ siècle que de nos jours, sous une doublure d'étoffe quelle qu'en soit la richesse, sans qu'il y ait eu une nécessité absolue, motivée par la destination et l'usage de la couronne. — Nous ajouterons en outre que, si elle eût été simplement votive, le rebord que forme de chaque côté à l'intérieur le bandeau d'or massif qui constitue le diadème, n'eût pas été tourné de ce côté, mais bien du côté extérieur, et que la disposition présente,. QUI est tout exceptionnelle, ne saurait avoir d'autre but que celui de soutenir la garniture et de la maintenir en place.
2« SUPPLÉMENT. — ORFEVRERIE. 355
La troisième couronne est, ainsi que celles décrites sous les n®* 3116 et 3117, complètement différente par sa forme de celles de Reccesvinlhus et de Sonnica, mais son origine est certainement la même ; sa disposition, pour êlre distincte de celle des précédentes, n^en est pas moins remarquable, et le goût de son ornementation , comme le travail de l'orfèvrerie , suffirait à jlui assigner la même date.
Le bandeau est formé d'une sorte de grillage très-épais en or soufflé formant, en hauteur, deux rangs de dix mailles chacun et présentant, par conséquent, un ensemble de vingt mailles. Les barreaux de séparation, en or soufflé, bombés à Pextérieur, plats à Tintérieur, sont sbudés les uns aux autres, et chaque point d'intersection porle une pierrerie ou une coque de nacre montée en relief. Dans chac<me des mailles se balance une pendeloque d'or terminée par un saphir, et la même disposition se retrouve à la partie inférieure de la couronne qui supporte dix autres pendeloques de même nature, partant des points d'inlerseciion du dernier cercle. Le nombre des saphirs, des perles unes et coques de nacre atteint le chiffre de soixante. Trois chaînettes en or suspendent la couronne et la rattachent à un double fleuron surmonté lui-même d'une nouvelle chaîne en même métal, que supporte un anneau d'or. La hauteur du bandeau est de 0^ 09, et son diamètre de 0°* 13,
Par une disposition analogue à celle des couronnes précédentes et commune aux neuf couronnes du Trésor de Guarrazar, une quatrième chaîne, fort longue, descend du fleuron de suspension -et supporte une belle croix en or, â double face, haute de 0™ 15. Dix-neuf saphirs, pierreries diverses et coques de nacre décorent chacune des faces de celte croix, et trois pendeloques, dont deux se terœinentpar des saphirs et la troisième par une agathe à plusieurs couches,sont suspendues aux bras et au pied de la croix.
La forme de celte couronne et des deux suivantes, leur disposition à clairevoje, aussi bien que le diamètre du bandeau, tout indique une origine purement votive; il en est de môme des croix à double face, qui, par conséquent, n'ont pu être faites que dans un but de consécration religieuse.
La quatrième couronne [n^ 3116), présente, sauf de trèslégères modifications, les dispositions de la précédente. Ses divisions sont distribuées de même sur deux rangs, tout en ne comprenant que neuf mailles sur chacun, soit dix-huit mailles pour l'ensemble. Vingt-sept saphirs, pierres, perles fines et coques de nacre, marquent les points d'intersection des barreaux, et autant de pendeloques décorées de saphirs sont suspendues dans les mailles et au cercle inférieur.
Trois chaînes d'or rattachent la couronne à un double fleuron disposé comme celui de la couronne précédente, et surmonté d'une boule en cristal de roche que soutient un anneau d'or. La hauteur du bandeau est de O'" 08 sur un diamètre de 0*" 12. La croix d'or à double face, qui est supportée par une longue chaîne d'or suspendue au double fleuron, est haute de 0"» 15 et large de 0™ 11; sa disposition est celle de la couron ne précédente, et elle présente comme elle dix-neuf saphirs, coques de nacre et pierreries diverses sur chaque face, avec trois pendeloques aux extrémités.
La cinquième couronne [a^ 3117) se rapproche complètement,
par sa disposition, des deux précédentes. Les mailles, toujours, distribuées sur deux rangs, sont plus petites et au nombre de vingt, et les points d'intersection des pièces du treillis sont rehaussés de pierreries et de coques de nacre.
Dans chacune de ces mailles se trouve également une pendeloque en or terminée par une perle fine, et le cercle inférieur du bandeau supporte dix autres pendeloques d'or soutenant chacune un saphir surmonté d'une perle fine. Le diamètre du bandeau de cette couronne est de 0°» 11 sur une hauteur de G"» 07. Les trois chaînes de suspension, également en or, se rattachent à un anneau de même métal, mais le double fleuron n'existe pas. La croix est suspendue à une longue et fine chaîne d'or; elle est en or uni, porte à son centre un saphir et à chaque extrémité une pâte d'émail enchâssée d'or ; trois pendeloques d'or et de perles fines se rattachent à ses extrémités, et sa hauteur est de 0» 10.
La sixième couronne (n® 3118) présente, ainsi que les deux suivantes, une plus grande analogie dans la forme, et surtout dans la disposition générale, avec celles de Reccesvinthus et de Sonnica. Elle se compose d'un bandeau en or, enrichi d'un rang de pierres précieuses et orné de dessins en repoussé, d'un travail que rappelle celui des bijoux mérovingiens. Son diamètre est de Q^ 13, sur une hauteur de o°» 04.
Quatorze coques de nacre et saphirs, dont quatre cristallisés par facettes, sont sertis en relief sur le bandeau, et treize saphirs sont suspendus au bord inférieur formant pendeloques; quatre chaînettes finement tressées supportent la couronne et lu rattachent à un anneau d'or. Le bandeau est â double charnière, comme dans les deux premières couronnes, disposition qui a pu faire croire dès l'abord que cette couronne, ainsi que les deux suivantes, pouvaient être des couronnes d'enfants ; mais le peu d^onverture du bandeau, sa légèreté, donnent lieu de penser que cette couronne et les deux suivantes sont purement votives.
La septième couronne (n<> 3119) consiste en un simple bandeau d'or repoussé à dessins courants, avec rosaces et bordure de feuillage. La hauteur du bandeau est de o°» 032, sur un diamètre de 0» 115.
Quatrç chaînettes de suspension se rattachent à un anneau d'or, et six pendeloques de pierres de couleiu* se balancent à son bord inférieur. Aucune pierrerie ne se trouve sur la face du bandeau dont la décoration consiste uniquement dans le dessin en repoussé que nous avons indiqué et qui se rapproche par le style de l'ornementation du caractère de la couronne précédente , en s'ouvrant comme elle au^oyen d'une double charnière.
La huitième couronne (n® 3120) se compose également d'un simple bandeau d'or ; mais ce bandeau est découpé à jour et orné de dessins en repoussé dans le même style. Sa hauteur est de 0°» 038, sur un diamètre de o™ u.
Les motifs d'architecture qui décorent le bandeau consistent en pilastres soutenant des archivoltes en plein-cintre, avec bordure courante, le tout évidé à jour et repoussé; dix pendeloques en pâte d'émail, taillées à facettes.
sont suspendues au bord inférieur de la couronne, que quatre chaînettes rattachent A un anneau d'or. La disposition à double charnière est la même que dans les couronnes précéflentes, et l'analogie est parfaite dans la disposition aussi bien que dans le travail de l'orfèvrerie.
La neuvième et dernière couronne [n^ 3121) remonte à la même époque que les huit autres/et a été trouvée au même lieu; mais elle n'a été découverte que plus récemment, en 1860, etn*a été acquise par le Musée qu'au mois de mars 1861. Sa disposition présente une grande analogie avec plusieurs de celles cidessus décrites; seulement, elle est plus grande, ses chaînes de suspension sont d'un dessin plus recherché, et la croix qui s'y rattache est plus belle et plus richement ornée. — Cette neuvième couronne, complément d'un trésor déjà si remarquable et véritablement unique, a évidemment la même origine que les huit autres. La richesse de la matière employée, la nature du travail, le style de rornementalion, tout le prouve d'une manière certaine.
Cette couronne était purement volive, à en juger par sa disposition, qui exclut toute attribution comme couronne de tête. Son bandeau se compose d'une sorte de treillage en or, composé de trois cercles réunis par des attaches verticales et formant ainsi, par une dis[!Osition analogue à celle des couronnes précédentes, deux rangées de douze mailles chacu e. Les barreaux de ces mailles sont, comme pour les autres ronronnes, légèrement renflés à leur milieu, un peu bombés à Fexlérieur, plais à rintérieur. Chaque intersection des treillis d'or est marquée par un chaton en relief qui renferme un saphir ou une coque de nacre, et, à l'intérieur de chaque maille, se balance une petite pendeloque en or, terminée par une perle fine. Douze autres pendeloques semblables, mais de plus grande dimension, terminées chacune par un saphir et par une perle fine, se ratladient aux points de jonction des mailles inférieures.
Cette couronne est, comme les autres, suspendue par trois chaînes d'or qui se réunissent sous un double fleuron à six branches détachées ; le fleuron lui-même est suspendu à une auire chaîne d'or que termine un anneau de môme métal. Une autre chaîne d'or fort longue part du même fleuron et supporte la croix, qui, par une disposition commune à celle des autres couronnes ci-dessus décrites, vient se suspendre dans le vide laissé par le cercle d'or. Cette croix, d'une dimension analogue à celle des autres (H 0"° 15), est ornée, sur chacune de ses faces, de saphirs et de coques de nacre sertis dans des chatons épais et d'im haut-relief. Les croisillons ainsi que la base
Sortent de grande pendeloques en or, perles fines et saphirs. La hauteur e la couronne , depuis l'anneau de suspension jusqu'à la base de la croix, est de 0*" 72. La couronne seule est haute de 0"^ 07 et son diamèire est de 0"13.Le nombre des pierres fines, saphirs, perles, coques de nacre, est de 119. Celte dernière couronne, trouvée, comme nous l'avons dit plus haut, en 1860, et présentée au gouvernement espagnol peu de temps après sa découverte, a été apportée depuis en France et acquise immédiatement par ordre de S. Exe. le Mmistre d'État, comte Walewsku jaloux de compléter un ensemble sans précédent dans aucune collection de l'Europe (1).
(1) (Jne note insérée dans un journal espagnol, à la date du 29 irai 1861, nous appread
3122. — Autel d'or de l'empereur Henry II (saint Henry) d'Allemagne, donné par lui à la cathédrale do Bâle, au commencement du xi« siècle.
L'autel d'or de Baie, exécuté par ordre de l'empereur Henry II, fut donné par lui à la cathédrale qu'il avait relevée de ses ruines. La légende qui se rattache à cette donation nous apprend que Henry, attaqué de la maladie de la Sierre, ayant épuisé en vains efforts tout le savoir des médecins, avait, en ésespoir de cause, imploré l'assistance, de son patron saint Benoît. Le saint lui était apparu en songe m Mont-Cassid, et l'avait allégé de ses souffrances et guéri de sa cruelle maladie en lui déposant dans la main la pierre, instrument de ses tortures. Alors Henry, en reconnaissance de cette sainte interven-tion, avait fait vœu de consacrer un monument dont la splendeur pût en rap* ^\er la puissance (1| • — Telle est, suivant la chronique, l'origine de ce précieux autel, enfoui pendant trois siècles, de 1529 à 1834, dans les souterrains de la othédrale de Bâle.
Le monument est haut de 0°^ 95 et large de i°* 78. La façade, toute en or, est décorée de cinq grandes figures en h^ut-relief , disposées sous de pleins-cintres qui supposent des piliers à chapiteaux historiés; chacun de ces pleins-cintres porte en grandes et belles lettres repoussée» en relief le nom de la figure qu'il renferme. Le Rédempteur, rbx regum et dominus DOMINANTIUM, occupc le cintre du milieu plus élevé que les autres; il est en action de bénir, le pouce, findex et le médium de la main droite sont levés, l'annulaire «t le petitit doigt restant plies. Dans la main gauche, il porte le globe, sur lequel, entre l'alpha et l'oméga, se trouve le monogramme de la 0irase : Principium et finis Christus est. Les pieds nus reposent sur une sorte de monticule sur lequel sont agenouillées les figures de saint Henry et de l'impératrice Cunégonde, prosternées et dans l'attitude de l'adoration.
A la droite du Christ est Tarchange MicheJ, puis saint Benoît, i*bké et fondateur du Mont-Cassin : â fa gauche, sont les archanges Gabriel et Raphaël, représentés vêtus et les ailes déployées. Les t^tes sont nimbées et les nimbes sont rehaussés de pierreries montées en relief; celui du Christ est crucigère et également relevé, de pierres précieuses. — Deux des archanges, Gabriel et
qae àt nouvelles recherches, faites aux mêmes h'eax, dits> Buerlas y fuente de Guarrazor, juridiction de Goadamur, ont amené la découverte d'une nouveUe couronne, malheureusement incomplète et mutilée, mais sur laquelle se retrouve le nom du roi goth Svinthila, Vxm des prédécesseurs de Becccsvinthus. Parmi d'autres fragments précieux, trouvés en même temps, on signale une émeraude de grande dimension, sur laquelle est gravée la scène de l'Annonciation.
L'auteur de cette découTerte, laboureur de Guarrazar, en a fait hommage à Sa Majesté la reine d'Espagne.
(1) Rediens de Apulia, infirmitate calculi cœpit laborare, et clim plurimhm torqueretar, mira patientia susUnuit, ascenditquc montem Cassinum, petiturus a S. Benedlcto et a S. Scholastica sanitatis remedium ; factaque oratione, obdormiens, in hospitio vidit S. Benedictum, dicentcmsibi : Quia sperasti in Deo et in sanctis suis, ecce missussuma Oeo, ut liberem te ab infirmitate tuâ. Hoc dicens , cum ferro medieinali caiculo moUiter evulso, hiatum vulneris sanavit, et calculum in manum Gaesaris posuiL qui evigilans calculum in manu invenit, quem suis ostendens gratias egit Deo, et locnm illum multis donavit donis. (Siffrid, Rerum Gemumorum iScWp<ore«. Ratisbonne, 1731.)
Item Henrlcus imperator, Romam tendens ex Apulia venit ad montem Gasslnum, ubi meritis sancti Benedicti , ibidem quondam abbatis a calcuIo miraculose liberatur. Apparuit enim ei in somnis S. Benedictus, et aperto latere, corporis calculum evulsum in manu régis posuit. Quem rex evigilans in manu féliciter iuventum cunctis ostendit, et inde profectus Romam, a Benedicto papa cum uxore Chunigunde in ecclesia S. Pétri, in imperatorem Romanorum coronatus est, anno regni sui XIJ, anno vero Domini MXIV, sexto cal. martii. {Magnum Chronicon Belgicwn,)
Rex ergo, consilio principuum suorum, ingentia munera in praediis in aoro, in argentoi^ in ornamentis plurimis, ecclesix S. Benedicti contulit.
Aaphaël, tiennent en maim le bâton, symbole de leur divin ministère. Saint Michel porte la lance avec sa banderole, emblème de la défaite du dragon infernal, et dans sa main droite le globe orné de la croix, signe de la rédemption. — Saint Benoît tient dans sa main droite la crosse, enoblème de sa dignité abbatiale, et dans si gauche le livre de la règle donnée par lui â son ordre, dont il porte le costume.
Au-dessus des voiites, sur le fronton, se trouvent personnifiées les quatre vertus, sources de toutes les autres, la Prudence, la Justice, la Tempérance et la Force. Les arabesques entremêlées de fleurs, de feuillages et d'animaux qui décorent Fencadrement de Tautei , symbolisent en quelque sorte le paradis, le lieu de délices et de la gloire des bienheureux, selon les principes de la science mystique des chrétiens.
Le long de la frise supérieure et du soubassement on lit cette inscription, |[ravée en magnifiques caractères du temps :
4HJIS SIGUT HEL FORTIS MEOIGUS SOTER BENEDIGTUS. PROSPICE TERRIGENAS GLEMENS MEDIATORUSIAS;
Inscription latine entremêlée de mots grecs et hébreux, dont le sens parait avoir pour bul de rappeler la consécration du monument, ainsi que le vœu fait par samt Henry à la suite de sa guérison miraculeuse au Mont-Cassin.
Qui est comme Dieu, fort y médecin, sauveur! Benoît, jette un regara, clément médiateur, sur les souffrances terrestres.
Prise mot à mol, cette inscription, ou du moins sa première partie présente en outre un double sens, et fait une allusion directe an nom de ch&b\«î des personnages du monument : quis sicut Hel est, en effet, la traductioA textuelle du nom Michael; fortis se rapporte à Gabriel, dont le nom signiiie littéralement force de Dieu ; medicns à Raphaël, médecin de Dieu ; Soter et Benedictus représentent l'un le Seigneur, l'autre saint Benoît. — Il est évident que cette allusion était dans la pensée de l'auteur, car elle est trop apparente pour avoir pu passer inaperçue. L'inscription a donc un double sens, comme nous le disions , et en même temps qu elle exprime une invocation directe à saint Benoît, elle s'adresse également au Seigneur et aux trois archanges qui l'accompagnent.
L'autel d'or était exposé dans les grandes fêtes et au maître-autel seulement, ainsi que nous l'apprend un ancien titre sur vélin joint au monument :
(Drbinatum cet ^er capitulnm, quob aurea tabula tn 0ubdcqttentibu0 Ceetts at; eummum altare et non aliter... 3tem tn fcdttd natali^, paecc, pentreoeted, rorport0 £l)rt0tf, J^cnrtet tmperotottô, û06umtiiïnt« mat'iet, in bebteattonc oifentum 0anrtonim.
Les anciens auteurs ne sont pas d'accord sur la date précise de l'exéculioû •de l'autel d'or de Bâie: ils ne s'accordent pas davantage sur l'année du pèlerinage de saint Henry au Mont-Cassin et de sa guérison, grâce â la toutepuissante intervention de saint Benoît. Est-ce en se rendant à Rome en 1014, avec l'impératrice Cunégonde, pour s'y faire couronner empereur par les mains du pape Benoît Vil, qu'Henry a vu s opérer le miracle de sa guérison? Est-ce seulement à son retour et après les cérémonies du couronnement ? Serait-ce même, comme semble l'indiquer Siffrid, à son retour d'Italie, où il s'était rendu de nouveau pour combattre les Sarrasins et les Grecs, qui infestaient l'Apulie et la Campanip, c'est-à-dire en 1022? — Il n'en est pas moins certaun c^ue l'exécution de l'autel d'or ne saturait être attribuée à une époque posténeure â cette dernière date. On peut même affirmer, si l'on ajoute foi a cer-
(1) Rerum Germ, Script. Ratisbonne, 1731.
360 2« SUPPLÉMENT. — ORFEVRERIE.
laines chroniques des xvi® et xvii® siècles, qu'il remonte à une époque antérieure et qu'il existait déjà en 1019, année de l'inauguration de la nouvelle cathédrale de Bâle, puisqu'il ornait avant cette époque l'intérieur de la chapelle impériale. Nous trouvons en effet dans la Basilea sacra dn P. Sudan, Î)ubliée en 1658, et dans Wursliesen, que le 11 octobre 1019, jour où Toncéébrait à Bâle en grande pompe l'inauguration de la cathédrale relevée de ses ruines en présence de saint Henry lui-même, de l'archevêque de Trêves, des évèques de Strasbourg, de Constance, de Lausanne et de Genève, les trésors de l'église furent ouverts aux fidèlesj et que parmi les offrandes magnifiques faites à la cathédrale brillait en première ligne l'autel d'or, que l'empereur Henry avait tiré de sa propre chapelle pour en faire hommage à l'édifice sacré dont la reconstruction était principalement due à son inépuisable munificence et a sa piété exemplaire.
L'empereur Henry H, surnommé le Boiteux, dans les dernières années de sa vie, par suite d'une contraction nerveuse dont il fut frappé dans son second séjour à Rome, avait en effet largement contribué à relever de ses décombres cet éjdifice vénérable, renversé en grande partie par les invasions des peuples du Nord et par les tremblements de terre. Fondateur de Tévêché de Bamberg, curateur des chapitres de Ratisbonne, de Passau, de Salzbourg, de Freisingen et de Meersburg, saint Henry ne s'en tint pas à cette réédification et prit à tâche d'enrichir, de concert avec l'impératrice Gunégonde, fille de Sigefroi, comte de Luxembourg, le trésor de cette cathédrale en le comblant de dons magnifiques (I). Un précieux crucifix contenant, suivant la chronique, une goutte du sang du Rédempteur et im fragment de la vraie croix , une parcelle du vêtement de la sainte Vierge , des reliques du saint sépulcre, des apôtres et de plusieurs saints, faisaient l'objet de la vénération des fidèles et provenaient de la libéralité de l'empereur et de l'impératrice. On y admirait également un trône impérial richement incrusté d'or, d'argent et d'ivoire, un vêlement de sacre avec le manteau impérial, (2) et burtout une couronne de vermeil destinée à être suspendue dans le chœur, au-devânt de l'autel d'or, couronne qui rappelle celles des rois goths, antérieurs de trois siècles, trouvées à la fuente de Guarrazar, et conservées aujourd'hui à Thôel de Cluny : Coronam
fuoqtie tirgenteam, dit le Bréviaire manuscrit du diocèse de Bâle antérieur 1481, conservé â la bibliothèque de Porentruy, auro delinitam, quœ a facie ipsius aLtaris elevaia, cum ipso cristate cereis frotUe superbia disputât claritate. Mais le don le plus précieux, au dire des historiens, et selon les chroniques et bréviaires du temps, consistait dans le magnifique autel d'or, splendide offrande votive d'un royal donateur, et dans lequel se trouvaient réunis, agenouillés aux pieds du Roi des rois, le pieux et dernier empereur de la maison de Saxe, le fondateur d'un nombre infini de monastères, d'abbayes, de cathédrales, qui devait être vénéré comme saint un siècle après sa mort, puis canonisé le 14 mars 1153 par le pape Eugène NI, et l'impératrice
(1) Dans le Proprium sanctorum diœcesis Basilientis, ad normam Breviarii Romani accommodatum (Bruntruti, 1623), on lit, page 26 : « Henricus, Bavariae dux, ab ineuntepue- « ritia litcris bonisque moribus optime institutus, Gunegundam Mosellanam virginem « duxit uxorem, cum qua maritus perpetuam ccutitatem iervavit, » Puis, page 27 : « Ecclesiam Hildesheimensem, Bambergensem, Argentinensem, Basiliensem, magno sumpto « aut a fundamentis erexit, aut labefactas reparavit. In Basiliensi diyinum cultum auctis « proventibus et Deo servientium numéro egregie instauravit. Eamdem cum praesentibos « septem Tirinarum provinciarum episcopis, per Adelberonem tune episcopum dedicaretur, « altari aureo, corona argentea inaurata, cfiice sancta variis gemmis distincta aliisque « regiis ornamentis liberalissime dotaTit. »
(2) Sellam auro multo, argento et ebore < illusam, paludamentumque seu togam imperatoriam. {Basilea sacra. B imtruU, 1658.)
2*» SUPPLÉMENT. •— ORFEVRERIE. 361
non moins pieuse dont les biens furent employés à bâlirdes monastères, à relever les églises et à soulager la misère des pauvres, et qui devait quelque temps après, en 1024, lors de la mort de son royal époux, faire elle-même foi et profession de pauvreté évangélique en se retirant au monabtère de Kaffungen, fondé par elle, pour y passer les quinze dernières années d'une existence consacrée à la prière et aux pratiques de la chariié, et qui lui valut un demi- .HÎècleplus tara, en Tan \20l), la canonisation prononcée par le pape Innocent m.
Depuis le commencement du xi« siècle jusqu'au xvi®, Fautel d'or de saint Henry ne quitta le trésor de la cathédrale que pour paraître aux yeux des fidèles aux jours de grande solennité. A Tépoque de la réformation, ce précieux monument fut enfoui, en 1529, avec les autres joyaux du trésor, dans un des caveaux souterrains du Mûnsler, et put échapper ainsi aux profanations des iconoclastes et à une destruction à peu près certaine. Depuis cette époque et malgré toutes les réclamations de Tévêque et du chapitre, la ville garda les vases sacrés et les ornements de la cathédrale, et ce ne fut qu'en l'année 1834 que l'aulel d'or revint â la lumière, après trois siècles écoulés.
Bâle venait d'être définitivement divisée en deux can'ons indépendants, Bâle^Ville, et Bâle-Campagne ; il fallait partager le trésor: l'autel d'or échut à Bâie-Campagne, et le gouvernement de ce canton, peu soucieux d'assurer la conservation d'un monument aussi précieux et aussi intéressant pour l'histoire, le vendit aux enchères publiques à Liestal, le 23 mai 4836. Pour ne laisser aucun doute sur Tauthenticité de son origine et de sa provenance, le secrétaire d'État de Bâle-Vitle, au nom du bourgmestre et des conseils du canton ainsi que l'antislès, pasteur de la cathédrale, en délivrèrent une reconnaissance en bonne forme, et l'évêque lui-même déclara par un témoignage émané de sa main et muni de son sceau que l'autel était bien celui qui avait été donné à la cathédrale de Bâle par l'empereur saint Henry, et qui depuis lui avait été enlevé per infelicis reformationis injuriam.
L'autel d'or devint dès lors, et par suite des enchères, la propriété de M. Handmann, orfèvre de la ville, puis de M le colonel Theubet, son dernier propriétaire, qui en consentit la cession et la vente au gouvernement français
Sour les collections du Musée des Theruies et de l'Hôtel de Cluny, en vertu 'un arrêté pris par Son Excellence le Ministre d'Etal, le 10 juin 1854. Toute la face antérieure de l'autel est en or fin; les figures, ornements d'architecture et autres, ainsi que les légendes, sont repoussées en relief; la grande inscription seule est gravée en creux, et les lettres sont remplies en
Sâtes de couleur. La fyçade repose sur un fond de bois de cèdre de 0™ 10 'épaisseur . et le poids' de l'or , difficile à apprécier sans démonter le monument et porter atteinte à sa conservation, est, au dire des chroniqueurs, d'au moins 25 marcs. 11 est aussi difficile, et par le même motif, de donner une notion précise sur la valeur intrinsèque. De 1629 à 1634, les écrivains bâlois qui parlent de l'autel d'or ne peuvent le faire que par souvenir ou par tradition, puisqu'il était enfoui dans les souterrains de la cathédrale et que la vue n'a pu leur en être permise ; on ne saurait donc avoir une confiance absolue dans leurs dires. Wursfiesen, à la fin du xvi® siècle, en donne une description dans la Chronique de Bâle et dans son Epitome historiœ Basilensis, et il en porte la valeur intrinsèque à sept mille écus ou couronnes d'or. Le Père Sudan, l'auteur présumé de la Basilea sacra, exprime la même appréciation (i):Quœ septem aureorum millia facile œquar et (2). Les
(1) Basilea saera^ Brunt. 1658, p. 1Û3. '
(2) La valeur de l'écu d'or, en 1666, était de cinq livres tournois et douze sous. L'estimation faite ou du moins reproduite par le chroniqueur bâlois porterait donc de
trente-neuf à quarante mille franci la valeur intrinsèque du monument.
chroniqueurs qui Pont suivi, Grosz. au xvii* siècle, Beck, Ochs, et l'aulear anonyme d'une description du Munster au xviii® siècle, enfin l.utz. dans sa Chronique de Bâle au commencement du xix® siècle, confirment pleinement les données de leurs devanciers.
L'estimation faite plus tard, postérieurement â 1834, par TAcadémie des Bèaux-Arts de Milan, sur la demande de l'archiduc Rénier , vice-roi du royaume Lombard-Vénitien en décembre 1838, est de même dressée de visu. L'Académie, en exprimant l'avis que l'autel d'or de saint Henry ne pouvait être que d'origine lombarde, contrairement à l'opinion qui l'attribuait aux artistes byzantins, en portait dans son rapport l'estimation à 150,000 livres. « Vu le précieux de la matière, la rareté du monument, son antiquité et la o beauté du travail, et enfin, en raison de Tenlière certitude de la provenance « du donateur. »
L'attribution à Técole lombarde a trouvé de fervents défenseurs dans l'Académie de Milan, et ce n'est pas sans raison que l'on peut affirmer que ce travail appartient à la même école d'orfèvrerie qui a produit en Lombardie, quelques siècles avant l'époque de l'empereur Henry II, des ouvrages Six môme genre, non moins riches par la matière, tel par exemple que le msîtreautel de la basilique de saint Ambroise de Milan; affirmation qui permet de supposer que ce serait bien pendant son séjour en' Lombardie qiie l'empereur Henry II aurait commandé l'exécution de cet autel.
La Société des Antiquaires de Londres, consultée quelques années plus tard, exprima par l'organe de son savant directeur, M. Albert Way, une opinion à peu près analogue sur l'origine de l'aulel d'or de Bâle, tout eiî y reconnaissant la présence évidente d'une infl^ience byzantine, en raison du caractère des ornements et surtout de l'emploi, dans la grande inscription, de mots grecs, tels que ceux de Soter, d'Usias et ûeHel, ainsi que du monogramme grec du globe que le Christ lient en main.
Il convient néanmoins d'observer que la figure principale, celle du Ré dempteur, Rex regum et Domintis dominantium, est représentée dans l'exacte tradition de l'Eglise primitive latine, et que sa manière même de b^nir avec les trois premiers doigts de la main droite levés est conforme anx prescriptions du rite latin, et complètement contraire à celui de L'Eglise grecque.
Les pièces d'orfèvrerie de cette taille et destinées â un pareil usage sont devenues de nos jours d'une très-grande rareté, et si l'Allemagne, l'Angleterre et l'Italie, aussi bien que la France, ont possédé jadis dans leurs cathédrales plusieurs monuments de cette nature aussi remarquables par la richesse de la matière que par la beauté du travail, on n'en saurait trouver aujourd'hui un seul, ainsi que l'affirme M. Albert Way, qui, par son antiquité, le précieux de la matière employée, et par son importance comme œuvre d'art, puisse être comparé à l'putel d'or de Bâle, et en dehors du paliotto en or et en argent de l'égHse Saint-Ambroise de Milan, nul ouvrage ae ce genre ne peut être cité, au dire du savant écrivain, comme présentant un intérêt et uae valeur analogues.
3123. — La Rose d'or de Bâle, donnée par le pape Clément Y au prince-évêque de Bâle, commencement du xiv®
Ce curieux monument d'orfèvrerie du moyen âge se compose d'une tige principale montée sur un pied qui présente à sa base un double renflement ; cette tige porte elle-même six feuilles que surmonte la fleur, largement épanouie, et décorée â son centre d'un beau saphir.
De cette même tige paitent en outre cinq branches qui portent ensemble
vingt-cinq feuilles, trois roses et deux boutons; le tout dans un parfait état de conservation. La boule travaillée à jour sur laquelle repose la grande tige est d'une époque plus reculée, et remoute au siècle précédent.
Cet objet, aussi précieux par sa rareté que par son exécution et la matière employée, faisait partie du trésor de Bâle ; il a été vendu avec l'autel d'or à Liesbacb en vente publique, le 23 mai 1836, et c'est à M. le colonel Theubet que l'on est redevable de sa conservation. Il pèse 305 grammes d'or fin. ^ Les écussons d'armoiries émaillées qui se trouvent à la base de la rose sont celles des comtes de Nidau, canton de Berne, famille de la soudie des princes de Neufchâtel.
3124. — Châsse de la sainte Vierçe et de l'Enfant Jésus, grand reliquaire en argent repoussé, ciselé, fondu et doré ; trèsbel ouvrage français des premières. années du xv« siècle.
La Vierge est assise sur un siège d'architecture gothique surmonté de clcvcfaetons élancés ; elle est vêtue d'une longue robe et d'un manteau richement drapé, et sa tête est ceinte d'une couronne enrichie de pierreries ; sa main droite soutien l'enfant Jésus debout sur ses genoux, et la gauche porte un lys en fleur.
Ce beau groupe, dont la hauteur dépasse 0°> 34, et qui ne le cède en rien
Sar la Qnesse de l'exécution et la naïveté du style aux plus belles productions a moyen âge, était destiné à renfermer des reliques, amsi que l'iridiquenl une ouverture pratiquée à l'abdomen de l'enfant Jésus et la légende : De umbilico Domini Jesu Christi, dont les caractères, du reste, paraissent remonter à une époque moins ancienne. Ce beau monument d'orfèvrerie française faisait partie de la collection Soltikoff (n® 171) dispersée en 1861.
.3125. — Châsse de sainte Anne, reliquaire en argent battu, repoussé et fondu de ronde bosse et de grand travail ; œuvre du célèbre orfèvre nurembergeois Hans Greiff, en 14 2.
La sainte est assise sur un siège en argent ciselé (]ue surmonte un dais d'une élégante architecture ogivale, richement dentelée ; elle tient sur ses genoux, d'un côté la jeune Vierge, dont la tête est ceinte d'une couronne d'or enrichie de pierreries; de l'autre, un enfant que quelques légendes allemandes du^ xni® siècle ont donné pour son frère. Les deux enfants soutiennent une châsse destinée à renfermer des reliques. Sainte Anne porte la robe longue et traînante, recouverte d'un manteau, et sur sa tête le voile dominical. Les figures, dont les chairs sont émaillées en couleur, sont repoussees en or et en argent, et les montants du siège, qui n'a pas moins de 0°* 45 de hauteur, sont, ainsi que le baldaquin à jour qui le surmonte, ciselés avec une finesse extraordinaire.
Au revers, on lit l'inscription suivante, en langue allemande et en caractères gothiques :
Hans Greiff goltsmio out gbmaght ânna Hofmann Rentmaisterin das pild sant anna und zway pathem und viget als !x marck fir
GOLDSILBER; UNO LON GESTET g. GULDEN REINIS. GESCHECHBN an SANT MiCHELTAG M. IIII UND LXXII lAR.
a Hans Greiff j orfèvre ^ a fait pour Anna Hoffmann, femme du receveur, cette figure de sainte Anne et de ses deux enfants Elle pèse neuf marcs d'or et W argent, et, pour son salaire, il a reçu cent florins du Rhin, fait le jour de la Saint-Michel de Vannée 1472. »
La hauteur totale de cette belle pièce d'orfèvrerie est de 0°^ 48 sur unt
largeur de 0°^I7. Son poids est de i kilogrammes 381 grammes. U faisait partie de la célèbre collection Oebruge-Duménil, avant de passer dans la galerie Soltikoflf. dispersée en 1861 (n« 170).
3126. — Grande châsse ossuaire en argent ciselé, repercé à jour et en partie doré, provenant du trésor de Bâle, dispersé en 1836; orfèvrerie allemande du xv® siècle.
Ce grand reliquaire, dont la forme est celle d'un édifice religieux que supor^ portent quatre pieds montés sur des griffes, se compose d'une longue galerie percée de chaque côté de fenêtres entr'ouvertes en forme de roses découpées à jour. Le toit qui recouvre le monument est surmonté d'une crête d'un travail remarquable, et les deux extrémités, ornées de contre forts et de clochetons élancés, s'ouvrent au moyen de portes découpées à jour dans le caractère ogival. Au centre de la châsse s'élève un beau campanile, flanqué de six contreforts surmontés de clochetons et couronné par une galerie à jour, au pied de laquelle vient s'appuyer une toiture en forme de flèche que termine un épi décoré de choux en argent doré.
Long de 0™ 40 sur une hauteur de 0™ 44, ce beau reliquaire, acquis par le colonel Bourgeois lors de la vente du trésor de Bâle, était passé dans la galerie du prince Soltikoff (n" 176} avant d'entrer dans les collections de THôtel de Cluny La conservation en est parfaite; toutes les parties d'architecture sont dorées ; les toitures seules, couvertes d'imbrications, et les griffes qui le" soutiennent sont en ton de vieil argent.
3127. — Grande châsse ossuaire en argent ciselé, gravé et doré par parties, provenant, comme la précédente, du trésor de Bâle, dispersé en 1836, ouvrage d'orfèvrerie allemande de la fin du XV® siècle.
Ce beau reliquaire, de forme allongée, qui ofire la forme d'un édifice religieux surmonté d'une flèche à jour, repose, comme le précédent, sur quatre pieds flanqués de conlre-forts et surmontés de clochetons élancés. Ses deux faces, en argent repoussé et doré, forment galerie a jour et supportent uoe toiture gravée qui soutient, à son centre, une belle flèche élancée travaillée à jour, s'appuyant sur dix piliers armés de contre-forts et dont l'exécution est très-remarquable.
Les deux extrémités de la châsse, également ornées de clochetons et de crêtes habilement ciselées, s'ouvrent au moyen de portes sur lesquelles sont les fi$;ures gravées de deux saints personnages qui paraissent être saint Jacques et saint Barthélémy.
Ce reliquaire, qui n'a pas moins de 0°^ ^2 de hauteur sur une largeur de 0°^ 40, provient, comme le précédent, de la collection du prince Soltikoff, vendue en 1861.
3128. — Croix grecque en cuivre gravé, et conservant encore quelques traces d'émail. — vi® siècle.
Celte croix, qui est ornée de cinq clochetons en cristal de roche, et dont le revers est couvert d'ornements gravés en creux, a été trouvée dans les fondations du monastère de sainte Badegonde de Poitiers. Le cabochon central en cristal de roche était destiné, ainsi que l'indique sa position, a servir de monstrance et à recouvrir, suivant la tradition, un des morceaux de la vraie croix envoyé à sainte Badegonde par l'empereur Justin.
Les monnaies mérovingiennes de Poitiers et les deniers de Pépin et de ses
fils Garloman et Gharlemagne,^ frappés dans l'abbaye de SaimeCroix de Poitiers, présentent une croix pôlencée à pied fiché, dont la forme rappelle exactemenl celle du monument décrit ci-dessus.
3129. — Grande croix de Lorraine à double transept, en cuivre doré, formant reliquaire , richement ornée de filigranes sur ses deux faces et de pierres fines montées en relief ; trèsbel ouvrage de Limoges, exécuté au xiii® siècle.
Cette grande et bt?lle croix â double face porte de chaque côté huit petits reliquaires s'ouvranl à charnières, et dont les vantaux, montés en relief sur des portants à jour finement ciseîés, sont, comme la croix elle-même, enrichis de filigranes et de pierreries. Un de ces vantaux fait exception : il est en bronze doré et gravé et présente à son centre une croix à jour fermée par une glace ; cette petite monstrance était sans doute destinée à renfermer un relique de la vraie croix.
Le nombre des pierreries de toute sorte qui décorent les deux faces de la croix, saphirs, grenats, perles fines, n'est pas moindre dp cent soixante- cinq.
Sa hauteur est de 0™ 55, et la largeur du bras jjrincipal de 0" 21 . y
La douille est en cuivre repoussé, gravé et doré, et présente six bossettes ornées de fleurons.
Cette belle croix faisait partie de la collection Soltikoff, dispersée en 1861 (no i08).
3130. — Grande crosse en filigrane doré, enrichie de pierreries sur les deux faces et de figures en bronze ciselé et doré, bel ouvrage d'orfèvrerie française de Limoges, au xiv® siècle.
Le centre de la volute est occupé par un groupe représentant le Couronnement de la Vierge, et dont les figures assises ont près de 0™06 de hauteur; six autres figures placées sous des niches d architecture gothique, séparées entre elles par des piliers à jour que surmontent des clochetons élancés, décorent le nœud de la crosse ; parmi ces figures on distingue celles de saint Paul et de saint Jacques. La longue douille qui rattache le nœud de la crosse à la hampe destinée à la supporter est également en filigrane doré enrichi de pierreries en relief. Le nombre des chatons qui ornent cette crosse est de soixante- seize.
La hampe, en cuivre repoussé et doré, est divisée en cinq parties réunies entre elles par des bagues en saillie ; elle est couverte d^im semis de fleurs de lys, disposées dans des losanges que séparent des treillis en relief. La hauteur de la crosse est de 0"*40 ; la hauteur totale de 2™ 10. Ce beau monument d'orfèvrerie française provient également delà vente du cabinet Soltikoiï (n*' 203], faite en 1861.
3131, — Crosse d'abbé, montée sur sa hampe, à semis de fleurs de lys, en argent massif, ciselé, fondu et doré, aux armes des Montmorency; précieux ouvrage d'orfèvrerie française déjà première moitié du xvi® siècle.
Le centre de la volute représente Fabbé, la crosse en main, debout devant la sainte Vierge. Le nœud de la crosse porte six figures, celles de saint rierre, saint Paul, saint André, saint Jean, saint Philippe et slaint Jacques, exécutées en ronde bosse et en argent plein et doré ; chacune de ces figures, haute de O'"045, est debout, tenant en main ses attributs et placée sous une nicha
d'architecture encore gothique finement ciselée â jour. La crête est composée de feuillages également à jour, et au-dessous de chacune des figures, entre des nervures de style gothique surmontées de choux habilement fouillées et formant encorbellement, se trouvent six écussons d'armoiries dont trois éQiaillés et les autres gravés au trait. Parmi les premiers on distingue, deux fois répété, celui des Montmorency-Laval.
La douille qui Rattache la crosse à son bâton porte également des traces d'émail bleu. Ce bâton, en argent repoussé et doré, semé dans toute sa longueur de fleurs de lys en relief, est composé de quatre sections rattachées entre elles par des bagues en saillie; les fleurs de lys sont disposées suivant des bandes en spirale, bandes séparées les unes des autres par des nervures en filigrane.
La hauteur de la crosse est de Q^ 38, et la hauteur totale, hampe comprise, est de i«»96; elle provient de la vente du cabinet Soltikgff [n^ 204).
3132. — Crosse d'abbé en bronze ciselé, gravé et doré, trouvée d^ns les fouilles faites, en 1859, à l'abbatiale de Bernay par M. Métayer Masselin, et donnée au Musée par la ville de Bernay. — xiv® siècle.
Cette crosse a été découverte avec sa hampe, également en bronze gravé et doré. Sa hauteur est de 0»° 35. A l'intérieur de la volute, un personnage, en costume abbatial, se tient debout «t porte dans sa main gauche un livre fermé ; une seconde figure était placée dans le Uiênië enroulement, mais sa trace seule existe. La crête de la crosse est formée de feuilles en même métal, et sa * base est à six pans, dont chacun porte gravée en creux la figure d^un saint personnage. Chacune de ces figures, parmi lesquelles on dislingue saint Pierre, saint Paul, saint Jean-Baptiste et saint Simon, est placée dans un encadrement d'architecture gothique, et les séparations sont formées par des contreforts en saillie.
La hampe de la' crosse se divise en deux parties, formant ensemble une longueur da {"^17, La partie supérieure, celle qui porte la douille dans laquelle se piace la crosse, se subdivise elle-même en trois segments se reliant entre eux au moyen de bagues en bronze. La partie inférieure offre les mêmes dispositions, mais les segments sont plus ^allongés et ne sont qu'au nombre de deux ; son extrémité se termine par un sabot également eïi bronze doré. L'ensemble présente ainsi une hauteur totale de l°^b2.
3133. — Insigne processionnel en orfèvrerie de cuivre battu, fondu, ciselé et orné de pierreries fausses. Il représente J'histoire du juif Jonalhas et du miracle de la sainte hostie, et provient de l'ancienne chapelle située jadis à Paris au lieu où se trouve aujourd'hui le tenople protestant des Billettes.
En 1290, une femme de Paris procura à un juif nommé Jonalhas une hostie consacrée. Ce dernier, après l'avoir percée à coups de canif et en avoir vu couler le sang, après l'avoir jetée au feu et l'avoir vu voltiger dans les flammes, la mit dans unn chaudière d'eau bouillante, qu'elle rougit sans en être altérée. Une indiscrétion du fils de Jonathas et la curiosité d'une voisine firent connaître cette tentative sacrilège. La voisine recueillit l'hostie et la porta au curé de Saint-Jean-en Grève. Jonalhas fut arrêté par Tévêaue de Paris, avoua son crime, fut brillé vif, et sa maison rasée de fond en comme.
En i^9'it, une chapelle dite la Maison des miracles, et bâtie par Rainier Fiammiog, s'éleva sur le terrain de Jonathas. Guy de Joinville y fonda un mo-
2® SUPPLÉMENT. — ORFEVRERIE. 367
nastère, agrandi en 12^i9 par Philippe le Bel. Clémence de Hongrie enrichit ce couvent, où Dieu fut bouilli, ex en 1685 on lisait encore celte inscription : Ci' dessous le juif fit bouillir lu sainte hostie.
L'insigne processionnel que possède l'Hôlel de pluny, et qui faisait partie de la collection Soltikoff (n° 185|, provient de cette chapelle, devenue de nos jours l'église des Rillettes. Il consiste en une sorte de monument en bronze ciselé et doré qui surmonte un long bâton de procession, incrusté de nacre et rehaussé d'ornements en cuivre repousse. Le sujet principal, composé de tro«s figures, représente le miracle et la scène où le juif Jonalhas, après avoir mis Thostie dans une chaudière placée sur un brasier ardent, souffle et attise le feu, tandis que sa femme prend dans ses vêtements de nouveaux charbons qu'elle jette dans le foyer. De la chaudière en ébollition sort le Christ en croix dans une auréole de gloire. Le couronnement, dont la forme est celle d'une hotle de cheminée gothique, est supporté par deux montants que terminent des clochetons.
Cet insigne processionnel, destiné à rappeler au xiv® siècle le souvenir du miracle accompli, était porté en grande pompe dans les cérémonies de l'Eglise, afin d'en perpétuer la mémoire. La hauteur du monument, non compris le bâton, est de 0" 63, sur une largeur de 0*» 27.
3134. — Grand fermail en argent doré et rehaussé d'émaux en taille d'épargne. Bel ouvrage allemand du xiv® siècle.
Ce ma^nific[ue bijou, dont la partie principale porte un grand aigle couronné, exécuté en rodde bosse, et dont le corps ainsi que les ailes sont enrichis de pierres fines, a la forme d'un carié allongé avec une bordure de croissants détachés à jour et ornés d'émaux en couleur
L'aigle qui décore le centre du fermail est en argent doré ; il est vu de face, la tôle tournée à gauche, les ailes éployées et les serres ouvertes. La couronne qui ceint le sommet de sa tête est' surmontée d'une perle fine; d'autres perles en forme de poire sont suspendues à son bec, â ses serres et à Textrémiié de sa queue ; son corps et ses ailes sont couverts de pierres fines, rubis, saphirs, hyacimhes et grenats cabochons.
Le fond sur lequel il repose, et qui a la forme d'un carré, est également en argent doré et gravé avec un cadre en saillie couvert de pierres et de perlef fines montées en haut-reliçf . La bordure se compose de quatre grands arcs eA forme de croissant, réunis entie eux par quatre au 1res de plus petite dimension ; ces crois$antb sont couverts d'émaux incrustés de diverses couleurs, et chacun d'eux porte à son centre un cabochon en cristal de roche recouvrant une sainte relique.
Le revers du fermail est orné de fleurons ciselés et porte les passants destinés à la fixer sur le vêtement.
Cette belle pièce d'orfèvrerie, qui faisait partie du cabinet Debruge-Duménil (n" 981) avant d'entrer dans la galerie Sollikoff (n®21l) et d'être' acquise pour les collections de l'Hôtel de Cluny, en 1861, a été gravée maintes fois et est regardée à juste titre comme un des plus précieux bijoux du xiv® siècle qui se soit conservé jusqu'à nos jours ; son diamètre est de 0°> 19, et sa conservation est parfaite. \
3135. — Fermail de châsse de forme analogue, avec brisure verticale en cuivre doré, enrichi d'émaux en taille d'épargne ; le sujet représente la Salutation angélique. Ouvrage italien du XIV® siècle. — D. 0°^,lo.
Ce bijou provient également du cabinet SoUikoff {n? 213).
3136. — Calvaire en orfèvrerie de cuivre repoussé et doré; le Christ en croix entre Marie et saint Jean. Ouvrage de la fin du XIV® siècle.
Le fond est repoussé en forme de losanges, et la bordure est décorée de fleurons émaillés. Au revers se trouve une peinlure d'attributs.
3137. — Le Prix de Tarbalète, pièce d'orfèvrerie en argent repoussé, doré, ciselé et gravé, delà tin du xv« siècle.
Ce précieux objet consiste en une sorte de cartouche ayant la forme d'un écu échancré à senestre et décoré de rinceaux, sur lequel sont fixées deux statuettes en pied exécutées en ronde bosse et représentant, l'une, la Vierge portant l'Enfant Jésus , et l'autre saint Hermelhus. Cette dernière figure est debout, en armes, tient dans la main droite l'étendard à la croix déployée, et dans la cauche Técu au même signe ; le saint est couvert d'un manteau, la lête coiffée d'un bonnet à oreillons retroussés, et la ceinture armée d'un poignard.
Entre les deux figures court une banderole avec l'inscription en caractères gothiques : Jesv^Sy Maria, sanctus Hermetus,
Les figurines sont debout, montées sur de petites consoles. La bordure du cartouche est garnie de riches enroulements et décorée de feuillages en haut relief travaillés à jour. — Une chaîne d'argent à larges chaînons carrés supporte la partie principale de ce beau bijou, et la rattache à une couronne en même métal richement travaillée à Jour.
Au-dessous de l'écu, supporté par une petite chaîne, pend un pigeon en argent massif, ciselé et doré, et une petite arbalète finement ciselée termine le touU
Les figures,^ ornements en relief, banderoles, sont dorés; les têtes, les mains et les parties nues sont saùs or. — Ce précieux bijou provient de a collection Louis Fould. Il a 0"30.
3138. — Nef en orfèvrerie repoussée, dorée et émaillée, portant Tempereur Charles-Quint et les hauts dignitaires de la cour, grande pièce mécanique du xvi® siècle.
Celte nef, d'une dimension remarquable (long. 0™ 70, haut. 1™ 05) , a la forme exacte d'un navire. La dunette est plus élevée que le pont, et c'est là que se trouvent groupés les principaux personnages.
L'empereur Charles- Quint, la tête ceinte de la couronne et tenant en main le sceptre et le globe, est assis sur un trône supporté par deux lions debout, et que surmonte un dais richement orné, aux armes de l'Empire. Les grands dignitaires, au nombre de dix, les uns, vêtus de longues robes garnies d'hermine, les autres couverts du labar, et portant tous les insignes de leurs fonctions, défilent au pied du trône et, moyennant une roue d'engrenage qui fait mouvoir un ingénieux mécanisme, rentrent, à tour de rôle, dans la chambre de la dunette. A mesure qu'un de ces personnages passe devant lui, l'empereur incline la lêle et agite le bras qui tient le sceptre.
L'accès de la dunette est défendu par deux gardes en armes. Une bande de musiciens, au nombre de douze, en costumes militaires, occupeiit les deux côtés du pont et font entendre des airs guerriers; sur l'avant du navire sont quatre gardes en armes. Sept matelots sont occupés à la manœuvre sur le pont et dans les hunes. Toutes ces figures sont en bronze doré et émaillé, et la plupart se meuvent car un mécanisme intérieur. L'empereur seul est en or, sans rehauts d'émail.
2** SUPPLEMENT. — ORFEVRERIE. 309
Le vaisseau est garni de ses trois mâts et de son beaupré; sa batterie porte de chaque bord quatre pièces d'artillerie qui prennent feu par le mouvement placé à l'intérieur. l^\e neuvième pièce sort de Tétrave et s'enflamme par un jeu ordinaire de fusil. Les sabords de la batterie, ouverts au-dessous de la dunette, laissent voir deux autres pièces qui s'allument comme les premières au moyen de boule-feu disposés à rmtérieur.
Sur le pont, un beau cadran d'horloge en argent, rehaussé d'émaux, indique les heures au moyen d'un mouvement intérieur exéculé avec une rare précision; au-dessus est placé un grand écusson portant les armes de l'Empire , qui se retrouvent également sur les flammes qui couronnent les mâts.
Le mât principal ou grand mal porte deux hunes superposées ; celle intérieure supporte la grande vergue. Le gouvernail est tenu à l arrière par une figure sortant d'une fenêtre en même temps que dauires têtes regardent par tous les sabords de l'entre-pont que ne garnissent pas les pièces d'artillerie.
Ce curieux navire, qui n'est pas moins remarquable par sa parfaite exécution et les détails sans nombre qu'il présente que par l'étonnante préi ision d'un mécanisme assez compliqué pour faire mouvoir toutes les figures, faire jouer les bouches à feu, sonner les instruments de musique, orienter les verjçues, etc., était destiné à figurer eomiûe pièce principale de surtout sur une table d'apparat. 11 est monté sur roulettes et le mécanisme qui met en mouvement tous les rounges intérieurs le fait avancer et reculer dans la direction qu'il convient de lui imprimer.
Ces pièces mécaniques étaient excessivement redierchées au xvi« siècle ; leur prix était fort élevé , et elles faisaient presqu'exclusivement l'objet de dons entre souverains.
3139-3140. — La Résurrection du Christ et celle de la Vierge, deux panneaux eu cuivre repoussé et doré, beau travail italien du xvi® siècle.
Le premier panneau présente neuf figures. Le Christ sort du tombeau, dont les anges soulèvent le couvercle, et il apparaît dans les nuages tenant d'une main la banderole crucigère et de l'autre bénissant le moiide. Les soldats endormis autour du sépulcre s'éveillent : l'un d'eux se relève épouvanté; un «utre couvre de ses mains ses yeux éblouis; un troisième lire son épée du fourreau. ' ■
Dans le second panneau, la Vierge apparaît au milieu des nuages, entourée d'anges et de séraphins et la tête ceinte dune auréole lumineuse.' Les douie apôtres sont réunis autour du tombeau ouvert, les uns agenouillés et dans l'attitude de Tadoration, les autres debout et les mamâ levées au ciel vers la sublime apparition.
Ces deux belles plaques sont exécutées par les procéde's du repoussé au marteau. Les détails des figures et des têtes sont traités avec une rare habileté. Le groupe des apôtres surtout et celui des gardes du sépulcre cent au3si remarquables par le style du dessin que par la beaule de rexécution. Elles faisaient partie de la décoration de la chapelle de François P»*, à Tancieu Musée des Petits-Auguslins, et ont été remises à l'Hôtel de Cluny, en 1861, par M. Duban, membre de Tlnstilut et archileclH de l'Ecole des Beaux-Arts. — H. 0™38. L. 0°»32.
3141. — Coffret du xiv® siècle, en cuivre repoussé, cisolë et gravé, décoré d'appliques portant des têtes dç fenotme et des lions en repoussé ; la poignée se termine par deux têtes de chimères. — L. 0",155 sur 0",ll.
370 2® SUPPLEMENT. — ORFEVRERIE.
3142. — Calcédoine saphirine ; tête d'enfant de haut-relief, vue de face, pierre antique montée en or au xv® siècle. — On lit au revers l'inscription suivante, en lettres gothiques gravées en creux dans la monture : M art haneho la donet.
Ce beau bijou provient de la collection Louis Pould, dispersée en juin i860. — D. 0«»06.
3143. — Plaque en argent gravée et disposée pour recevoir un émail translucide : le Bon Pasleùr. — xv® siècle.
. Cette plaque a été trouvée dans la Seine, lors des travaux de démolition du Pont-au-Change, en i859. — H. 0"> 45. L. 0°» 35. Donnée par M. A Forgeais.
3144. — Collier en bronze doré, décoré de caractères ciselés à jour, ouvrage de, la fin du xv® siècle.
3145. — Bague en argent doré Igivec écusson et légende gravée en creux, trouvée dans la Seine lors de la démolition du Pont-au-Change en 1859.
L'écusson porte un poisson et la légende se lit SAN tin. — Poids, 14 gr. Donnée par M.. Arthur Forgeais.
3146. — Bague en argent avec chaton en forme de cœur gravé, trouvée dans la Seine lors des mêmes travaux. — xv® siècle.
Donnée par M. Arthur Forgeais, 1859.
3147. — Bague en or gravé, portant une petite . pierre taillée en pointe de diamant, et conservant quelques traces d'émail. Trouvée dan* les mêmes fouilles. — poids, 2 gr.
Donnée par M. A. Forgeais, 1859.
3148. — Anneau en argent doré, portant à l'intérieur des caractères du xv® siècle, trouvé dans la Seine, à Paris.
Cet anneau, du poids de 6 gr. 3 décig., était doré jadis. Il a été donné au Uusée par M. A. Forgeais, en 1858.
3149. — Bague en or, surmontée d'une opale avec monture gravée, commencement du xvi® siècle. — Poids, 1 gr. 5dg.
Ce bijou, trouvé dans la Seine, à Paris, a été donné au Musée par M. A. Forgeais en 1858.
3150 — Petite bague en or du xvi® siècle, trouvée dans la Seine, lors des travaux du Pont-au-Change, en 1859. Le ctiatou porte une sphère gravée et jadis émaiilée.
3151. — Bague en Or, portant une perle fine, trouvée dans la Seine, en 1859, lors des travaux de démolition du Pont-au- Change. — XVI* siècle.
2« SUPPLÉMENT. — ORPâVRBRIB. 371
3152: — Bague en or guilloché, trouvée en 1859, dans la. Seine, lors des travaux du Pont-au-Change. — xti« siècle.
Le chaton présente quatre faces décorées d'émaux, et porte une pierre taillée à facettes.
3153. — Anneau en or ciselé, surmonté d'un chaton dont la pierre présente une figure dans le caractère gothique , trouvé dans la Seine, lors de la démolition du Pont-au-Change, en
3154. — Bague en or, à chaton carré orné d'un cabochon
grenat, trouvée dans la Seine, à Paris. — Poids 3 g. 2 dg.
Toutes ces bagues, depuis le n^ 3146, ont été données au Musée par M. A. Forgeais, en 1858 et 1859.
3155. — Pendeloque en cristal de roche , montée en or émaillé; la Nativité et l'Adoration des bergers, avec Tinscription : Gloria tihi, etc.
Ce petit bijou, haut de 0"^ 035, enrichi d^émaux sur or, d'une belle exéca* tion, a été fait à Linaoges au xvi<^ siècle.
3156. — Chapelet de bague , composé de dix boules en ambre de grosseurs différentes, et supportant une pendeloque formée d'un Calvaire k double face en bronze doré, avec monture en cristal de roche. Bijou du xvi® siècle , d'origine flamande.
3157. — Aiguière en bronze, ayant la forme d'un cheval chimérique. Bel ouvrage allemand du commencement du XV® siècle, provenant de la collection Soltikoff (n® 1004). — H. 0" 32, L. 0°» 46.
3158. — Plat creux, en cuivre ciselé et gravé, couvert d'ornements dans le caractère mauresque. Ouvrage fait à Venise, au XVI® siècle.
3159. — Flambeau en cuivre gravé, couvert d'arabesques, et portant un écusson d'armoiries. Travail vénitien du xvi® siècle. H. 0°» 12.
3160.— -Agrafe d'escarcelle, en bronze ciselé, du xvi® siècle. Donnée par M. le baron Feislhamel, 1856.
3161. — Miroir métallique, avec cadre en cuivre doré, décoré de mascarons et d'ornements repoussés au marteau. Ouvrage italien du xvi® siècle. — H. 0™ 52, L. 0" 44.
3162. — Boucles de baudrier eu forme dépassants, fer damasquiné d'or et d'argent. Ouvrage italien du xvi® siècle.
Ces boucles sont au nombre de six. Trois d'entre elles sont doubles et om 0™ 16 de hauteur ; deux autres, de forme analogue, sont plus petites, et la dernière enfin est simple, n'a qu'une seule branche et porte 0"^ i^ de Ioqgueur.
Données par M. Tabbë Caille des Mares, 1859.
3163. — Petit reliquaire en étain, ayant servi à la consécration de Tautel de la Sa in te- Vierge, dans l'église de la Poite-
.vinière, par Henry Arnauld, évêque d'Angers, en 1669, ainsi qu'en fait foi Tinscription gravée au revers du couvercle.
Donné par M. l'abbé Barbier de Monlault, historiographe du diocèse d'Angers, 1860.
3164. — Cassolette en étain, destinée k contenir les saintes huiles, aux armes de Tempereur Charles-Quint.
Cet objet, pris dans le pillage de Saragosse, a été racheté par un officier et donne par lui à la mère de M™® d'Aucourt, qui en a fait don à l'Hôtel de Cluny.
3165. — Assiette en étain, décorée de médaillons en relief, figures équestres. Ouvrage allemand du xvii® siècle.
Au centre, Ferdinand II, empereur d'Allemagne, couronné à Prague en 1616. Autour, les figures de Rodolphe P', de Hapsbourg. d'Albert P";, de Frédéric III, Albert II, FrédéricIV, Maximilien I«', Charles V, Ferdinand i^^f, Maximilien II, Rodolphe II et MathiasIe^ — D. 0°» 20.
3166. — Assiette en étain de travail analogue, décorée de médaillons équestres en relief, et présentant au centre la figure de Ferdinand III, empereur d'Allemagne en 1637, et dans la bordure celles des électeurs palatins.
£ette assiette porte le monogramme W. S. — D. 0°» 20.
3167. — Poignard offert, en 1796, par la ville de Brescia au général Masséna.
Le manche est en écaille, à quatre faces, avec garniture en argent gravé sur les angles, au pommeau et à la garde. Cette dernière est également en argent, et présente à chacune de ses extrémités une tête de lion finement ciselée. La monture de la lame est en argent ciselé et porte les mots : Frachetti Minelli. La lame, tranchante sur ses quatre faces, est damasquinée d'or. Le fourreau, en écaille comme le manche du poignard, est entièrement garni en argent ciselé et gravé dans le caractère de l époque de Louis XV.
Ce poignard, long de 0°^ 32, a été donné au Musée par M. le professeur Jules Cloquet, membre de rinstltut, qui le tenait de M. Moreau de Saînt- Méry, dont le père l'avait reçu du maréchal Masséna.
3168. — Horloge gothique k tirage, avec cadran historié, rouages en fer, sonneries, etc. Ouvrage allemand de la fin du XV* siècle.
3169.. — Montre de forme octogonale, en argent gravé,
2® Supplément. — armes. 373
avec botte portant au couvercle le monogramme BDM. XVI® siècle.
3170. — Gnomon en forme de verre à pied de forme élancée, en argent doré en partie, décoré de gravures exécutées avec une grande finesse et présentant à l'intérieur un planisphère, et à l'extérieur d'élégants ornements du style de la Renaissance. Ouvrage de Nuremberg; xvi® siècle. Provient de la collection Soltikoff (171 6is).
3171. — Montre anglaise de Poterat (à Londres), en argent,
montée sur rubis, avec cadran en argent. Règne de Louis XV.
La boîte d'enveloppe est en argent repoussé, rehaussé de pierres fines et de cailloux d'Alençon.
3172. — Montre anglaise de la même époque, de Quare, à Londres, botte gravée et repercée à jour, avec cadran en argent.
3173. — Montre de Genève, signée L.-F. de ChondenSy avec boîte en argent gravé et repercé à jour, k sonnerie de réveil. Règne de Louis XV.