‹ Musée des Thermes et de l'Hôtel de ClunyChapitre 6 sur 165 · PALAIS DUS THERMES · texte numérisé non relu

PALAIS DUS THERMES

séjour qu'y firent les empereurs Valentinien P'et Valens sont également bien constatées.

Plus tard , après les longs déchirements résultant de rinvasion des peuples barbares, la puissance romaine et ses alliances durent céder à la valeur des Franks, et la demeure des Césars devint la résidence de nos rois de la première et de la seconde race , jusqu'à l'époque où , transférant leur séjour dans la Cité, ils firent construire à la pointe de l'île le vaste bâtiment connu sous le nom de Palais ; dès lors l'édifice appelé Palais des Thermes, ou Thermes de Paris, devint le Vieux-Palais (1), et les terrains qui en dépendaient et qui , s'étendant vers la Seine, embrassaient tout le littoral jusqu'à l'église Saint- Vincent (a»^jourd'hui Saint-Germain-d'3s-Prés) , furent morcelés et divisés successivement par la nouvelle enceinte de Paris, élevée sous le règne de Philippe- Auguste (2) .

Ces terrains furent couverts de constructions qui passèrent, ainsi que le Palais lui-même, dans les mains de divers propriétaires, parmi lesquels nous trouvons, d'après les titres des Xlll® et X1V« siècles, les sires Jehan de Courtenay, seigneur de Champignelles, Simon de Poissy,

(1) Voici la description qu'en donne Jehan de HauteviUe, en l'an 1180 : « Ce palais des rois, dit-il (domus aula regum), dont les « cimes s'élevaient jusqu'aux cieux, et dont les fondemenis attei- « gnaient Teiiipire des morts. ...

a Au centre se distingue ie principal corps de logis, dont les ailes «( s'étendent sur le même alignement et, se déployant , semblent eua- (< brasser la montagne. »

(iî) L'enceinte de Philippe- Auguste partait, du côté du midi, du point correspondant à Textrémité occidentale de la Cité, vers la rue des GrandS'Auguslins , suivant à peu preste prolongement de cette rue , venait aboutir à la rue Hautefeuille par l'impasse du Paon, Ion*

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Raoul de Meulan, Tarchevêque de Reims et Tévéque de Bayeux, jusqu'au jour de racquisition faite, yers 1340, par Pierre de Chaslus, au nom de Tordre de Cluny, de la totalité de ce domaine, tel qu'il existait encore.

Pendant les cent cinquante ans qui s'écoulèrent depuis cette acquisition jusqu'à la constructioii de l'Hôtel do Cluny par Jehan de Bourbon et Jacques d'Amboise, on ignore quelle fut la destination des bâtiments. Toujours est-il qu'à la fin du XV* siècle il ne restait plus de cet immense édifice, complètement intiict trois siècles auparavant, que les salles qu'on voit aujourd'hui, et qui ont conservé le nom de Palais des Thermes.

A cette époque, l'Hôtel de Cluny vint s'élever sur une partie des fondations romaines, et les salles antiques

geait la rue Picrrc-Sarrazin , traversait ceUe de la Harpe vers la rue des Math urins, et la remontait jasqu*à la place Saint-Michel. De là, elle rejoignait la rue SainC-Jacques, entre les rues du Foin et des Ma* hurins, pour aboutir, par la rue des Noyers et entre les rues Perdue et de BifhTc, au port S»int-Nicolas, vis-à-vis la pointe orientale de la Cité, dont il s'agissait avant tout de garantir les abords. Cette nouvelle enceinte restreignait considérablement la circonscription des jardins et dépendances du Palais des Thermes, telle qu'elle existait encore au commencemeut du XIII« siècle. On trouve dans les tities du Xn« siècle la désignation bien positive de l'étendue de cet enclos, cité sous le nom de Clos de Lias ou de Laa«, Clos du Palais (du mot Arx). Il était borné, du côté de Forient, par les bâtiments du palais et oar une voie romaine venant d'Orléans, lra\ersant Issy, et qui, passant entre la Sorbonne et l'église Saint-Benoit, prenait, au-dessous (fe la rue des Mathurins, la direction de la rue Saini-Jacques jusqu'au Petit-Pont.— Du côté du nord, la Seiue même formaitsa limite, ce qui ajoutait à l'agrément de ses jardins. — Â l'occidenl, sa limite résultait d'un canal dit la Petite-Seine^ allant, du bas de !a rue Saint-Benotl, baigner l'abbaye de Saint-Germain- des-Prés, et venait joindre la Seine à l'angle du quai Malaquais et de la rue des Petits- A ugustins - Au midi, il s'étendait jusqu'aux abords du Panthéon.

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encore debout furent conservées , comme dépendances, par les abbés de Cluny , qui demeurèrent propriétaires de tout le domaine jusqu'à la fin du siècle dernier. Ce fut alors que, par suite de la conversion des biens religieux en propriétés nationales, les restes du Palais des Césars furent mis en vente et adjugés à vil prix ; et, quelques années plus tard , la grande salle, louée à un tonnelier, fut concédée par un décret impérial, en septembre 1807, à rhospice de Gharenton.

En 1819, la ville forma le projet d'établir aux Thermes un Musée destiné à renfermer les antiquités gauloises et romaines trouvées à Paris. Ce projet fut abandonné aussitôt que conçu, et ce fut seulement en l'année 1836 que, grâce aux dispositions prises par le Préfet de la Seine, sur la proposition du Conseil municipal, les restes du Palais romain rentrèrent dans le domaine de la ville de Paris. ' En 1843, lors de l'acquisition faite par l'État de l'Hôlel de Cluny et de la collection Du Sommerard, pour la formation du Musée des antiquités nationales, la ville de Paris s'empressa d'offrir le Palais des Thermes en pur don au gouvernement. De ce jour, les débris du Palais des Césars et de la première résidence de nos rois mis à l'abri d'une destruction imminente, sont devenus, comme l'Hôtel de Cluny, la propriété de l'État; les deux monuments , contigus et entés l'un sur lautre , ont été réunis dans le même but et débarrassés des constructions modernes qui les entouraient de toutes parts; la communication qui existait entre eux a été rétablie ; et tandis* que sous les lambris de l'Hôtel de Cluny sont rassemblés les meubles et les objets d'art du moyen âge et de la renaissance, les voûtes de l'ancien Palais romain, au-

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jourd'hui complètement isolé, ouvrent un vaste abri à tous les fragments de l'art antique trouvés chaque jour sur le sol de Paris , et dont la réunion forme déjà un ensemble aussi intéressant pour l'art que pour l'étude des premières époques de notre histoire.

En entrant par l'Hôtel de Cluny dans la grande salle des Thermes , on est saisi du majestueux aspect et des proportions admirables de ce gigantesque édifice. L'architecture en est simple ; la construction se compose d'un appareil carré, mêlé de chaînes de briques superposées symétriquement. Les voussures sont d'une grande hardiesse et les seules 'sculptures servant de décoration à cette immense salle consistent en des proues de navires qui terminent chacune des retombées de la voûte, et constituent le point de départ des emblèmes de la ville de Paris.

Cette salle, qui forme un vaste parallélogramme, était le frigidarium , ou salle des bams froids du Palais. A côté se trouve une partie plus basse, contiguë et de forme analogue ; c'était la piscine (1),

La paroi qui fait face à la piscine, à gauche enjentrant, est décorée de trois niches, dont une en hémicycle, et de deux grandes arcades.

Ces arcades, dont l'une est encore fermée avec des matériaux antiques, e dont l'autre donne accès aujourd'hui dans une petite pièce de construction romaine,

(1) Les dimensions de la saUe sont les suivantes :

Hauteur, 18 mètres; longueur, 20; largeur, 11,50. Les dimensions de la piscine sont :

Longueur 10 métrés; largeur^ 5.

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servaient de communication avec les salles voisines; quant aux niches, elles présentent les vestiges bien conservés des canaux qui apportaient les eaux pour le service des Lains. En ^effet, au centre de chacune d'elles existe un orifice garni d'un tuyau en potoiîe, qui donnait passage et issue aux eaux du réservoir général, placé dans une salle voisine, détruite aujourd'hui.

De ces orifices les eaux tombaient dans les baignoires disposées devant chacune des niches, et de ces baignoires elles se déversaient, en traversant le sol par un conduit existant encore , dans le canal de décharge construit au centre des caveaux.

Au milieu de la grande niche, et au-dessous de l'ouverture des tuyaux , est pratiquée une seconde issue garnie également en poterie et destinée à conduire les eaux à la piscine. Au fond de cette partie de la salle on retrouve un autre conduit de décharge pour l'écoulement des eaux dans le déversoir commun. Le même appareil qui amenait les eaux à la piscine servait à les diriger par un tube divergeant dans la salle voisine, le tepidarium, ou salle des bains chauds. Là se troumt Vhypocausium ou fourneau servant au chauffage du bain, et dont il reste encore quelques parties.

11 paraît donc certain que le sol de cette grande salle était anciennement un peu plus élevé, et qu'entre ce sol et l'aire actuelle s'étendaient les ramifications de la conduite des eaux.

En passant de cette partie dans l'ancien tepidarium^ salle voûtée dans le principe, et dans laquelle on retrouve toutes les niches destinées à renfermer les baignoires, on traverse une petite pièce d'une construction remarquable.

PALA18 DES THBKMBS.

Elle s'élève au-dessus d'un caveau dont elle n'est séparée que par une voûte plate sans voussures ni arêtes, et dont toute la force réside dans la cohésion du ciment. A droite était située une autre petite salle qui a été défoncée sans doute pour y pratiquer un escalier moderne descendant aux caveaux et supprimé depuis. Cette pièce était probablement découverte afin de donner passage à la lumière, par suite du changement d'axe des deux grandes parties de l'édifice.

De ces petites pièces on arrive au tepidarium, dépouillé de ses voûtes et orné de ses niches en hémicycle. Dans cette salle, qui forme aujourd'hui l'extrémité des ruines du côté du boulevard de Sébastopol, on trouve, en descendant quelques marches, une construction massive en briques plates, dans un état de calcination remarquable. Cette masse constitue les fondations de Yhypocaustum, placé plus ordinairement au centre de la salle des bains, dans les thermes antiques de Rome et de l'Italie. Les eaux arrivaient à cet hypocauste de la manière que nous avons indiquée plus haut, et séjournaient dans un réservoir situé probablement sous l'allée qui monte au boulevard. L'eau de ce réservoir allait s'échauffer dans les vases placés au-dessus des fourneaux, et de là elle se distribuait dans les baignoires disposées au devant de chacune des niches.

Derrière cet hypocauste est un conduit romain d une profondeur de deux mètres et qui servait de canal, soit pour l'arrivée des eaux, soit pour leur décharge.

Les restaurations en pierre do taille que l'on remarque sur le mur' de cette salle faisant face au boulevard, ont été exécutées comme travaux de soutènement et de conso-

BOTBL DE GLUNT.

lidalîoD, en 1820, sur la demande du duc d'Angoulême. A la même époque a été détruit le jardin qui couronnait Tédifice, et qui, semblable aux jardins suspendus des temps antiques, était planté d'arbres de haute taille. Outre ces beaux débris du palais antique, il existe encore à 1 Hôtel de Cluny des traces de salles entières, des souterrains et des caveaux qui se continuent sous les maisons voisines et forment un vaste réseau de fondations romaines, embrassant toute une partie du littoral de la rive gauche de la Seine.

Ce fut en Tan 1340 , comme il a été dit plus haut, que Pierre de Chaslus, abbé de Cluny, fit, au nom de son ordre , l'acquisition du palais des Thermes et des dépendances qui s'y rattachaient encore à cette époque, depuis la construction de la nouvelle enceinte de Paris, bâtie par Philippe-Auguste.

Un siècle plus tard, Jean de Bourbon, abbé de Cluny, fils naturel de Jean P^, duc de Bourbon , jeta les premières fondations de l'Hôtel de Cluny sur les ruines d'une partie de l'ancien palais Bomain ; mais les travaux d'édification furent arrêtés par sa mort, qui «urvint le 2 décembre 1485, et ils ne furent repris que cinq ans plus tard, en 1490, par Jacques d'Amboise, abbé de Cluny, depuis évêque de Clermont, et le septième des neuf fils de Pierre d'Amboise, seigneur de Chaumont. Cet abbé consacra, dit Pierre de Saint-Julien, « cinquante mille « angelots provenant des dépouilles du prieur de Leuve,

HOTEL OB CLOMT. 9

«( en Angleterre, à i*édification de fond eu cime de la (c magnifique maison de Cluny, audit lieu jadis appelé « le palais des Thermes. »

Depuis l'époque de sa fondation jusqu'à la fin du siècle dernier, THÔtel de Cluny, mis continuellement à la disposition des rois de France , et habité pendant trois siècles par les hôtes les plus illustres^ ne cessa jamais d'appartenir à Tordre de Cluny, ainsi qu'en font foi les Charles et titres de cette abbaye (1), dont le siège était en Maçonnais, et qui tenait également en sa dépendance le collège de Cluny, situé sur la place de la Sorbonne(2\.

Dès les premiers jours de Tannée 15jl5, peu de temps après Taché vement des travaux, la veuve du roi Louis XII, Marie d'Angleterre, sœur de Henri Vlll, fit choix de THÔtel de Cluny pour sa résidence, et vint y passer la durée de son deuil, sur l'invitation du roi François I*^''.

« Le dict sieur roy donna ordre, dit Jean Barillon, « secrétaire du cardinal Duprat, que la royne Marie,

(1) Le plus récent de ces litres date du 25 juillet 1789; ce sont des lettres-patentes signées de Louis XYI , qui reconnaissent le cardinal de liarochefoucauld, archevêque de Rouen, abbé de Cluny, comme possédant en cette dernière qualité une maison appelée THôtel de Cluny, sise à Paris, rue des Mathurins-Saint-Jacques, et qui Fautorisent, « tu que les abbés de Cluny ne font pas dans ladite ville un « séjour assez long pour veiller eux-mêmes' aux réparations de cette (c maison», à céder ledit Hôtel à titre de bail emphytéotique, moyennant, une redevance annuelle de quatre mille cinq cents livres et autres conditions portées à Tacte.

(2) L'ordre de Cluny remontait au commencement du X<» siècle ; il dut sa fondation à G uiHaume-le-Pieux, duc d'Aquitaine, qui, en 910, fit bâtir aux environs de Mâcon Tabbaye de Cluny. Louis IV, d'Outre- Mer, confirma cette fondation en Tan 939 , et sept ans après le pape Agapet II déclara Fabbaye de Cluny et tous les monastères de sa dépendance relevant immédiatement du Saiot-Siége (an 946).

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« veufve du roy Louis dernier, décidé, fust honorable- « ment entretenue; laquelle royne se veint loger en « THostel de Cluny , et le dict sieur la visitoit souvent « et faisoit toutes gracieusetés qu'il est possible de « faire. »

La chambre habitée par cette princesse a conservé jusqu'à nos jours le nom de chambre de la reine Blanche (les reines do France portaient le deuil en blanc).

Peu d'années après, cet hôtel fut le théâtre d'un événement qui lui donna une consécration plus royale encore : le mariage de Madeleine, fille de François I^% avec Jacques V, roi d'Ecosse.

« Le dimanches dernier de décembre 1536 (dit Pierre « Bonfons), Jacques, roi d'Écôsse, fit son entrée à « Paris et viust loger en THostel de Cluny, lès Mathu- « rins, où le roy l'attendait^ et le lendemain , premier « de janvier, il épousa Madeleine. »

Parmi les autres personnages illustres dont le séjour à l'Hôtel de Clui^y est bien constaté par les chroniques, on doit citer les pi inces de la maison de Lorraine, et entre autres le cardinal de Lorraine, son neveu le duc de Guise, et le duc d'Aumale, en l'an 1565; les nonces du pape en 1601; et l'illustre abbesse de Port-Royal-des-CIiamps , en 1625.

A la fin du siècle dernier, dès les premières années de la tourmente lévolutionnaire, l'Hôlel de Cluny fut, comme tous les biens du cierge, transformé en propriété nationale. C'est de cette époque surtout que datent les principales mutilations de son architecture.

Voici la description qu'en donne Piganiol de la Force» en 1765 :

HOTEL Dl CLOIIY. 11

« Tout ce qui reste entier de remarquable dans THÔtel A de Cluny, et dont aucune des éditions précédentes n'a « parlé, c'est la chapelle qui est au premier étage, sur le « jardin. Legothiquederarchitectureetdelasculptureen « est très-bien travaillé quoique san$^aucun goût four h « dessin. Un pilier rond, élevé dans le milieu, en souc< tient toute la voûte très chargée de sculpture, et c'est « de ce pilier que naissent toutes les arêtes. Contre les « murs sont placées par groupes, en forme de mausolées, «c les figures de toute la famille de Jacques d'Amboise, « entre autres du cardinal ; la plupart sont à genoux avec u les habillements de leur siècle, très singuliers et bien ce sculptés (1).

« L'autel est placé contre le mur du jardin qui est v( ouvert dans le milieu par une demi-tourelle en saillie, c( formée, par de grands vitraux, dont les vitres, assez « bien peintes, répandent beaucoup d'obscurité.

« En dedans de cette tourelle, devant l'autel, on voit « un groupe de quatre figures, de grandeur naturelle, « où la Sainte- Vierge est représentée tenant le corps de « Jésus-Christ détaché de la croix et couché sur ses ge- « noux ; ces figures sont d'une bonne main et fort bien c< dessinées pour le temps. On y voit encore, comme dans « tout cet hôtel, un nombre, infini d'écussons avec les « armoiries de Clermont et beaucoup de coquilles et de

(1) Ces figures, disparues à la fin du XYIII» siècle, ont été retrouvées en 184i pendant le cours des travaux d'installation du Musée ; elles avaient été placées par fragments et hachées pour former un mur dans la salle basse située au-dessous de la chapelle ; ce mur, composé entièrement de ces fragments, avait pour but de dissimuler le charmant escalier qui décore cette salle, et dont la découverte ne date que de ce jour.

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« bourdons, par une froide allusion au nom de Jacques

« On montre dans la «^ur de cet hôtel le diamètre de la

<c cloche appelée Georges d'Amboisey qui est dans une

« des tours de la cathédrale de Rouen, et qui est tracé

« sur la muraille de cette cour, où l'on assure qu'elle a

« été jetée en fonte. »

Plus tard, dans les premières années du XIX* siècle, les membres composant l'administration du département * de la Seine aliénèrent la maison de Clunt/^ qui passa successivement en la possession du sieur Baudot , médecin , ex^législateur, puis enfin de M. Leprieur, l'un des doyens de la librairie moderne.

Ce fut à cette dernière époque, en 1833, qu'un amateur infatigable des monuments des siècles passés, M. Du Sommerard (1) , fit choix de ce vieux manoir pour servir d'asile aux précieuses collections d'objets d'art du moyen âge et de la renaissance , réunies par ses soins pendant quarante années de recherches et d'études.

A la mort du célèbre antiquaire, et sur le vœu exprimé par la commission des monuments historiques, le ministre de l'intérieur, M.le comte Duchâtel, présenta un projet de loi pour l'acquisition de cette belle collection, destinée à devenir la première base d'un Musée d'antiquités nationales.

L'Hôtel de Cluny , le seul de tous les monuments civils du moyen âge qui restât encore debout sur le sol de

(1) Alexandre Du Sommerard, né à Bar-sur-Aub'e en 1779, est mort à Saint-Gloud, en août 1842, à Vâge de 63 ans. Il étaitalors conseUler-maitre à laCopr des comptes. Il a laissé de nombreux travaux sur les arts, entre autres le grand ouvrage des Arts au moyen âgé^

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l'ancien Pafis, fut choisi pour servir d'abri au nouveau Musée; la ville/ s'associant à cette noble création, offrit en pur don aii gouvernement les ruines du Palais des Thermes, base et point de départ de l'art gallo-romain.

La collection Du Sommerard et l'Hôtel de Cluny furent acquis par l'État, en vertu de la loi du 24 juillet 1843, et le nouveau Musée fut immédiatement constitué sous le nom de Musée des Thermes et de l'Hôtel de Cluny.

Dès ce jour, la communication qui reliait jadis les ruines du Palais des Césars et la résidence des abbés de Cluny a été rétabUe. Les gâteries de l'Hôtel, défigurées depuis deux siècles et transformées en appartements mo-^ dernes, ont été remises dans leur état primitif; les kulptures ont été dégagées et restaurées; les collections d'objets d'art, classées et disposées sous les voûtes du IV* siècle et dans l'édifice du XV®, ont pris dans les deux monuments la place que leur assignait leur âge, et le Musée a été ouvert au public pour la première fois le 16 mars 1844.

La façade principale de l'Hôtel de Cluny se compose d'un vaste corps de bâtiment flanqué de deux ailes qui s'a vancent jusqu'à la rue des Mathurins. Sa porte d'entrée, ornée autrefois d'un couronnement gothique richement sculpté, conserve encore un large bandeau décoré d'ornements et de figures en relief. Au-dessus du mur régnait une série de créneaux, ainsi qu'on peut en juger par ceux qui ont pu être conservés; ces crà:ieaux ont été rétablis et la porte d'entrée a repris en partie son premier aspect.

Les bâtiments de la façade principale sont surmontés d'une galerie à jour derrière laquelle s'élèvent de hautes

14 HOTBL DK CLUirr.

lucarnes richement décorées de sculpture, et qui présentaient dans leurs tympans les écussocs de la famille d'Amboisè, écussons dont il reste encore des traces bien apparentes.

Vers le milieu du bâtiment principal s'élève une tourelle à pans coupés que couronne une galerie analogue à celle qui 'décore les autres parties de Tédifice. Sur les murs de cette tourelle, on trouve sculjjlés en relief les attributs de saint. Jacques, Iqs coquilles et les bourdons de pèlerins, allusions au nom du fondateur Jacques d'Amboise.

L'aile droite est porcée de quatre arcades ogivales qui . donnent accès dans une salle communiquant directement avec les Thermes. Cette salle, dont les murs sont de construction romaine, était une dépendance du Palais. Sa couverture antique n'a été renversée qu'en 1737, et a été remplacée dans ces dernières années.

Les bâtiments du rez-de-chaussée de Taile gauche renfermaient les cuisines et les offices de THôtel. Auprès de celle partie de F édifice, on aperçoit tracée sur le mur la circonférence de la fameuse cloche appelée Georges d'Amboise, destinée k la cathédrale de Rouen, et coulée en fonte dans la cour de l'Hôtel de Cluny.

Du coté du jardin, la façade est d'une architecture plus sévère; les galeries à jour n'existent pas, les lucarnes sont richement travaillées et présentent, ainsi que l'extérieur de la chapelle, une grande variété d'ornementation. La salle basse, construite au-dessous de la chapelle pour servir de communication directe avec le Palais des Thermes, est une des parties les plus curieuses de l'Hôtel de Clupy. Un pilier soutient la voûte aux arcades ogivales ;

■OtBL Bl CLCNT. 15

il est surmonté d*an chapiteau sur lequel ou remarque le K courooné du roi Charles VIU, date précise de la construction, puis les armes et écussons des d*A)nboise, attributs des fondateurs.

De cette salle basse on arrive à la chapelle par un escalier travaillé à jour, et qui a été récemment découvert. L'architecture de cette chapelle est fort riche; les voûtes aux nervures élancées retombent en faisceaux sur un pilier central isolé , et qui prend son appui sur celui de la salle bass<} ; les murs sont décorés de niches en relief travaillées à jour et d'une grande finesse d'exécution; ces niches, au nombre de douze, renfermaient les statues de la famDle d'Amlioise, qui ont été jetées bas à la lin du XVIII® âècle , puis brisées et employées comme matériaux de construction.

Les vitraux qui garnissent les fenêtres ont été détruits et remplacés jiar d'autres ; un seul existait encore et a été remis en iilaci», c'est le portement de croix; il avait oté recueilli par le chevalier Alex. Lenoir.

Sur les murs sont gravées plusieurs^rscriptions, dont l'une, datée del644, rappelle la visite d'un nonce du pape.

La cage de l'escalier , travaillée à jour, a été dégagée en 1832, ainsi ([ue les peintures du XV1« siècle que Ton voit de chaque côté de l'autel, et les sujets sculptés en pierre dans la voûte de l'hémicycle. Ces sujets représentent le Père Éternel entouré d'anges et le Christ en croix. Toutes les figures, les bas-rreliefs , et même les choux sculptés et dorés, placés de chaque côté, étaient couverts d'une épaisse couche de plâtre à laquelle on doit leur conservation.

Celte chapelle était devenue, sous le régimç révolu-

it HOTl^L DB GLUrtY.

tionnaire, une salle de séances pour la section du quartier, puis elle avait été convertie en amphithéâtre de dissection , puis enfin eu atelier d'imprimerie.

Les écussons armoriés, disposés au-dessous des niches, ont été grattés et eflacés, et les croix de consécration que Ton retrouve e.iicore aujourd'hui n'ont survécu que grâce à l'épaisse couche de badigeon qui couvrait les murs.

La salte voisine de la chapelle a conservé jusqu'à ce jour le nom de Ghavbrb de la rbine Blanche, en souvenir du séjour qu'y fit Marie d'Angleterre, veuve du roi Louis XII , pendant la durée de son deuil, en jan-^ vier 1515.

La décoration peinte de cette salle a été retrouvée sous les papiers de tenture. Les peintures, mises au jour lors des travaux d'installation du Musée, étaient encore assez apparentes pour permettre une restauration complète ; elles datent du règne d'Henri II et rappellent les motifs des ruines antiques de l'Italie. Au milieu est une sorte de fronton destiné probablement à l'encadrement d'un baldaquin , et de chaque côté se trouvent des médaillons ornés de guirlandes et d'animaux chimériques.

Les autres salles de l'Hôtel de Cluny ont été remises en état. Leur restauration s'achèvera successivement. Tous les supports et les consoles des plafonds ont été retrouvés avec leurs écussons aux armes de la maison d'Amboise, que Ton rencontre également sur les vitraux des fenêtres. L'Hôtel de Cluny est, du reste , entièrement construit sur des fondations romaines , anciennes dépendances du Palais des Césars.

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