‹ Musée ornithologique illustréChapitre 78 sur 85 · PL. 76.— OIE BLEUATRE · texte numérisé non relu

PL. 76.— OIE BLEUATRE

Anser cærulescens (Barnston, ex Linn.). — Anser sylvestris freli Hudsonii (Briss.).

Mâle adulte : toute la tête et la partie supérieure du cou d’un blanc pur; partie inférieure du cou, poitrine et dos, d’un brun cendré violet, chaque plume écaillée de brun clair; toutes les couvertures des ailes d’un gris bleu assez foncé; ventre et abdomen blanchâtres, tapissés de plumes brunes. Angle du bec et bords de la mandibule noirs; pieds bruns.

Temminck avait bien raison, en décrivant ses individus, de dire que ces prétendus jeunes de l’Hyperborée différaient extraordinairement des vieux ; cette singularité seule eût dû le faire réfléchir avant d’identifier les uns aux autres.

Quoi qu’il en soit, nous pouvons dire, quant à présent, que, de même que sa congénère , l’Oie bleuâtre habite les régions du cercle arctique des deux mondes, et notamment dans l’Amérique boréale, la contrée s’étendant depuis l’extrémité nord-est du Labrador jusqu’au cap Dudley-Digges, où elle niche sur un épais lit de roseaux desséchés.

Les observations de M. Barnston tendent, comme nous l’avons dit, à démontrer que c’est à tort que l’on a considéré l’Oie bleuâtre comme la même espèce que l’Oie hyperborée, ou tout au plus une simple variété , les relations intimes existant entre les unes et les autres ayant seules motivé cette confusion.

Le mémoire si plein de faits de M. Barnston ne servirait-il qu’à attirer l’intention sur la spécification distincte de ces deux oiseaux, que l’on paraît persister à confondre sous une seule espèce, qu’il suffirait pour provoquer sur ce point une nouvelle étude de la part des ornithologistes : c’est cette importance qui nous a fait sortir de notre réserve au regard de toutes discussions scientifiques.

LES OISEAUX D’EAU— LAMELLIROSTRES

CYGNINÉS ou CYGNES. - Cygninæ (Ch. Bonap.).

Les Cygnes, en dehors des particularités qui leur sont propres, se font remarquer, du moins chez une de leurs espèces, par la constitution de leur sternum et la conformation de leur trachéeartère. Le sternum dans ce cas, très vaste, est presque entièrement creux; or, ce vide, à part sa destination qui sert à augmenter la pneumaticité de l’oiseau, en a une autre : celle de loger la trachée-artère, dont F allongement extraordinaire et en disproportion avec celui pourtant si prononcé du cou, exigeait un plus grand emplacement ; contournée et repliée sur elle-même, elle s’introduit dans la crête- en bréchet du sternum, et y forme une double circonvolution avant de s’engager dans les poumons.

L’estomac par lui-même, et sous le rapport de sa robuste organisation, diffère de (fluides Canards. Ainsi Borelli, expérimentant sur des Cygnes du palais de Florence, a constaté que le gésier de ce Palmipède brisait aisément les noyaux de pistaches et d’olives.

Il est encore une autre particularité dans ses ailes que présente seul le Cygne, et que l’abbé Bexon, dans sa description par trop académique , a fait assez ressortir , tout en les comparant justement aux voiles d’un navire.

Ses ailes, en effet, n’ont aucun rapport avec celles de tous les Lamellirostres que nous venons de passer en revue. Chez les Canards, ou Anatidés, par exemple, l’aile est composée de deux parties principales : l’une, l’aile ordinaire, avec ses grandes et petites rémiges ; l’autre espèce d’aile bâtarde formée par les couvertures alaires, qui ne sont que de petites plumes étroites et acuminées, qui n’ont d’autre destination que d’aider au vol en remplissant le vide existant entre l’aile éployée et le corps.

Chez le Cygne, cette fausse aile n’existe pas, ou du moins est remplacée parles rémiges secondaires qui sont plus allongées et, munies de larges barbes, de même que les couvertures ; déplus,"

Des Murs, Les Oiseaux d’Eau.

J. Rothschild, Éditeur, Pai-is.

Pi. 77.-CYGNE INVARIABLE - Gygnus

Yarrell. — Variété du Cygne tuberculè. — nat.

ANATIDÉS OU CANARDS

le système musculaire de ces membres est organisé de telle façon que sans fatigue aucune, lorsqu’il nage, il a la faculté d ouvrir ses ailes, non pas sur un plan horizontal, mais verticalement, de manière que tout en tenant les ailes serrées près du corps, il soulève simplement l’articulation de l’humerus et du cubitus, et que, par suite de la réunion des plumes des couvertures alaires ainsi relevées au-dessus du dos en forme de berceau, 1 ouverture qu elles laissent entre elles et le corps permet au vent de s’y introduire, et de pousser ainsi l’oiseau, en doublant la vitesse d impulsion de sa force de natationhabituelle, d’ou il suit que le Cygne a le double avantage, dans l’air, de voler contre le vent, sur l’eau, de prendre le vent en poupe et de s’en servir comme moteur auxiliaire. Ce qui explique ce que l’on a dit de ce palmipède : qu’il nage si vite qu’un homme marchant rapidement, courant même sur le rivage, a grande peine aie suivre.

Reste donc son vol, dont Audubon seul a parlé en maître qui a vu et observé. Ce vol, toujours élevé, souple et vigoureux en même temps, n’offre rien d’extraordinaire que par 1 amplitude de ses ailes. Mais, de même que pour plonger, elles lui sont un embarras au combat dans les airs. Surpris par le Pygargue, son seul ennemi déclaré parmi les oiseaux, à la suite de bien des hauts et des bas, il n’a presque jamais d’autre ressource, si toutefois son agresseur lui en laisse le temps, que de chercher un abri et son salut sur les eaux.

Jaloux et intrépide pour la garde et la défense de sa famille et de ses petits, il semble qu’à terre il reprenne ses avantages. Son courage dans ces moments n’est, dit-on, comparable qu’à la fureur avec laquelle il se précipite sur l’assaillant. Il devient alors presque féroce et se bat avec acharnement ; souvent un jour ne suffit pas pour vider ce duel opiniâtre, etl’on a vu de ces combats commencer à grands coups d’ailes, continuer corps à corps, et finir ordinairement par la mort d’un des deux, car, de même que les Oies, ils cher.chent réciproquement à s’étouffer en se serrant le cou dans des enlacements de couleuvres, et s’ils sont près de la rive, en se tenant par force la tête plongée sous l’eau.

LES OISEAUX D’EAU — L AMELLIROSTRES

Là, il ne craint pas même le chien le plus fort ; on sait que, d’un coup d’aile, il peut briser la jambe d’un homme, tant la détente musculaire en est prompte et violente.

En définitive, avec un instinct social autant, si ce n’est plus, développé que chez les Oies, les Cygnes volent par grandes bandes en ordre régulier ou marchent et nagent attroupés.

La famille, quant aux espèces propres à l’Europe, sur quatre groupes qu’on a formés : Cygnes, Olors (que nous confondons ensemble), Chenopis , le Cygne noir de la Nouvelle-Hollande et Coscoroba , n’en renferme qu’un dont nous ayons à nous occuper.

ANATIDÉS OU CANARDS

GROUPE GÉNÉRIQUE UNIQUE

CYGNE, CYGNUS (Linn.).

Bec de la longueur de la tête, épais à la base, qui est ou simplement renflée ou couverte par une cire, ou surmontée d’un tubercule charnu, convexe, déprimé et obtus à l’extrémité, d égalé largeur dans toute son étendue ; onglet large, très recourbé ; lamelles de la mandibule supérieure à peine saillantes au delà des bords du milieu du bec qui forme une légère courbe relevée; narines médianes latérales oblongues ; ailes amples subaiguës; queue courte, arrondie ou carrée ; tarses épais, courts, de la longueur à peine du doigt médian ; palmures amples ; pouce très petit et ne portant à terre que par l’extrémité de l’onglet.

Ce groupe est représenté, en Europe, par trois espèces, la quatrième qui a été introduite, et que nous n’admettons pas, ne reposant que sur une simple différence dans la couleur du duvet du premier âge, et à laquelle on a donné le nom d 'invariable [immutabilis).

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