‹ Musée ou magasin comique de Philipon (volume 2)Chapitre 14 sur 70 · CINQUIÈME ACTE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ACTE

Nous voici dans le bois de Vincennes... Ursule et MATHaoE viennent bras dessus bras dessous voir la chose.

Ne trouvant point leurs époux respectifs, elles supposent qu'ils ne sont point encore arrivés, et vont se promener un moment pour laisser à ces messieurs le temps de régler leurs petites affaires.

Les combattants font aussitôt leur entrée. Morico a l'air de dire : Je voudrais bien ■ni' en aller! Le duel l'amuse fort peu , car, se dit-il, comme dit le proverbe : Au bois, l'on y va trois, et l'on en revient deux. . . et quand on est mort, c'est pour la vie.

Enfin, les règles du combat sont arrêtées, les adversaires se placent...

Notez bien que le naïf La Rancune n'est encore que témoin ; c'est toujours à son profit que se joue la pièce. Pan!... Ce-serin a tiré, et Grandcry tombe tran>percé... Morico le soutient et l'engage à tirer , malgré sa blessure , ne filt-ce que pour son agrément. Grandcry tire en effet, et tue Morico...

Au bruit, ces dames accourent ; M.\thilde s'écrie : Mon mari ! Ursule dit tout bas : Le mien me reste, je n'ai pas de chance! . . . et elle tombe à genoux. Ce serin, qui la voit prosternée, pense tout haut : C'est pour moi qu'elle priait!...

nnsEE PBix.zpoai.

fSessiHS tie C'HAM.

Ne mêliez sous les yeux des enfants rien qui puisse troubler ou effrayer leur esprit par des craintes ou des désirs chimériques; évitez surtout de fausser leur jugement.

Il était une fois un gentilhomme, qui, veuf d'une excellente femme, fut assez imprudent pour se remarier. Le ciel l'en punit en lui envoyant une femme, la plus hautaine et la plus fière qu'on eût jamais vue. Elle avait deux filles qui lui ressemblaient sous tous les rapports, et le mari avait, de son côté, une jeune fille d'une douceur et d'une beauté sans exemple. Les noces ne furent pas plutôt faites, que la belle-mère déploya tous les charmes de son caractère.

Ne pouvant souffrir les qualités de sa belle-fille qui rendaient encore plus haïssables ses deux propres enfants, elle la nourrit de coups de poings et l'abreuva de dégoilts : c'était elle, la pauvre enfant, qui devait nettoyer la vaisselle, frotter, faire les bottes,

et habiller mesdemoiselles ses belles-sœurs. Elle couchait tout au haut de la maison, dans un grenier, sur une méchante paillasse, pendant que ses sœurs se carraient dans des'lits à la mode.

La pauvre fille souffrait tout avec patience, et n'osait se plaindre à son père, qui l'aurait grondée; car sa femme le gouvernait entièrement, selon l'usage de ce temps-là.

Lorsqu'elle avait fait son ouvrage, elle allait se mettre dans la cheminée et s'asseoir au milieu des cendres, ce qui était assez malpropre, et prouvait que la personne même la plus parfaite ne

possède jamais toutes les qualités. Ce petit défaut la faisait appeler Cendrillon. Cependant Cendrillon, avec ses méchants habits tout couverts de poussière, ne laissait pas que d'être cent fois plus belle (jue ses sœurs quoiqu'elles fussent vêtues magnifiquement.

Il arriva que le fils du roi

donna un bal et invita toutes les personnes de qualité : les femmes d'agents de change, les banquières, les fournisseuses,

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les chefesses de bureau, tout ce qui formait l'aristocratie de sa cour.

Les deux belles-sœurs de Cendrillori ne furent point oubliées. Nouvelle peine pour la pauvre fille ; car c'était elle qui repassait le linge de ces demoiselles, empesait leurs collerettes, et leurs tournures (dont elles avaient grand besoin). On ne parlait que de la manière dont on s'habillerait. Moi, disait l'aînée, je mettrai ma robe de velours rouge et ma belle guipure.

Moi, disait la cadette, je n'aurai que ma robe d'indienne ordinaire ; mais je prendrai mon manteau à fleurs d'or et ma féronnière en diamants qui n'est pas piquée des vers. On envoya quérir des mouches de la bonne faiseuse, on acheta des corsets à la mode, et l'on rompit plus de douze lacets pour rendre à ces dames la taille aussi fine qu'elles le voulaient.

Cendrillon, qui avait un excellent caractère, donna de fort bons avis à ces demoiselles, et offrit même de les coiffer, ce qu'elles acceptèrent. Et pendant qu'elle se livrait à cette merlanesque opération, ses sœurs la narguaient avec ingratitude, en lui disant ; .. Cendrillon, serais-tu bien aise d'aller au bal? — Hélas! mesdemoiselles, leur répondait la pauvre enfant, vous vous moquez de moi, ce n'est pas là ce qui me convient. — Tu as raisori; on rirait bien si l'on voyait une souillon de ton espèce

aller au bal. ■• Une autre que Cendrillon les eût coiffées de travers ; mais, dit l'auteur, elle eut la générosité de les coiffer parfaitement bien.

Enfin le moment du départ arriva, et Cendrillon les suivit des yeux le plus long-temps qu'elle put ; lorsqu'elle ne les vit plus, elle se mit à pleurer. Sa marraine, qui la vit tout en

larmes, lui demanda ce qu'elle avait. •■ Je voudrais bien. . . " Elle pleurait si fort qu'elle ne put achever. •• Tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce pas, lui dit sa marraine, qui était fée. — Hélas ! oui, répondit Cendrillon en soupirant. — Hé bien! je t'y ferai aller, reprit la bonne marraine. •• Et elle la mena dans sa chambre en ajoutant ; •• Va dans le jardin , et apporte-moi une citrouille. •>

Cendrillon s'empressa d'aller cueillir la plus belle qu'elle put trouver, et la porta à sa marraine, ne pouvant deviner comment

cette citrouille la ferait aller au bal. Sa marraine la creusa (la citrouille), et, n'ayant laissé que l'écorce, elle la frappa de sa baguette, et la citrouille fut aussitôt changée en un beau landau

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parfaitement suspendu : la queue forma le timon, la chair se changea en coussins de velours, et les graines devinrent autant de clous dorés qui faisaient le plus brillant effet.

La fée regarda ensuite dans la souricière , où elle trouva six souris tout en vie ; elle dit à Cendrillnn de lever la trappe , et , chaque souris qui sortait , elle lui donnait un coup de sa baguette , et la souris était aussitôt changée en un beau cheval , ce qui fit un très-magnifique attelage de six chevaux gris-pommelé.

Comme elle était embarrassée pour faire un cocher, les souris étant toutes du sexe féminin , •• Je vais voir, dit Cendrillon , s'il n'y a point de rat dans la ratière ; cela ferait notre affaire. — Tu as raison , dit sa marraine , va voir. •• Il y en avait trois ! trois delà plus belle espèce. La fée en prit un à cause de sa maîtresse barbe , et , l'ayant touché , il fut changé en gros cocher qui avait une des plus belles moustaches qu'on pût voir !

Ensuite elle lui dit : « Va dans le jardin , tu y trouveras six lézards derrière l'arrosoir, apporte les-moi. >• Elle ne les eut pas plutôt , qu'elle les changea en six laquais ; leur peau forma une livrée délicieuse , et ils montèrent aussitôt derrière le carrosse , où ils restèrent attachés comme s'ils n'eussent fait d'autre métier toute leur vie.

La fée dit alors à Cendrillon : •■ Eh bien ! voilà de quoi aller au bal ; n'es-tu pas bien aise? — Oui , mais je ne puis y aller avec mes vilains habits. — C'est juste! repartit sa marraine. » Elle

la toucha de sa baguette, et ses habits furent changés en des

habits de drap d'or et d'argent tout garnis de dentelles et ornés de pierreries.

Elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de verre , les plus jolies du monde.

Quand elle fut ainsi parée, elle monta en carrosse; mais sa marraine lui recommanda de ne pas passer minuit , l'avertissant que si elle demeurait davantage , son carrosse redeviendrait citrouille , ses chevaux des souris , son cocher un vilain rat , ses laquais des lézards , et que ses vieux habits reprendraient leur forme et leur couleur primitives.

Elle promit à sa marraine qu'elle ne manquerait pas de sortir du bal avant minuit , et elle partit ne se sentant pas de joie.

Son succès fut prodigieux ! la danse cessa , les violons se turent , tant on était attentif à contempler les beautés de cette princesse inconnue. Le roi lui-même , tout vieux qu'il était et tout occupé d'un changement de ministère qu'il préparait , ne put s'empêcher de dire tout bas à la reine : « Fichtre! en voilà une de soignée princesse ! » La reine dit au roi : « Il est vrai de dire qu'elle est un pea choknosof! » Le roi dit à la reine : « Si j'avais

trente ans de moins — Voulez-vous bien vous taire , gros

libertin , repartit la reine. »

Toute la cour était dans le ravissement , à l'imitation de la famille royale. Les hommes faisaient la roue comme des paons amoureux ; les femmes admiraient tout haut et enrageaient tout biis; chacun se promettait cependant d'imiter celte inimitable princesse , de copier sa coiffure , sa tournure , la coupe et 1 étoffe de ses habillements.

Le fils du roi la mit à la place d'honneur, et fit pour lui plaire

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des frais inouïs : il lui offrit des oranges et des marrons , du cidre et du vin blanc; bref, il la combla d'honnêtetés, et , la prenant ensuite par la main , il la conduisit à la danse , où elle se distingua par des pas et des entrechats si prodigieux , que le malheureux prince royal acheva d'en perdre la tête.

Tout à coup , entendant sonner minuit moins un quart , elle fit une grande révérence à la compagnie , et s'en alla le plus vite i^iu'elle put.

Dès qu'elle fut arrivée, elle alla trouver sa marraine, et, après l'avoir remerciée , elle lui dit qu'elle prenait goût à cet exercice , et qu'elle désirait bien retourner au bal le lendemain , comme le prince l'en avait priée.

Dans ce moment, les deux sœurs heurtèrent à la porte ; Cendrillon alla leur ouvrir en bâillant , se frottant les yeux . et s'étendant comme si elle n'eût fait que se réveiller ; elle n'avait

cependant pas eu envie de dormir de toute la nuit. trOh! si lu savais , lui dit une de ses sœurs . quelle belle princesse nous avons vue au bal ! elle nous a fait mille civilités , elle a partagé avec nous les oranges eties marrons que le prince roAal lui a donnés. •• Cendrillon était au comble de la joie , et elle leur dit • - Mon Dieu , que vous êtes heureuses! JVe pourrais-je point voir c-tte l)eile princesse? Hélas! mademoiselle Javotte (c'était le petit nom d'une de ces belles demoiselles ) , prêtez moi votre habit

jaune, que vous mettez tous les jours, j'irai avec vous à la cour. — Vraiment, dit mademoiselle Javotte , vous nous feriez beaucoup d'honneur de nous accompagner! il faudrait que je fusse folle pour y consentir. •• Cendrillon s'attendait bien à ce refus , et aurait été fort attrapée que sa sœur l'eût prise au mot.

Le lendemain , à peine ses sœurs furent-elles parties pour le bal , que Cendrillon remonta dans sa citrouille, encore plus parée que la première fois.

Le fils du roi ne la quitta pas plus que son ombre, et ne cessa de lui dire et lui offrir des douceurs. La jeune fille ne s'ennuyait point , cela se conçoit , — et elle ne manqua pas d'oublier la recommandation de sa marraine ; minuit sonna , qu'elle ne croyait pas encore être arrivée à onze heures ; elle se leva , et s'enfuit aussi légèrement qu'aurait pu le faire une biche.

Le prince la suivit , et descendit quatre à quatre les marches de son palais.

.Mais, quoiq 1 il fût parfaitement taillé pour la course, il ne put la rejoindre.

Dans la précipitation de sa fuite, d;ins le trouble que lui eau-

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sait le désenchantement de sa toilette , Cendrillon perdit une de ses jolies pantoufles de verre , que le prince ramassa bien soigneusement et serra sur son cœur.

La pauvre enfant arriva chez elle très-essoufflée, sans carrosse, sans laquais , et avec ses méchants habits ; rien ne lui était resté de toute sa magnificence, qu'une de ses petites pantoufles, pareille à celle qu'elle avait laissée tomber.

On demanda aux gardes du corps qui faisaient faction à la porte du palais s'ils n'avaient pas vu sortir une belle princesse. Ils répondirent qu'ils n'avaient vu sortir personne si ce n'était une fille fort mal vêtue , et qui avait plutôt l'air d'une cuisinière que d'une princesse.

Le fils du roi , plus amoureux que jamais , fit publier à son de

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trompe qu'il épouserait celle doni le pied serait juste à la pantoufle.

On commença à l'essayer aux princesses , puis aux duchesses , puis aux banquières, — agentes de change, — notairesses, — courtières , enfin à toute la cour, mais inutilement.

On la porta chez les deux sœurs , qui firent tout leur possible pour faire entrer leur pied dans cette gentille petite pantoufle , mais inutilement. Cendrillon , qui les regardait , et qui reconnut sa pantoufle , dit en riant : .. Voyons donc si elle me chausserait. » Ses sœurs se prirent à rire et à se moquer d'elle ; mais le gentilhomme chargé de faire l'essai de la pantoufle ayant regardé attentivement Cendrillon et la trouvant fort jolie , dit que cela était de toute justice , et qu'il avait ordre de l'essayer à toutes les filles du royaume. Il fit asseoir Cendrillon , et , approchant la pantoufle de son joli petit pied , il vit qu'elle était même trop grande.

L'étonnement des deux sœurs fut grand , mais il doubla encore lorsque Cendrillon tira de sa poche l'autre petite pantoufle et la mit à son pied.

Aussitôt arriva la marraine , qui donna un coup de sa baguette sur les habits de Cendrillon , et les fit devenir encore plus magnifiques que tous les autres. Alors ses deux sœurs la reconnurent pour la belle personne qu'elles avaient vue au bal Elles se jetèrent à ses pieds, et lui demandèrent pardon de leurs mauvais traitements. Cendrillon , qui avait bon cœur et qui les quittait , leur pardonna.

On la conduisit chez le prince , paréj comme une châsse , et peu de jours après il l'épousa.

L'archevêque qui les bénit prit pour texte de son sermon : Memenl-o quia pu/fis es et in pulverem reverleris : toute la morale du conte est là-dedans.

Les Chants et Chansons populaires de la Fhasce forment dcjà un fort lieau \olumt' composé d'une cinquanlaine de cliansons, romances, jjonl-ueufs., rondeaux, roniplainles et autres cliaius popiilaiies qu'on aime souvent à se rappeler, el qu'on ne savait où re(ron\er avant que IVilileur, M. Delinyp, n'eûi eu l'excellente idée de les recueillir et d'eu former un ouvrage complet. Ce volume, qui c«l en venre, ne le cède à aucun livre de luxe pour la richesse de l'illustration ; car il contient i6o pages dessinées el [jravées sur acier par les premiers artistes de Paris ; chatiue chanson esi ncconipaf;nce de sa musique notée pour une, deux ou trois voix, avec accompagnement de piautj. Prix du volume broché, "* i Ir.

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