LA DIGUE
Il est rare que le galop se termine sans accidents , plus rare encore que les galopeurs ne soient pas troublés dans leurs joies par quelque bande de Chicards qui trouve plaisant de former une sorte de barrière humaine contre laquelle viennent se heurter les flots de la foule. C'est ce qu'ils appellent la digue.
Un pas fort à la mode dans la contredanse consiste , pour la figure du cavalier seul , à se jeter à plat ventre et à se relever par un saut de carpe. [Voir plus loin.)
MUSEE ET MAGASIN COMIQUES
A quatre heures du matin bon nombre de danseurs ne figurent plus que sur les tables où même sous les tables de la 'buvette.
D'autres vont achever ; u violon une nuit commencée au son de cet harmonieux instrument.
Le plus grand nombre rapporte de cette délicieuse nuit un rliume , une fluxion de poitrine, ou tout autre chose, mais qu'importe!... on s'est tant amusé!...,.
LE
PETIT-POUCET
TRADVCTIOy LIBRE DE PERRAULT,
Par Cil A 11.
VSWTY. l)ï. \A Ç\\^\.A
Lorsque l'argent fut dépensé ils tombèrent dans leur premier chagrin et ne trouvèrent rien de mieux que de reperdre leurs sept enfants ; mais , afin de ne pas manquer leur coup, ils résolurent de les mener beaucoup plus loin que la première fois.
Poucet, trop bien élevé pour ne pas écouter aux portes, apprit ce qu'on projetait en sa faveur, et compta bien se tirer d'affaire comme il l'avait déjà fait. Mais son bon petit papa l'enferma dans sa chambre , et ne lui permit pas d'aller ramasser des cailloux blancs. Néanmoins , avant d'exposer ses enfants à mourir de faim dans la forêt , le bûcheron eut soin de leur donner à déjeuner, et Poucet conserva la mie de son pain pour marquer sa route le long du chemin.
Le père et la mère les conduisirent dans le plus sombre et le plus épais du bois et les plantèrent là pour reverdir.
Le petit Poucet ne s'en chagrina pas , car il croyait retrouver son chemin à l'aide de ses petites boulettes de pain jetées sur la route. — Mais les scélérats de pierrots avaient fait un repas de corps avec les miettes de Poucet ; ils se carraient sur les arbres, étalant des ventres de chanoines et riant au nez du malheureux enfant.
Ce pauvre Poucet et ses crétins de frères étaient fort attrapés ; ils se souciaient peu de coucher à la belle étoile et moins encore déjouer aux Jouas dans le ventre des loups , dontles hurlements formaient une musique fort expressive mais peu harmonieuse...
Poucet grimpa au haut d'un arbre et aperçut une petite lumière qu'il prit d'abord pour la lanterne d'un omnibus ; mais ayant réfléchi que les omnibus n'étaient pas encore inventés, il reconnut son erreur et pensa que ce devait être la lumière d'une chan-
MUSÉE PHII.IP09I.
délie. Cette fois il avait deviné juste ; aussi, ayant dirigé ses frères du côté de ce fanal , ils arrivèrent à une maison isolée, frappèrent à la porte, qui leur fut ouverte par une excellente
femme : elle les reçut à merveille et leur annonça que son mari
adorait les petits enfants qu'il en était tellement fou qu'il
les mangeait tout crus
Poucet lui répondit : ■■ Madame , nous sommes cuits ; si nous restons dans la forêt , les loups nous croqueront . nous serons bien plus flattés d'être agréables à M. votre mari. ••
Bientôt l'ogre arriva ; les enfants coururent se cacher sous le lit et se tinrent coi.
L'ogre se mit à renifler , à flairer et à chercher. — Je. sens la chair fraîche , dit-il à sa femme. — Mon ami, c'est moi que vous sentez , lui répondit-elle , par ce sentiment d'humanité et de coquetterie qui fait le plus bel ornement de son sexe; mon ami , c'est moi que vous sentez.. . — Je te dis que je sens la chair fraîche, vieille bête, répliqua cet ogre malappris , et son instinct le conduisit à la cachette des enfants , d'où il les tira l'un après l'autre.
Les pauvres moutards étaient plus moi ts que vifs : ils demandèrent grâce; mais l'ogre , armé d'un grand couteau , l'aiguisait tranquillement à leur nez sur une longue pierre.
Cependant sa femme obtint qu'il ne les tuerait que le lendemain , afin qu'ils fussent plus frais pour le repas du soir.
L'ocre les envova donc coucher , et leur fit même donner à souper copieusement , pour qu'ils ne perdissent rien de leur saveur.
Le vorace avait sept petites filles, sjentilles comme des amours ; elles avaient le teint frais , le nez crochu , une grande bouche avec de longues dents aiguës et fort éloignées l'une de l'autre. Toutes petites qu'elles étaient, elles promettaient déjà beaucoup ; car elles mordaient les enfants pour en sucer le sang. Ces beaux petits anges étaient couchés dans un seul lit , ayant chacune une couronne d'or sur la tête.
Les sept garçons furent placés dans la même chambre , mais dans un autre lit , et on leur distribua sept bonnets de coton.
Poucet, toujours ingénieux, prit les sept couronnes d'or et les remplaça sur la tête des petites ogresses , qui ronflaient comme des toupies d'Allemagne , par les sept casques -à-mèche de sa famille.
Ce fut , ma foi! une excellente idée; car bientôt l'ogre , se souvenant de la maxime du sage :
« Ne remets pas au lendemain ce que tu peux faire la. veille, » se leva de table , monta , muni de son grand couteau , dans la
chambre des enfants , se mit à leur tâter le crâne, et coupa les sept têtes armées de bonnets de coton.
Après quoi, content de sa besogne , il alla se coucher et se mit promptemeiit à dormir.
Poucet ne l'entendit pas plutôt bourdonner qu'il fit lever ses frères, et se hâta de quitter avec eux ce toit hospitalier.
{La suite à un prochain numéro.)
nnSEE ET MAGASIN COMIQUES.
LES MODES RIDICULES
epuis plusieurs années les bandeaux régnaient d'une manière souveraine dans l'empire de la mode. — Cette coiffure, à la fois si noble , si simple et si élégante, semblait devoir briller encore long-temps dans les salons de Paris; et voici que tout à coup ime mode nouvelle, ou plutôt une mode renouvelée , \'ient d'apparaître sur l'horizon. — Dans certains salons . les bouclea à 1 anglaise sont en grande faveur
Cette mode a fait sa première apparition au bal donné dernièrement par i\I. Guizot: presque toutes les dames qui parurent à cette fête ministérielle et diplomatique avaient adopté la coifiure qui semblait devoir plaire le plus à M. le ministre des affaires étrangères, et, dès cette soirée, les anglaises furent en grande faveur.
Quelques dames , encore plus profondément diplomates que les autres , poussèrent la flatterie jusqu'à s'armer d'anglaises qui leur tombaient sur le dos; — c'était pousser l'anglomanie jusqu'en ses dernières limites.
Rien n'est plus ridicule qu'une petite figure ronde perdue au milieu d'une forêt de cheveux.
Nous n'exigeons pas des Parisiennes une trop grande constance , mais du moins nous les supplions , avant d'adopter certaines modes nouvelles , qui trop souvent n'ont que la nouveauté du ridicule , de demander d'abord un avis bien franc au seul de leurs conseillers qui ne soit pas un \ il flatteur , — à leur miroir!
(11 Extrait du cliarmaut journal de uotre cdileur, M. .Aiibeil, les M..dt<, jhtrUientui.