MODES FRANÇAISES
Sesiins de Ch. Vernier.
Depuis environ vingt-cinq ans , le costume français est resté à peu près stationnaire , et pourtant ce n'est pas faute de tailleurs , car jamais on n'en compta un plus grand nombre à Paris , qui sont tous plus brevetés les uns que les autres. — Mais tous ces arbitres de la mode ont beau se mettre la tête entre les deux mains pendant une journée entière pour chercher quelque chose de nouveau , ils ne trouvent guère qu'une migraine, — chose qui ne vaut pas un brevet.
L'histoire de la mode en France formerait un livre beaucoup plus instructif qu'on ne pourrait le croire au premier abord , car M. de Buffon , cet écrivain de tant de style et de manchettes , aurait dû écrire : — L'habit , cesl P homme !
Nous pourrions prouver cela en remontant jusqu'au déluge , époque très-décolletée où le paletot n'était pas inventé. Ce qui fut cause d'une foule de crimes. Mais nous nous contenterons de remonter jusqu'au règne de Henri III.
Voyez ce Mignon au justaucorps de velours , au manteau de satin et à la fraise empesée; — comment cet homme, qui porte des boucles d'oreilles , ne serait-il pas reconnu immédiatement pour un de ces êtres efféminés qui avaient transporté à la cour de France toute la mollesse de l'Italie?
Sous Louis XIII, le jeune seigneur français jette loin de lui tous ces oripeaux italiens ; — il ombrage sa tête chevelue d'un vaste chapeau gris à longue plume rouge , retrousse sa moustache avec fierté , et sa longue rapière ne le quitte pas plus que ses bottes à éperons. — Il fallait toujours être prêt à tuer son homme, puis à monter à cheval pour fuir la colère du Cardinal.
On aurait peine à reconnaître , dans les têtes si fières des Frondeurs , les fils des mignons d'Henri III. Mais si la mode du jour avait voulu que ces jeunes seigneurs ne connussent que
■able que les guerres de la
— Tenez donc campagne
ilanche. — Même avec
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nos tristes costumes actuels , la révolution de juillet n'aurait jamais eu lieu s'il avait plu pendant trois jours.
Comment le siècle de Louis XIV n'aurait-il pas aussi été celui de l'étiquette et du cérémonial, quand les seigneurs et les dames de la cour étaient toujours brillants d'or des pieds à la tête! — Tout était noble à cette noble époque ; car on portait jusqu'à de nobles perruques
Du moment où Louis XIV eut la prétention d'être un soleil , tous les princes et ducs ne pouvaient pas faire moins que de se poser en autres astres plus petits , mais non moins brillants ; — ■ et il n'est pas jusqu'aux marquises qui ne fussent de véritables comètes dont la queue se trouvait portée par un petit négrillon, lui-même tout vêtu d'or.
Sous la Régence et sous Louis XV, la coiflfiire et le costume perdent de leur ampleur ; et comme les cheveux grisonnent vite quand on passe les nuits dans des orgies échevelées, — la poudre '■■' 'muler les faiblesses de la nature, et désormais tous les nt vingt ans jusqu'à soixante ans.
De plus, comme les femmes mariées rendaient beaucoup de visites en ville, elles adoptèrent généralement le vaste capuchon, qui, dans certaines circonstances, savait parfaitement voiler les traits.
Et puisqu'on était en train d'user d'artifices, il n'en coûtait pas plus de se grandir et de se donner une fine taille : on inventa les hauts talons et les hanches postiches, — sans compter les mouches, le blanc, le rouge, etc., etc. — Bref, tout était postiche, jusqu'à la vertu de ces dames.
Sous Louis XVI, la lutte des idées françaises et des idées an- I glaises, qui commençait alors à s'engager, se manifesta tout : d'abord par la création de l'habit à la française et de l'habit à l'anglaise ; — et les femmes elles-mêmes se partagèrent entre le
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simple chapeau à la Grandisson et les orgueilleuses plumes blanches , derniers vestiges d'une aristocratie battue en brèche de parts.
MUSÉE BT MACASI» COMIQUES.
Du reste, il faut avouer que l'habit de cour de cette époque était d'une élégance pleine de bon goiit , que les tailleurs n'ont pas su retrouver depuis cinquante ans. L'habit à la française, que Humann et les autres arbitres de la mode ont essayé de ressusciter dans ces derniers temps, est bien taillé avec autant de grâce qu'en 17S0 ; rriais VElbeufoa le Sedan ne peut pas lutter contre le magnifique velours de Lvon enrichi de broderies plus magnifiques encore.
Dix ans plus tard , le Boitrracan régnait seul en France , le malheureux liabit à l'anglaise avait été tellement tiraillé qu'il avait perdu ses pans dans la bagarre, et il se trouva transformé en veste.
La coiffiire devait forcément suivre la simplicité du costume, et les cheveux peu frisés des Montagnards étaient surmontés du simple bonnet que vous connaissez. — Les femmes elles-mêmes bannirent un luxe devenu intempestif.
La réaction politique qui eut lieu après le 9 thermidor ne manqua pas d'avoir son contre-coup dans les modes, et les pans imperceptibles de la veste s'allongèrent tout à coup d'une manière gigantesque, — la petite cravate à la Colin se transforma en un immense rideau de mousseline, et, pour compléter leur costume, les incroyables s'affublèrent de boucles d'oreilles , de
chaînes, de pendeloques, de lorgnons et de tout ce qu'ils purent trouver de plus bizarre dans les boutiques des quincail'iers
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MUSÉB PaXX.ZPOM.
Sous l'empire, le costume officiel eut une pompe théâtrale ; toutes les femmes s'étudiaient à prendre l'air d'impératrices ; dam ! on ne savait pas ce qui pouvait arriver !
Le costume du simple bourgeois était moins flatteur à l'œil , mais il n'était pas nécessaire que les Pékins fussent agréables
et pussent plaire aux femmes , qui , par parenthèse , avaient eu la déplorable idée de trouver que la coiffure de feu l'empereur Titvs était le modèle idéal du joli , et la non moins déplorable
fantaisie de porter leur taille sous le bras. -commode , mais ça n'était pas beau.
Cela pouvait être
Sous la Restauration, les gigantesques chapeaux reprirent le dessus , et le règne des manches à gigot fut encore plus
long que celui de Louis XVIII , car il dura jusqu'en 1830.
La chose la plus mémorable du règne de Charles X fut l'ar-
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MUSEE ET MAGASIN COMIQUES
rivée à Paris de la girafe ; aussi les coiffwes à la girafe : furentelles en grande vogue.
Depuis 1830 , une révolution complète s'est opérée dans kcostume féminin par suite de l'apparition des manches plates et des mantelets, et dans le costume masculin par suite de l'invention du paletot , espèce de sac orné de poches dans lesquelles on fourre ses mains et sa canne.
De plus, comme nous vivons à une époque excessi\ement pacifique , tout le monde porte des moustaches.
Quant aux modistes, elles n'ont pas voulu rester en arrière en fait d'invention , et , après de nombreuses recherches , elles se sont décidées , comme nouveauté du dernier bon goût , à prendre pour patrons les chapeaux de tireuses de cartes, autrement dit chapeaux à la vieille , — et affublées de ce travestissement, toutes les Parisiennes les plus élégantes se trouvent excessivement jolies, ce qui nous laisserait croire qu'il n'v a plus un seul miroir à Paris!
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