‹ Musée ou magasin comique de PhiliponChapitre 38 sur 95 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

I.f rhi'âlre représente un vijjnoble itlleniaiid |)arhtileiiipnl irnllé nar «trs pins de

coulent \erle.

J->'Opéra , son public d'élite et ses cent cinquante musiciens étant créés, Adam, maître de ce paradis terrestre, saisit artistement l'occasion... de ne pas faire d'ouverture

Lever df la toile sur un petit air savoyard allemand. — Cabane à droite. — Cabane à gauche. Des vignerons viennent uniquement pour s'en aller.

La pantomime , ce sublime langage polyglotte , qui dit tant de choses en si peu de mots, nous apprend que la scène se passe à Thuringe, — qu'il fait à peine jour, — et que le monsieur qui arrive, tout de vert habillé, se nomme monsieur ///, />/\ /à, rions.. ..

par rORE^TZ.

Aussitôt nous voyons entrer le jeune l'O/e, suivi de son fidèle écuyer et ami, rayé de brun et de jaune.

Ce monsieur fait un œil d'amour à la cabane de Giselle... et un œil de vengeance à la cabane de VOie , dont la panto-

mime nous apprend encore le nom.

Les deux jeunes hommes paraissent n'être pas du même avis, la musique exprime parfaitement ce manque d'harmonie ; nous apprenons , — toujours par la pantomime , — que l'oie n'est rien moins qu'un prince déguisé , voyageant incognito sous les habits d'un simple danseur de l'Opéra , un prince de Silésie, le grand Albert (ne confcmdez pas avec le grand Talberg) ; quelle belle chose que la pantomime ! Elle nous apprend même que le traître Hi, hi, là, rions est garde-champêtre de chasse , qu'il est amoureux, qu'il est jaloux, et qu'il en veut à YO/e, dont il voudrait manger le foie.

Que c'est beau , la pantomime!

Hi , lu, là, rions s'est caché. JJOie frappe à la porte de Grise-aile , ainsi" nommée parce qu'elle a des ailes jaunes — alors... pas d'amour

Remarquez l'immense avantage de la pantomime sur la langue parlée ! Quelques ronds de jamlie , quelques ronds de bras et quelques légers tortillements viennent de nous dire le nom de tous ces personnages, leur âge , leur profession , le lieu de leur naissance , et une foule d'autres choses ; et nous , qui ne pouvons tortiller que notre langue ou notre plume, pour rendre une pensée simple comme bonjour , nous voici exposé à un odieux coq-à-l'àne.

MUSEE ET MAGASIN COMIQUES

Pas d'amour — ne veut pas dire pas d'anoour , — mais bien pas d'amour. Y êtes- vous ?

Non.

C'est un pas d'amour , — une danse amoureuse que l'auteur a placée là.

Je vous demande si la pantomime serait embarrassée pour exprimer cette idée ?

Tout en exécutant ce pas d'amour, les amants effeuillent une marguerite. Charmante simplicité !

M'aîmez-vous ?

Un peu,

Beaucoup,

Passionnément,

Pas du tout!

Cette épreuve délirante se termine par deux baisers appliqués sur le blanc de céruse , appliqués en dansant , comme cela se pratique au village.

Hi, là, là rions surprend les amoureux danseurs , mais Grise-

aile lui dit, par des pirouettes expressives : que que ça méfait, y a pas de quoi-z-en rougir!

Hi, hi, là, rions sort furieux. — Carotta Grise-aile continne à développer son joli tallllent. Sa mère arrive et raconte un tas de balivernes , toujours à l'aide du langage polyglotte de la pantomime :

" Je suis sûre que si cette petite folle mourait , elle devien-

" drait Vile - Lise et danserait même après sa mort , comme" •• toutes les filles qui ont trop aimé le bal. Tu .sais , ma chère, •• que cela ne te vaut rien ; tu es bien chétive , bien délicate. . . " le médecin te l'a dit... ça te portera malheur ••

ff>^^(^

Que le jeu de cette vénérable mère est palpitant! Quelle expression dans sa gesticulation. , dans ses frétillements du torse et des membres! Comme elle rend bien cette phrase naïve : Le médecin te l'a dit. . .

Ça te portera malheur... On croit voir le médecin, l'apothicaire, tout!

Dieu ! que cette gaillarde mime bien 1

Dans le principe , M. Cor-à-lit avait mis : cela te portera malheur... peut-être. Mais ce peut-être semblait une espèce de qu'en dis-tu mimique trop difficile à dire , on l'a supprimé , du moins nous le pensons , car nous n'avons pas reconnu le geste destiné à l'exprimer.

En ce moment on ouït le hautbois et bientôt après le cor. . . Ce cor semble faire horriblement souffrir l'Oie, qui ne peut tenir sur ses pieds, — C'est pourquoi il s'enfuit en dansant, ainsi que le corps de ballet.

Entrée de seigneurs, dames , chasseurs , veneurs , écuyers , pages , etc. C'est la cour du roi de Silésie montée sur les chevaux de Franconi.

Sortie de la chasse.

Les chevaux , qui ont dansé leur pas , s'en retournent au manège.

A l'aspect des chasseurs, l'amoureux s'est enfui comme une oie sauvage.

MUSEE PHII.IVOM.

Hi, là , là rions , resté seul , profite de cette occasion pour s'introduire chez l'O/c par la fenêtre, ainsi qu'un voleur, après quoi il sort par la porte comme un honnête homme; à preuve, il tient encore à la main une riche épée et un riche manteau qu'il a volés. Il a forcé le châssis avec son briquet de garde national , car l'Opéra, qui se pique de sévérité dans le costume, a donné à ce garde champêtre le classique briquet parisien.

Des vendangeurs reviennent pour revenir. — Danse générale. — Bacchus. — Tambours de basque. — Duo de poses, trèslong, très-long , excessivement long, quoique embi^lli par de la flûte variée. Grise-aile exécute une infinité de tricotés de pieds, sur la variation ; elle est bombardée d'applaudissements.

I, 'amoureux VOie se pique d'honneur et se met A danser en

à l'autre. Ce cloche-pied est d'un effet admirablement laid, ce qui fait vraiment plaisir au public. Un tonnerre d'applaudissements couvre les danseurs et prouve à quel point les Parisiens connaissent l'art des poses et l'harmonie de la danse.

Apparaissent alors M. Mal-habille et mademoiselle Nate-à-lit Fils-James.

Ohl là, là! c'est la danse de style, la danse expressive.... Les rotules sont larmoyantes , les mollets passionnés , les bras douloureux. C'est la crampe des pieds , c'est le rond de jambe

jspalier : les deux amants jouent une partie de iiinrelle do l'un

élégiaque, c'est le fromage , — le fromage, ce joujou des pensionnats de demoiselles , mais le fromage calme , grand , noble , et imposant !

Danse des masses. — Rentrée du traître Hi, hi, là, rions , qui va caponner à l'oreille du seigneur en chef et lui mimer .son cancan de l'épée et du manteau.

Toute la cour salue \'Oie, qui est reconnu pour la grand Albert de Silésie, — et non Talberg.

Ce respect général achève de faire tourner la tête de Griseaile ; elle danse comme une folle qu'elle est, car elle l'est; elle fait des écarts à fendre le cœur , des battements à donner des palpitations, des pirouettes à arracher les entrailles. Enfin, elle

MDSEE ET MAGASIN COMIQUES

danst', elle danse tant... qu'elle en nrieurt... L'O/e en gémit. Hi. lu, /à, rions se désespère et devient Hi, hi, là, pleurons ; le rideau baisse, les jupons de ces dames n'imitent pas le rideau. Le parterre se lève, les lions rugissent dans leurs loges. Dans l'orchestre, Huran, l'alto, l'immense Huran , Huran, le pénitent à la face diaboliquement sainte, Huran reste seul immobile... Il a donc trop péché , Huran, (^u'il ne veut plus voir la scène.

FIN nu PREMIEH ACTE.

Pendant l'entracte les lorgnettes parcourent la salle et s'arrêtent sur une ou deux belles duchesses , brillantes comme des camélias dans une serre de rosiers.

Il n'y a guère qu'une duchesse par 30,000 hommes ; il n'y a qu'une Carlota Grisi sur un million de Parisiens. — Ce million veut la voir.

^oir, ccsl avoir.

dit Déranger.

prendre de force. Les choristes qui connaissent fort bien le per^jonnel du corps de ballet , sont effrayés... Il y a de quoi I

Jour subit.

Apparition de la reine des Willis ; la pantomime iious apprend encore qu'elle se nomme Mirle-a , et qu'elle est ainsi appelée parce qu'elle porte à sa main une branche de joncmarin. Il eût été plus naturel de l'appeler Jonc -marin- a , M. &'?ige-o;-(7e ne Tapas voulu, soit pour éviter la ressemblance avec Jean-Marie Farina, soit pour tout autre motif poétique; car la mimique ne doit point s'opposer à la prononciation de ce nom propre.

Les chasseurs s'étant sauvés, Mirte-a, la reine, se livre à une foule d'exercices acrobatiques. Fils de fer, barres de fer,

coulisseaux , roulettes, planches savonnées , arbres à ressorts, en un mot toutes les ficelles de la mise en scène, tous les tours

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