‹ Musée ou magasin comique de PhiliponChapitre 49 sur 95 · LES PLAISIRS DE L OMI^IBUS · texte numérisé non relu

LES PLAISIRS DE L OMI^IBUS

nessinés par J.S. GrandriUe,

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Allons donc, conaucleu»', allons ttone!

[Le conducteur.) Voilà, voilà, un moment de patience — Montez, monsieur, il y a une place à droite : montez, madame, il y a une place à gauche. — [Les voyageurs effrayés.') Dtux personnes de plus! vous n'y pensez pas... — [Le concludeur .) Si fait ; messieurs , il y a deux places en se serrant un peu ; d'ailleurs le mouvement de la voiture vous tassera.

Les nouveaux venus sont à peine assis , partie sur ia banquette, partie sur leurs voisins, que le conducteur, sautant sur le marchepied, tire le cordon de la sonnette ; le cocher fouette en

jurant ses pauvres haridelles, le véhicule s'ébranle lourdement, soubresaute à chaque pavé, prend la queue des charrettes, accroche à droite, se fait accrocher à gauche, s'arrête à tous les embarras, s'arrête pour laisser descendre un voyageur, s'arrête pour en laisser monter un autre, s'arrête devant les bureaux de station pour changer de voyageurs, donner et reprendre des cartes de correspondance, fait tous les circuits voulus par la police, et parcourt en soixante-cinq minutes un trajet que vous eussiez fait à pied dans une demi-heure.

MUSÉE ET MAGASIN COMIQUES

Plaisirs de rOninibus.

l'atuiucleuf! eontlueleu»'.' — Comttlel.

Vous êtes allé rendre visite à votre tante ou à quelque ami qui demeure à la barrière du Roule , au Jardin-des-Plante3 ou bien à Passy ; le temps était beau , vous pouviez y aller en vous promenant , cela vous eilt fait du bien ; mais les omnibus sont si c^immodes! Vous avez pris un omnibus, et vous disiez en chemm : — C'est vraiment charmant de faire une semblable course pour 30 centimes! Est-elle heureuse, notre tante ! elle jouit du bon air, elle est à la campagne, elle peut venir à Paris quand elle veut; sans embarras d'écurie, sans dépense de cocher, elle a un équipage à ses ordres, et un équipage à deux chevaux! J'ai envie de venir habiter un faubourg ; je partirai le matin pour Paris, et je reviendrai dîner au frais, à l'ombre des platanes, cela sera délicieux. . . et , le soir, quand il nous plaira d'aller au spectacle , cela sera facile , car les omnibus marchent jusqu'à minuit.

— Madame votre tante, que vous initiez à ces beaux projets,

sourit en vous écoutant ; elle sourit encore en vous faisant ses adieux. Vous allez voir le revers de la médaille.

Pendant votre visite, le temps s'est mis à l'orage , il pleut par torrents, vous attendez avec impatience le passage de l'omnibus... bon, le voilà!... Non, celui-ci va dans une direction opposée à votre quartier ; d'ailleurs il est complet. . . En voici un autre; vous lisez sur sa girouette de fer-blanc : Palais-Royal, la Bourse; c'est bien votre affaire.

Cocher ! cocher ! arrêtez ! . . . arrêtez !

Complet ! s'écrie le conducteur avec la plus digne impassibilité.

Deux, trois omnibus se succèdent ; — Complet! complet! crient toujours les conducteurs . et vous êtes forcé de faire deux lieues dans la boue, par la pluie, à pied , traînant votre aimable famille, maudissant la banlieue et l'invention des voitures à six sous.

MUSÉE PHIIiIPOM

Plaisirs de l'Omnibus.

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Hè, hé! pst! cocher, enchéri

Par une chale-rde trînte-deux degrés, vous courez après un omnibus endiab é qui passe vide, mais qui passe à un mille de votre nez ; vp-is ^-esticulez, vous agitez votre chapeau ou votre mouchoir A<- poche comme un naufragé qui aperçoit une voile... Yains effoiis! le cocher dort sur son siège, le conducteur dort dan:5 isou coin , la satanée voiture file ,son nœud , et vous cov^iz toujours, suant, criant, haletant... Enfin, vous l'atteignez , ot vous escaladez le marchepied , au risque de vous rompre le cou. . . — Où allez-vous? s'écrie le conducteur réveillé en sursn ut. — Au Palais-Royal. — C'est l'omnibus de la rue Saint-Lazure.

Il faut descei re et courir après un autre qui va peut-être aux Batignolles ou a la p'ace Saint-Sulpice... Cependant l'heure de dîner vous presse voi's êtes harassé, votre enfant vous a cassé

les bras , la course vous a cassé les jambes , vous craignez une courbature ou une fluxion de poitrine , et vous vous décidez enfin a prendre le premier fiacre ou cabriolet que vous rencontrez.

C'est assurément une très-bonne chose que les omnibus , mais à la condition de n'être pas pressé de partir ni d'arriver ; à la condition de ne pas se tromper de voiture et de trouver de la place quand on en a besoin; à la condition de n'être pas trop gros pour ne pas faire crier ses compagnons de voyage, et de n'être pas trop grand pour pouvoir placer ses jambes ; à la condition de ne pas se rencontrer avec des gens chargés de paquets, avec des nourrices ou des bonnes escortées d'enfants en bas âge, avec des rouliers qui ronflent sur vos épaules , avec des goujats qui sentent l'ail , le vin, ou pis que cela, etc., etc., etc.

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Sl'ITE DES AVEHlIltES SIJRPREM^TES

DE

FEU ROBIIVSOIV CRIJSOE,

^^arréea et dcasinéeM par M. CH.tlI.

Xous avons laissé Robinson occupé sur le bâtiment à dresser l'inventaire de son héritage.

Ayant tout embarqué dans une malle , il se dirigea vers sun île , où il débarqua sain et sauf. *

Après plusieurs voyages du même genre , il se trouva possesseur à fort bon marché d'une assez riche garde-robe et d'une quantité de rneul)les de voyage qu'il se donna l'innocent plaiser d'entasser de façon à en former une petite maisonnette.

Bientôt, cependant, il se trouva trop à l'étroit dans ce domicile provisoire, et prit le parti de construire un hôtel.

Comme il avait tout le temps et tout le terrain nécessaires , comme les matériaux et la main-d'œuvre étaient à fort bon marché , et que d'ailleurs il n'avait pas à payer l'impôt des portes et fenêtres, il résolut de ne pas regarder à la dépense, et il éleva un magnifique bâtiment qui fait encore aujourd'hui l'admiration des étrangers.

C'est l'hôtel Robinson , meublé , dans lequel on compte six chambres de garçon et deux chambres de fille , salle à manger, salon, cuisines, écuries et remises.

Robinson garda pour lui une chambre de garçon et se proposa de louer le reste à l'occasion.

Mais une chose contrariait énormément le propriétaire de cette charmante habitation ; c'est qu'une f iule de spéculateurs , pour qui rien n'est sacré, ni le malheur, ni le mur le plus neuf, ni la coquette maison blanche aux volets verts , s'obstinait à salir ses murailles d'afBches jaunes , rouges, bleu-de-roi, vertpistache, etc., etc.

Robinson trouvait un matin le placard lupanarien du docteur Charles Albert. — Il l'arrachait.

Le lendemain, c'était l'affiche de M. Leperdriel, pour ses fameux petits pois ou pour son papier inodore.

Puis les demandes des bureaux de placement, de remplacement et de dégagement.

L'annonce d'un journal pour les enfants en sevrage, qui donnait en primes quarante-deux bourrelets , cinquante biberons en tétine de vache et une bibliothèque de 3,000 volumes.

Robinson arrachait tout cela ; mais il avait beau faire, les marchands d'orviétan se levaient plus matin que lui , sa maison ressemblait toujours à une monstrueuse carte d'échantillons.

Il finit par s'en consoler, car un autre soin absorba toute son attention ; sa garde-robe s'en allait , ses habits souriaient aux coudes et riaient aux éclats dans le dos. Que fallait-il faire? Écrire à son tailleur? Ces gens-là n'en finissent pas ; il fit mieux,

il s'habilla lui-même : il se fit une sorte d'habit un peu large du

nUSEC PHII.IPOIII.

haut, mais très-large du bas. C'est l'habil-redingote que le célèbre Huinanii a réinventé dans ces derniers temps.

Un affreux tremblement de terre survint à cette époque , et manqua de faire crouler l'hôtel Robinson : le malheureux propriétaire en fut tellement efTrayé, qu'il fut pris lui-même d'un tremblement et se mit au lit , bien résolu à ne recevoir personne.

P venu à la santé , il sortit un jour pour prendre l'air; et comme il réfléchissait à cette circonstance assez triste que personne n'était venu savoir de ses nouvelles, il découvrit sur le sable, près de chez lui, la trace évidente du passage de quelque créature humaine.

Cefi l'eff.'aya plus encore que le tremblement de terre , et cert( ! il j- ivait bien de quoi l'effrayer. Jusque-là il avait été L ;:ul roi, le plus riche, le plus puissant, le plus beau, et le plu aim.ible de son île... Qu'allait-il devenir? l'humanité se drt|?sait Jevant lui escortée de ses légions de querelles, de discu!,ï ions, de jalousies, de cancans et de mauvais tours. . . Il voyait déjà la ..ecessité de défendre son bien , sa peau et son honlifmi ...

— Hé quoi ! s'écriait-il, faut-il déjà rentrer dans la civilisation ! \ ais-jB revoir des uniformes, des moustaches, des croix d'honiicur, lies tambours-majors, et toutes ces autres niaiseries... Vat-on 1:1 imposer, me recenser, et me faire monter la garde I Oh ! 'h ' là! Oh! là! là!

Et il voulut en avoir tout de suite le cœur net. S'armant donc de son fusil, comme il convient de le faire quand on s'attend à rencontrer des hommes dans un lieu écarté , il se mit à parcourir son île.

Grâce à Dieu, le danger était moins grand qu'il ne l'avait redouté : il n'avait point affaire aux hommes civilisés, mais seulement à une société de sauvages venus d'une île voisine pour se divertir, donner un bal de jour et faire un léger repas dont un autre sauvage allait composer le menu.

Un peu piqué de n'avoir pas reçu d'invitation, Robinson qui , en qualité d'homme civilisé, tirait fort bien , annonça sa présence par une décharge de mousqueterie.

Les sauvages s'enfuirent épouvantés , laissant sur la place un mort et un vivant. Le vivant se trouvait être le jeune sauvageon destiné à servir de veau dans le repas projeté.

Robinson le fit prisonnier, et l'attacha à son service en qualité de groom. Vendredi (tel est le nom dont son maître le baptisa) paraissait aimer un peu bien la chair fraîche, et peut-être n'eût-il pas été fâché de convertir bon maître en beefsteacks.

MUSEE ET MAGASXN COMIQUES

N'oublions pas de mentionner cette particularité intéressante, qu'un jour, dans un des voyages d'agrément que Robinson, suivi de Vendredi, faisait sur son île, il fit rencontre d'une livraison du jl/wsée P/j?/?/307i, qu'il trouva excessivement bête (le malheureux avait entièrement perdu l'habitude des choses spirituelles). Vendredi s'en amusa beaucoup... E en fit des cocotes, de petits bateaux et des cornets pour serrer son tabac.

Les sauvages, qui se trouvaient probablement dans la saison des bals , revinrent de nouveau sur l'île de Robinson. Soit'po'ur jeter de la variété dans les services, soit pour satisfaire au besoin de régime de quelques invités, on avait apporté des viandes blanches en la personne d'un aimable Espagnol.

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Robinson fit de nouveau briller son joli talent de tir aux pigeons , ce qui épouvanta fort et Vendredi et les pierrots du voisinage ; deux sauvages restèrent encore sur le carreau, et l'Espagnol fut délivré.

On délivra également le père de Vendredi , qui figurait au nombre des comestiL-'^^s. — La famille de Vendredi était, à ce qu'il paraît, un plat fort recherché. Robinson se vit donc à la tête de trois grooms.

Mais il fut obligé de rappeler plusieurs fois à l'ordre Vendredi et son père ; il dut s'appliquer à les persuader qu'il était un peu coriace, car la vue du maître leur donnait toujours des idéi s gastronomiques. ^

MUSÉE PRISiIPON.

Le père de Vendredi fut utilisé comme bête de somme. Enfin , comme l'île de Robinson était le rendez- vous de tous les brigands des quatre parties du monde, elle fut envahie par

des matelots révoltés qui débarquèrent pour y pendre leur capitaine.

Robinson recourut cette fois encore à son redoutable feu de

peloton ; le capitaine fut légèrement blessé , et les matelots prirent la fuite.

Néanmoins Robinson courut après eux , les rejoignit et leur fit un discours sur les charmes de la solitude et sur le désagiément d'être pendus en Angleterre s'ils se rembarquaient ; touchés et attendris, les matelots consentirent à rester dans l'île, dont Robinson leur fit présent avec le plus grand plaisir.... Il poussa même la générosité jusqu'à leur faire cadeau du père de Vendredi.

Quant à lui, Robinson, il s'embarqua avec le capitaine, emmenant Vendredi , qu'il vendit à bon compte , en Angleterre , où il vécut parfaitement heureux , exempt de femmes , d'enfants , et de toutes les infirmités qui font le charme de la vie civilisée.

CROQUIS DIVERSi

Par GAVARIVM,

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