IIILIE ET ME RESSOURCES DU FUS RIIROÛIIET
Tarata, ta, ta, ta, ta... bsing... boun... Holà... tsing! tsing! tsing ! Taratata!... Messieurs et mesdames; voici l'étonnante, mirobolante et ébouriffante existence de Jujube Bilboquet . fils de l'illustre Bilboquet, le même qui eut l'honneur de travaillierre devant monsieu le mairrrrrre de Meaux qui en a été si content !
Cet incomparable et triomphant rejeton a pris naissance sur un tapis, au carré des Champs-Elysées, par le 6T degré de lassitude de madame sa mère, laquelle venait de se livrer à un grand écart par trop consciencieux qui hâta l'cchéance de la dette qu'elle avait contractée avec la nature.
A peine au sortir du sein maternel , le petit Bilboquet
pleurait partout , sans balancier, et tétait à bras tenlus,... vers sa nourrice.
Bilboquet habite le sommet d'une échelle , n'ayant pour tout a])pui (jue le menton de galoche de M. son papa.
La mère Jujube était la gloire de cette famille de saltim-
ban:iues.
Falhiit-il faire des armes avec 7«(?S5/eî/?'ses les militaires,
Porter des poids de cinquante à l'extrémité de la chevelure ,
Tenir une épée en équilibre sur son nez ,'
Danser sur la corde roide avec et sans balancier ,
Elle était toujours là pf^te à faire l'admiration de messieurses
les matons et de mrssirurses les militaires.
A 58 mois, vers la fin de son premier lustre, le jeune Jujube-
Plus tard, il se réfugie sur le sein de sa mère!... et s'y livre à l'étude de la cachucha, et d'une foule d'autre pas qu'il s'efforce de rendre plus ou moins andalous.
Son père, sentant le besoin de donner à son fils une éducation en rapport avec les progrès de l'époque , lui enseigne le saut de carpe, la danse sur la corde roide et la manière de saluer le monde d'une façon respectueuse.
MUSBE PHZZ.IPON.
Petit à petit il le nourrit de la pratique des petits poids de cinquante , et l'initie à l'art d'extirper les molaires , canines et autres , d'avaler les clous sans les mâcher, et de n'avoir pour toute nourriture publique que des pierres à feu , des lapins crus et des poules vivantes.
A l'âge heureux de quatorze ans il mâchait déjà des lames de poignards , déjeunait avec des épées en salade , et exécutait sans balancier tous les tours à'adraups et de faoûrce , à Yhis/ârre du fameux Hcr kule dit Mi/ion de Cretonne . Lorsqu'il connut à fond les procédés à employer pour construire les femmes co'ausses , et la manière de confectionner les veaux à trois têtes , le père Bilboquet lui annonça qu'il lui avait trouvé une p'ace aussi vacante que publique; dans le quartier Saint-Marcel , où il le pria d'exercer le métier d'escamoteur en attendant qu'il pût lui succéder en qualité de saltimbanque. Transporté de joie, le jeune Jujube allait sauter à pieds joints par-dessus le cou de son père, lorsque celui-ci le congédia
en lui octroyant sa bénédiction et un coup de pied qui voulait dire, par s n application :
Jujube Bilboquet , installé sur la place Maubert , y exerce, sous la protection immédiate de M. le préfet de police , la protession aussi peu honorable que lucrative d'escamoteur.
Adii'U , mon li's . adirii , .\ la f;r:;cn île Dieu !
.\dicu !
A l.n grâce de Dieu ! ! . .
Veste (le hussard à boutons bombés et à manches retroussées, pantalon garance , chapeau de feutre , foulard à la Colin , tel est le costume. Le matériel se compose d'une table sans tréteau ; sur cette table se trouvent trois gobelets , des paquets de poudre dite à gralter, des livres de tours , et surtout la petite baguette de Jacob, le sac à la malice et la fameuse poudre de Perlimpinpin.. . Il faut l'entendre , c'est le moment. . .
— Ah! »a»'Wewr/ messieurs et dames, en voici bien d'aneaulre! Et d'ai)ord, à vous qui voulez du nouveau et du beau , je c^mmence par vous dire que je ne suis pas plus sorcier qu» magicien ; seulement je puis me vanter d'être le seul possesseur desecrets dérobés tant à l'art qu'à la nature. Ces secrets , qui n'en seront plus pour vous, si vous achetez le petit livre que voici , ne se trouvent ni dans le petit Elella ni dans ]e grand Albert! Ils sont ma propriété ! je l^s dois à un ox-confrère , aujourd'hui prestidigitateur du roi de Maroc.
Ce petit ouvrage les dévoile tous , ni plus ni moins I "Vous y verrez : 1° la manière de rendre les personnes somnambules, et de les faire répondre à toutes vos questions ;
2° La cuisine infernale! ou les moyens de retrouver tous les objets perdus dans une omelette soufflée;
3° La danse des œufs! qu'il ne faut pas confondre avec la danse du panier ;
4° La seule manière de connaître la véritable signification des rêves et de fabriquer du cirage anglais.
Vous y trouverez aussi la recette du ne composition excellente et peu coûteuse pour détruire les insectes , anéantir les durillons et blanchir les liuffl teries de la gardf nationale.
Mais, avant tout, vous me direz : Que viens-tu faire sur cette place? Ce que je viens y faire , messieurs? c'est bien simple , le voici : examinez bien , et lâchez de ne rien perdre de ce que vous allez voir et entendre.
Rien dans les mains , rien dans les poches ; attention ,'... ouvrez 1rs yeux, car j'ai les miens dans mes doigts. Voici le départ
MUSEE ET MAGASIN COMIQUES
des muscades!... La première se nomme passe, et va voir au Grand-Caire si j'y suis... la seconde , contrepasse; je l'expédie au puissant prince de Monaco ; la troisième , vous ne la voyez déjà plus , ni moi non plus... disparue ! ! ! ! ni vu ni connu, je t'embrouille!... En attendant qu'elle reparaisse, je vais parler de ma poudre dite À ^7'a//«'. . . Cette c imposition amusante donne lieu à une foule de divertissements parfaitement reçus dans la p;rande société. . Vous êtes à la noce , par exemple ; les jeunes filles ont beaucoup dansé, les mamans sont fatiguées de parler. . . on ne sait plus que faire... Avec ma poudre, vous devenez le boute-en-train de la maison. Vous en répandez çà et là, par-ci, par là, sans en avoir l'air, et vous jouissez immédiatement de la réussite de votre entreprise : la mariée se gratte, le garçon d'honneur se gratte, le marié, le beau-père, la belle-mère, les musiciens, les garçons, tout le monde se gratte. . et vous de rire, pour prouver combien vous vous amusez. . .
Ce tour de bonne société convient particulièrement aux personnes spirituelles et aux dames du monde... Vous me demanderez sans doute : Combien vends-tu cette poudre agréable ? — ,Je ne la vends pas. Messieurs, je la donne ! Je suis pensionné de plusieurs cours très-étrangères pour en faire la distribution aux personnes qui voudront bien, avec la permission de 31. le préfet {il Ole son chapeau], venir me consulter dans mon cabinet de cartonomancie ; là je vous dirai, sans avoir recours au marque de café, le passé, le présent et l'avenir: affaire de ville ou de campagne, civile ou militaire; je connais tout... Avant-hier, appelé par la confiance d'une patrouille de la garde nationale, j'ai tiré la bonne aventure au guet .. Seulement, si, après avoir appris votre destinée, vous êtes contents et satisfaits, vous m'abandonnerez la faible somme de 2 sous, 3 sous, à votre générosité. Faites-vous servir ! . . .
Dégoilté d'une position aussi terre-à-terre, et sentant le besoin lie s'élever, Jujube devient paradiste et le pitre d'un directeur de ménagerie. Le grand talent da pitre est de lutter avantageusementà l'aide du larynx, des cloches, des tambours, du clairon, des cris et delà trompette avec les tambours, les clairons, les cloches, les cris et les trompettes des concurrents, qui réclament du public de l'endroit l'honneur de son auguste présence.
Jujube, qui veut goûter de tout, se fait enduire de cirage anglais et simule de son mieux, au moyen d'une chaîne et d'une massue, la férocité d'un sauvage venu d'une île déserte quelconque.
Touchée du sort de l'inlortuné Jujube, une jeune actrice d'un théâtre de boulevard qui passait par là le décide à se présenter au théâtre du Cir |ue-01yinpiquo pour y débuter dans l'emploi le plus subalterne des pièces militaires. Cet emploi ou noviciat consiste à ramasser les blessés.
Grâce à l'intelligence et au goût qu'il apporte dans l'exercice de ses fonctions. Jujube parvient à quitter l'état de ramasseur de blessés pour pa?ser dans les Prussiens et recevoir tous les soirs, en cette i:jualité, une frottée remarquable des figurants français.
Tourmenté par l'amour du théâtre, l'ambition et le pl;it de sabre. Jujube travaille nuit et jour le briquet, le bancal etVachc. Il devient de première force sur ce dernier instrument contonJant
MUSEE PHXI.IPON.
et se fait remarquer un soir par une exécution remarquable du combat du Drapeau.
C'Ji.rr'-
(Ce combat, créé en 1807, fit un effet immense et se replace depuis, avic succès, dans toutes les pièces militaires rlu Cirque- Olympique. )
Fier de son succès. Jujube demande au régisseur des comparses à passer dans les Français. Comme droit à cette faveur, il fait valoir les diinses qu'il reçoit depuis trois ans, en qualité de Prussien. La justice de cette demaTi'Je étant prouvée, et Jujube ayant jusiifié SCS travaux spéciaux, le régisseur refuse net.
Jujube, furieux, rompt avec le Cirque et se décide à entrer comme Cassandre au théâtre des Funambules. En cette qualité, il accueille, sans broncher, les coups de batte d'Arlequin, et tombe 360 fois par soirée sur la partie du corps que l'on appelait primitivement au théâtre partie vertébrale inférieure, et postérieurement l'endroit où le dos perd son nom... Jujube a un succès fou.
son épine dorsale pour s'élancer dans l'étude des ouvrages nouveaux des vaudevillistes modernes.
Cette littérature, dite légère, a pour base le cancan, partie intégrante de l'art dramatique actuel. Jujube avait eu l'occasion d'en apprécier les magiques effets sur le public des théâtres du Palais-Roj'al et des Variétés , dans les soirées où il allait prêter sa coopération en qualité de checa/ier du Inslre.
Dans son ingénuité primitive, le pauvre Jujube s'imaginait que, pour pincer le cancan dans les règles, il était m'cessaire d'être ou d'avoir été l'adepte de M. Bravard (de l'école de Droit) ou de M. Pelletan (de l'école de Médecine). Plein d'un noble orgueil , il se préparait à se préparer aux examens préparatoires , lorsqu'un camarade vint le tirer d'erreur en lui disant qu'il suffisait de prendre une inscription de cinquante centimes au bal de la Grande-Chaumière , laquelle inscription avait même l'avimtaye de pouvoir s'échanger contre un riz au gras ou une bouteille de bicrre.
Jujube alla mêler ses pas incertains aux pas trop certains de la troupe par trop folâtre qui encombre l'école de danse légère du boulevard Mont-Parnasse. Mais le pauvre diable n'avait pas assez pris connaissance du Code-ïerpsichore ; il ne possédait pas le secret de ces pas étudiés qui s'arrêtent juste à temps pour ne pas placer leur auteur dans une fausse position. Jujube, qui y allait de tout cœur, fut appréhendé au corps par un vigoureux municipal , et forcé de passer du violon du bal champêtre au violon de la Préfecture de police.
Le nouvel artiste profite des moments de repos que réclame
Devenu libre , Jujube abandonne les théâtres secondaires de Paris , part pour Meaux par l'entreprise des Messageries à l'usai^e de messieurs les troupiers : Talon , Semelle et Compagnie.
Arrivé dans cette ville, il figure dans la tragédie de Glocester et attrape une indigestion en s'amusant à dégarnir les branches de mûrier avec lesquelles il joue le rôle de la forêt de Westminster.
Jujube, devant jouer le soir même un notaire qui ne dit rien dans la pièce, repasse son rôle, fait vernir ses jambes en guise de bas de soie, se confectionne un jabot, un faux-col et des manchettes en papier Weynen, et se pose des favoris avec les débris d'un vieux manchon.
Au dénoûment d'Olèzina ou la Fiancée du Serpent vert, Jujube, frappé d'une singulière façon par le traître qui a oublié son
MUSÉE BT MAGAfiïif COMIQUES.
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Poursuivant le cours de ses succès, Jujube joue, à Bar-sur- Seine, Marius à Minturnes, en costume de général de la ivpu-
arme dans la coulisse, pose la main sur son cœur et tombe en disant : A moi! . . . Je meurs empoisonné.
Pour simuler des bottes de chevalier de sa patrie. Jujube cire une paire de bas blancs avec du jaune d"œuf et de l'ocre, et fait sécher le tout sur ses jambes en se promenant une heure sur le poêle du foyer des acteurs.
blique. Grande récrimination des lettrés de l'endroit, qui trouvent la couleur locale et historique tant soit peu négligée. Jujube ne perd pas la boule, s'avance fièrement vers le trou du souffleur, et s'adressant au public : —Messieurs, dit-il, en tirant un papier de sa poche , mon engagement , que voici , prouve que la direction m'a engagé à condition de jouer tous les rôles rn (jènèral.
Au dernier acte du Dèserlmr. Jujube, en représentation dans un village breton , se fait fusiller avec le sabre du garde champêtre.
Jujube s'associe une ingénue de rencontre pour exécuter avec elle tout le répertoire de M. Scribe , traduit en patois des pays qu'ils parcourent. Ils commencent par jouer, tous deux, Michel et Christine. Voici le moyen employé pour se priver du rôle de Stanislas , personiiage dont il est impossible de se passer.
Au moment où Stanislas doit entrer en scène, Jujube-Michel s'avance vers Christine et lui dit :
JtJiBE-MiCHEL — Tu ne sais pas , Christine?...
Christine. — Non.
JiJVBE-MicHEL — Je viens de rencontrer Stanislas qui m'a (lit de te dire :
( // chnnie. ) Piiur un sold.Tl qui n'en ;i pjs rus.i!;e , Ça gène un peu; punis, cependant, Malsré ce snrrroil «le basane Je chem'ne loujours g:iinient.
Désormais, sans risqu'^r d'allendre , Les malheureux à nmi pourront s'ofTrir, Car j'ai du fer pour les défendre Kt de l'or pour les secourir.
Et de l'or pour les secourir.
Il chante le couplet et débite toute la scène qui aurait dû être dite par Stanislas... à la scène de Stanislas avec Christine , Jujube-Michel recommence :
MUSEE PHII.IPOM
Ji'jiBE-MicHEL. — Tu ne sais pas, Christine?... Christine. — Non.
JtjrBE-MicHEL. — Je viens encore de rencontrer Stanislas qui m'a dit de vous dire :
( // chante. ) Sans murmurer,
Vdtre douleur amérc Frapp'rait mes yeux!. . Plulùl lout endurer, Moi, j'y suis fait; e*esl mon sort ordinaire : Un vieux soldai doit souffrir et se l.iirc Sans murmurer, Sans murnmi'er.
Et ainsi du reste, jus(}u'à la fin de la pièce. Le public applaudit beaucoup, et n'y comprend rien.
Enhardi par ses essais, Jujube se fait directeur et part pour l'Amérique, où il fait construire un théâtre. Pour se créer une claque à bon marché , Jujube fait peindre sur les murs qui entourent les galeries une foule de spectateurs qui applaudissent.
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Le Jour de l'ouverture , au milieu des acclamations universelles , Jujube est forcé de se retirer sous une grêle de noix de coco qui lui tombent sur la tête , et il se demande si c'est la manière d'applaudir de ce peuple primitif.
Victime d'une affreuse couleur , Jujube épouse une négresse qui devient bientôt sa bête noire.
Revenu des îles, et de ses idées sur le théâtre, Jujube s'établit extracteur de dents.
Bientôt il invente un nouveau procédé à l'aide duquel il opère instantanément l'extraction des plus dures molaires sans éprouver la plus légère douleur.
Mais il ne tarde pas à dire un éternel adieu aux voyages, et revient à Paris, où il s'établit professeur de déclamation, de bâton, de savate et de bonnes manières.
Hélas ! rien ne devait lui réussir, la déclamation est passée de mode, tout le monde connaît les tours de bâton , la savate et les bonnes manières sont enseignées partout : dans la littérature moderne, dans le feuilleton des Débals, partout !
Jujube décline , il se fait allumeur de chalands pour les marchands de chaînes de sûreté.
Marchand de billets de spectacle moins chers quau bureau.
Marchand de porte-cigares et cigarettes à 15 centimes.
Il haisse encore, et se fait ouvreur de voitures.
Vendeur de places à la queue des spectacles.
MUSEE ET MAGASIN COMIQUES
Puis, devenu tout à fait vieux , il se retire des affaires avec une très-honnête misère. Faute d'enfant , il élève un chien, l'adopte, et lui fait partager les fruits de la brillante éducation qu'il a reçue dans son enfance.