‹ Musée ou magasin comique de PhiliponChapitre 85 sur 95 · COURSE · texte numérisé non relu

COURSE

La volubilité du langage est souvcin nuisible pour soi et plus souvent incoinpiiheusible pour les autres.

PARTUAN.

La nation la plus orgueilleuse est forcée d'abaisser son arrogance devant l'ennemi géni reux qui, après l'avoir vaincue, embellit ses domaines et rehausse sa dignité.

Quatre-vingt-dix-fiuit pages sont toutes remplies de pareilles moralités équestres; mais hàton.s-nous de déclarer que l'auteur n'a pas voulu laisser à l'arbitraire l'interprétation de son cours, il l'a fait suivre de notes explicatives dans le genre de celles-ci :

CASSE-COtJ.

On peul.saus être taxé di- pnlirounerie, ne pas être le bourreau de son corps et être un casse-cou raisonnable.

PARTlSA-\.

r.e cheval Partisan est d'une rare pure et d'origine ai»|îljlse. On le crut d'abonl itidoiiipijblc. Le lini de son éiiiic:ui<in démouire le conir.tire, et, loin que la privation d'une liberté dont il abusait le rendit informe, il excita radmiratinn générale ; toutes ses poses sont devenues gracieuses et tons ses mouvements réj^uliers.

Les Passe-Temps équestres se terminent par la musique également équestre de M. Paul Cnzent.

PE FMIJL0S0PÎ31:G ÉQTJBSl'BJE ET D'ÊQUlTATaON IÏTTÊBAIHE,

( La scène se passe au niaiiOye Peu lié. ) PERSONNAGES: le Professeur, un OfBcier, un Soldat. — - PEaS3NNAGES MUETS : Partisan et d'autres élèves.

Le Professeur. — Mon officier, me feriez- vous l'honneur de me dire ce que c'est qu'un bridon ?

L'Officier. — C'est une lanière qui s'adapte immédiatement aux extrémités latérales de la barre du mors.

Le Professeur. — Cette définition est, certes I très-satisfaisante ; mais si vous aviez lu mes Passe-Temps équestres , vous sauriez , par mon aphorisme -bridon ( page 41 ) , que •• la nature nous a faits pour vivre en société et non pour vivre seuls. »

lités de mon équitation ; et voici pourquoi tous les officiers qui ont monté à cheval jusqu'à ce jour ne savent pas monter à cheval du tout... Vous croyez naïvement que le bridon est une lanière , tandis que c'est tout simplement un des principes de la nature, une des essences essentielles de notre vie matérielle et suciale. Pénétrez- vous, au préalable, de cette idée , et faites-

Voilà que je vous mets à découvert une des nombreuses subti-

moi l'honneur et l'amitié , mon officier , de me dire ce que vous entendez par un cheval qui fait l'action de caracoler.

MUSÉE PHII.IPOM.

loS

L'Officier. — C'est un cheval qui se livre, dans un infiniment petit espace de temps, à presque toutes ses allures... sans distinction ni règlement de ces mêmes allures.

Le Soldat. — Mon ofticiir y barlo comme ain lifre!...

Le Professeur. — Ne pouvons-nous donc conclure de là, comme dans mes Apliorismcs , page 43 , que •■ la fatuité es! vn hommagr rendu par ignorance au talent.. . ••

Le Soldat. — Moi pas rentre di tout hommache au talent.

Le Professeur. — Taisez- vous , militaire, s'il vous plaît, et lisez mes Aphorismes...

Le Soldat. — Moi pas safre lire...

Le Professeur. — Lisez-lestoutde même... Pardon, monofficier. . . si vous voulez le permettre , nous allons continuer. . . Qu'entendez-vous par casse-cou ?

L'Officier. — Un homme de cheval , solide autant qu'audacieux... habitué autant qu'imprudent...

Le Professeur. — C'est bien , mon officier, très-bien. . .

Le Soldat — Ah ! foui , c'est très-p en.

Le Professeur. — Taisez-vous , militaire, s'il vous plaît, et ne parlez pas sans qu au préalable on vous en ait donné permission .

Le Soldat à part et en mvrmurant. — Sapre-mâtin ! . . . moi foxiloir tefichre à chefal mon sâpre dans t'fentre.

Le Professeur. — Pardon , mon officier, si ce militaire ma interrompu... Mais reprenons... et nous dirons [même page 43) que non-seulement le casse-cou est imprudent et audacieux , mais que •■ le corps ne doit pas être la dupe de l'immortalité de l'âme. -

Le Sold.at. — Moi pas safre di tout ce que fouloir tir le...

cuyer.

(L'officier reste quelque temps pensif... et pousse un long

MU

soupir

Le Professeur. — Mon officier, au préalable nous allons donner à la leçon une tournure d'agrément qui prêtera du charme, je l'espère, à sa monotonie habituelle... Veuillez, mon officier, m'exprimer ce que vous entendez par cette coquette cavalcade , gracieuse partie de nos carrousels... qu'on appelle contredanse.

MUSEE ET MAGASIN COMIQUES

L'Officier. — On entend par contredanse la réunion de cinq figures dansées... par quatre ou huit personnes.. . cavalières et cavaliers... le pantalon... l'été... la poule... la pastourelle... le final...

Le Soldat. — La culotte... la pelle saisson .. le poulette... la petite démoicel ... et le galopate. . . Connu !..

Le Professeur. — Militaire, laisez-\ous pi-nalab/cnwn/ , s'il vous plaît.

Le Soldat , à jmrt , en murmuran/ - — Moi fouloir ic flanquer a chéfal mon sâpre clans Ifentre.

Le Professeur. — Très-bien , mon officier. .. Mais permettezmoi d'ajouter, avec nion aphorisme... que •• la gaieté qui se raliwlie à la raison a le double avantage de plaire et dinsU~uire. . . » Nous passerons de suite, mon officier, à un exercice dandy... qui est hérissé de difficultés et de dangers.... la course au clocher

Le Soldat. — Moi pas sâfre courir à chefal dans les claugersl...

L'Officier. — Etant choisi au hasard... un clocher dans la campagne... Le premier cavalier arrivant... par toutes voies quelconques... est reconnu gagnant du prix proposé...

Le Professeuh. — Certes, oui, mon officier ; mais, au préalable, n'oubliez pas que » c'est empiéter les décrets suprêmes que d^ exposer son présent et son avenir au mépris de la natui-e et des arts... ■■ [Page 50.)

L'Officier. — Très-bien (à part: Le diable si je comprends! ).

Le Professeur. — Que pensez-vous , mon officier, d'un c;ivalier qui se laisse désarçonner?

Le Soldat. — C'être pas hun gavalier.

Le Professeur. — Taisez-vous , militaire, s'il vous plaît.

L'Officier. Je pense que cet événement peut devenir compnimettant pour sa personne...

Le Professeur. — Très-bien. . . très bien. . . très-bien. . — -et nu on est étranger à tout sentiment profond quand , sans motifs plausibles , on se détache de la foi jurée. « ( Pag. 52 et 53.)

(L'officier, ici , ouvre de grands yeux et commence à être fort étonné... Le soldat bourre sa pipe... Pendant ce temps l'officier reprend ses sens... )

Mon officier, que feriez-vous à un cheval qui vous détacherait une ruade t

Le Soldat. — Moi , je l'enleferais avec le pridon , ferme ! et je lui flanquerais une ponne attaque d'éperons. . .

Le Profe-sseur. — Au préalable... je vous répéterai que ces

leçons d'équJtation philosophique ne s'adressent point à vous

Je donne ces leçons pour qu'elles vous soient transmises après. . . L'officier a la complaisance de me prêter le corps d'ofliciers de cavalerie française pour en faire mes répétiteurs ordinaires... je le remercie infiniment de son extrême bonté et, au préalable, je vous reprie instamment de vous taire, militaire s'il

vous plaît... [Le soldat grogne . Moi fouloir, etc.) — Mais, mon officier, n'oubliez pas {]mge 53) que ■• le malavisé qui répond à vos procédés par des impertinences na nul droit à vos égards. . . > Et pour la ruade elle-même (page 90), <• l'esprit a ses débordements quand il n est pas contenu dans les limites du i-espect. . . - Ces maximes posées, mon officier, je vous demanderai la permission de ne pas vous adresser de question, et de vous donner de suite une idée nette de l'énorme responsabilité sociale del'écuyer... et j'espère que mon aphorisme , toujours pris dans mes Apftorismes... satisfera complètement votre intelligence. Écoutez bien, s'il vousplaît, et pénétrez-vous... [le soldat se rapproche d\m air curieux] : " Celui qui manque à ses engagements d'honneur est d'autant plus criminel... quil est certain de n'être pas traduit en justice. " [Page 57. ) — [Satisfaction affectée de l'officier et du soldat. ]

Et, profitant de votre admiration, mon officier... j'ajouterai encore pour l'équitation [page 51) : " La considération que l'on doit à la vieillesse n'oblige point à jiartager ses erreurs ; on doit se servir de son crpérience pour discerner le mensonge de la vérité et s'élancer vei's le progrès de toutes ses forces!/!! - Je vais demander, au préalable , à monsieur l'officier, la permission de commettre une petite digression , et lui dire , à propos du gras de jambe. . . une de ces pensées difficiles à rencontrer dans un cerveau ordinaire... Gras de jambe [page 10] : ■> On peut attendre au lendemain si l'on est porteur de

mauvaises nouvelles ma7s si elles sont

agréables , il faut s^empresser de les annoncer... " ce qui n'empêche pas la haquenée {page 71 ) d'être le » piédestal du foyer où certains bâtards prirent naissance et

MUSEE PBII.ZPOII

nous verrons alors [page 72 ) qu'au haras « les illusions de la jeunesse s' évanouissent peu à peu devant l'âge mûr, et cèdent la place à la triste réalité... •• Naturellement conduit du haras au manège... nous y voyons parfaitement... que... " quelques travers que l'on rencontre dans le cours de la zie , il faut marcher droit son chemin et proclamer la vérité à qui veut l'entendre. . . ••

Le Soldat. — Moi pas fouloir ententre di tout fous...

Le Professeur. — Militaire , je vous le répète encore , ne parlez pas, s'il vous plaît, sans qu'au préalable on vous ai; permis d'adresser vos léflexions au v^ailre. M. Gaussen , mon élève et ami , dans sa gracieuse préface , vous a appris que je suis un homme de génie... est-ce à moi de vous le rappeler!... Soyez respectueux pour le maître. . . mon ami. . .

Le Soldat. — J't'en fichtre!...

Le Professeur. — C'est bon... Si vous m'avez aussi bien compris que vous en avez l'air, mon officier, je vous dirai , au préalable. . .

(Ici entre un palefrenier^ )

Le Palefrenier. — Monsieur l'officier, une personne est là qui désire vous parler.

L'Officier. — Faites entrer.

( Entre un maréchal-des-logis. — Chacun se salue avec les égards dus à son rang.)

Le Maréchal-des-logis. — Mon officier, j'ai servi dans la cavalerie, j'ai été trente ans comptable... je ne trouve rien d'admirable comme la méthode Baucher... je demande à passer générai . ( Historique . )

( L'oflicier fait un geste , le sous-officier se retire un peu rouge. . . le professeur conduit ce dernier jusqu'à la porte. . . le chapeau à

la main... le sourire à la bouche... et lui fait présent d'un magnifique exemplaire des Passe- Temps équestres, broché en papier, orné de l'adresse de l'auteur, avec un portrait de Partisan sous M. Baucher.. . — Le tout couronné de la musique de M. Paul Cuzent.)

L'Officier. — Continuez, s'il vous plaît... monsieur Baucher...

Le Professeur. — Que pensez- vous de ce militaire , monoflScier? il a l'air noble et décidé...

L'Officier. — Oui , décidé à passer général.

Le Professeur après quelques instants d'hésitation. — Continuons , mon officier. Je vais arriver brusquement.... à la maxime-palefroi , et je prendrai plaisir à vous apprendre que ■' le nom est le souffle de l'homme , la chose le souffle de la nature : le premier s'' envole et le second reste. . . ■■ ( Page 81 . ) — Ce que vous comprendrez aisément, si vous voulez bien avoir la complaisance de vous mettre au pas... « Car le calme est indispensable pour la méditation. . - [PageS\.]

Ici l'officier est surpris par une boutade de son cheval... qui s'est élancé sur le professeur pour le presser dans ses bras... Ce témoignage d'admiration pour le maître a failli compromettre l'existence de l'officier, qui vient de prendre la cmçineme rêne... Le maître adresse cette parole mémorable à son illustre élève : •• La science met sur la même ligne le pauvre et le riclie... FI faut apprendre pour savoir... " [Page 89.)

Ces paroles flattent sans doute la vanité du cheval... qui lance une ruade terrible sous l'officier... Celui-ci tient ferme des genoux, et le maître lui dit d'un œil sardoniquement goguenard et normand :

— Je vous l'avais préalablement appris... " L'esprit a ses débordements quand il n'est pas contenu dans les limites du respect... " {Page 90.)

Le cheval de l'officier est tellement gonflé par ces paroles , qu'il franchit le soldat qui ramassait sa pipe... aussi franchement qu'une barrière... le maître s'écrie: " Les sentiments et l'intimité ne sont réels qu'autant qu'ils aident et secourent la bonne Joi qui réclame leur assistance. » ( Page 91 . )

MUSEE ST MAGASIN COMIQUES

L'i^KFiciER. — Heureusement que j'avais une spJIe (jue je connaissais bien . . .

Le Prokesseuiî — •■ O71 ne connml les amis qu'après les avoir mis à rrprr-uve. ••

I L'ofïicier, le soldat et le professpur sourient à cet aphorisme, échappé de la page 92 des Passe-Temps équestres. toujours... Alors l'officier s'arrête et descend de cheval légèrement , sans le secours de l'étrier , en voltigeur. )

Le Professeur. — Bien! très-bien!... Et sachez, au préalable... que pour voltiger. . . » il faut joindre l'esprit à l'art pour captiver les faveurs du public et se rendre digne de ses suffrages. ••

L'officier applaudit à cette maxime et prie instamment M. Baucher de vouloir bien monter Partisan devant lui.... M. Baucher se met en selle, lève les yeux au ciel... Et du doigt montrant Partisan... il prononce la dernière sentenc» de ses Aphorismes :

•• P.^RTISAN.

•• La nation la plus orgueilleuse est forcée d'abaisser .ion arrogance devant l'ennemi généreux qui , après l'avoir vaincue , embellit ses domaines et rehausse sa dignité. . . •■

Ici on entend dans les cieux la musique de M. Paul Cuzent, . . Le soldat monte à cheval pour suivre son officier... et il m fumera la pipe qu'il a bourrée qu'en rentrant au quartier. . . L'officier est allé déjeuner... et revient immédiatement après,,,

SECOJVnE ïïjECOm.

Le Prgfessel'r. — Bonjour, monsieur l'officier; avez-vous bien déjeuné î

L'Officier. — Très-bien , maUre...

(Le professeur salue le soldat... Le soldat reste fixe et immobile... et porte la main à son rouleau. Le professeur est charmé de cette marque de déférence militaire. )

Le Professeur. — Mon ami , à ctue seconde leçon vous pouvez. . . si l'officier le permet. . . vous permettre quelques observations... Pourtant, aMj9?ra/aè/e... je vous prierai d'en être sobre.

Le Soldat. — Nous sont... accoutumés à être sopre , au quartier...

( Cette naïveté fait sourire le professeur. . . mais de ce sourire qui caractérise les intelligences supérieures.

Le Professeur — Mon officier , donnez-vous la peine de vous asseoir, s'il vous plaît. [L'officier s'assied... Le soldat se tient debout et rebourre sa pipe. ] — Mon officier, à cette seconde leçon je vais m'occuper spécialement des progrès que j'espère faire faire à l'équitation militaire.

L'Officier. — Très-bien.

Le Professeur. — Occupons-nous du rassembler , si vous voulez bien le permettre. D'abord je vous dirai {page 94) avec ma méthode d'équitation , à l'article Rassembler ( épigraphe tirée de mes Passe-Temps équestres] : " Le mérite ennoblit la pauvreté , séduit tout ce qui rapproche et embellit tout ce qu il touche. " On a beaucoup parlé du rassembler , comme on a parle de Dieu et de tous les mystères impénétrables a la perception

MUSEE PHII.IPOM.

humaint-, elc. , tir., etc., etc., elc, etc., de, de, de, de.

L'OiiiciER — Très-bien ! très-bien !

Le Soldat. — Je goinbrends pas.

Le Professeur. — Ayant saisi tous les avantages de cette définition... je suppose l'armée française en présence de l'ennemi; en Afrique, par exemiile, oii chevaux et cavaliers sont prompts comme l'arbalète et la flèche... Hé bien , au commandement de marche... iju'anivera-t-il? Voyons... pardon, mon offieier... vous permettez? ( An soldai. \ (Qu'arrivera -t-il '.

Le Soldat. — Il arrifera qu'on tira marche et en afant ! housanl!... à mort et à la rintintin ! pu d' pétouins , nom d'un chien. Tiens, mauricaud , à toi c' contr' d' carte-là... Y a pas d' tout ça... j' connais pas tes yatagans; pare mon bancal... Maure-Mort...

Le Professeur. — Ça n'est pas cela... ça n'est pas cela du tout... Les chevaux reculeront et feront des flexions d'encolure...

L'Officier. — Mais quel avantage?...

Le Professeur. — Le voici...

( Le soldat écarquille les yeux , grogne et tire sa moustache. . . en passant sur le tabac de sa pipe bourrée son pouce , qu'il mouille de temps à autre avec sa langue. )

Le Professeur. — Il arrivera que les cavaliers , forcés de s'occuper de la précision qui doit présider à l'exécution de ce mouvement , le feront avec une grande pureté , et auront par conséquent tout le temps nécessaire pour réfléchir au danger auquel ils vont se livrer. . .

Le Soldat. — Et pendant c' temps-là les Pétouins y nous ficheront... une fol ée de poids ferts en plomb qui nous criplera la carcagnole...

Le Professeur. — D'abord , militaire , au préalable , je vous prierai de m'expliquer ce que vous entendez par... carcagnole...

Le Soldat. — La tête donc , fichtre ! parlant par respect , mon ofHciir.

Le Professeur. — Eh bien! alors , cela vous mettra préalablement du plomb dans la tête , et vous serez moins inconsidéré. . . ( Le professeur sourit de celte dernière plaisa?ile/-ie. Le soldat grogne dans ses dents: Moi fouloir te flanquer, etc.) — Je suppose encore... qu'un cavalier soit attaqué isolément par un cavalier bédouin... Au bout de dix petites minutes au plus, le cavalier aura rassemblé son cheval... Pendant ce temps , le Bédouin aura rassemblé d'autres Bédouins.

Le Soldat. — Et le cafalier sera f. .. fichu... pardon, mon officiir...

Le Professeur. — Non pas!... Mais la gloire qu'il acquerra à vaincre. . . se sera accrue du nombre de ses ennemis !

Le Soldat. — Merci , pien opliché ! . . .

Le Professeur. — Militaire ! si je vous ai engagé à faire des observations... au préalable je vous prierai de vous servir d'expressions moins choquantes pour la langue française, que je révère et que j'honore comme écuyer littérateur... Je sais, mon officier, ([u'il y aura bien des chevaux dérangés par la lourde et campagnarde main de tios braves guerriers... Mais alors on pourrait faire demander à l'émir une suspension d'armes afin de remettre... de réquilibrer... ces nobles animaux , faussés par la main de cet autre animal... l'homme! comme dirait M. de Buffbn. [L'officier paraît s'intéresser vivement aux discours du professeur. ]

Le Soldat. — Mais si le mir ne feut pas accorder la souppension ?

Le Professeur. — Il l'accordera !.. . l'Arabe est aussi noble dans l'adversité que dans la prospérité... Alors, mon officier... c'est là , c'est là seulement que nous saurons la valeur de l'équitation française. . . Loin de moi les souvenirs des écoles de Versailles... des La Guérinière... des Pluvinel... des Newcastle... Ils ne sont plus! ils ne sont plus !... Et si vous voulez le permettre, mon officier , je vais vous faire travailler à cheval... et en place... sans bouger... dans une chambre de six pieds carres. . .

Le Soldat. — Foui , maisafec vos quatre mains et fos quatre jampes !...

Le Professeur. — Comment ?

Le SoLD.iT. — Non ; fos deux mains et vos deux jampes , c'est assez pour être emparrassé,.. et vot' sapre?et vot' carapine? et vos pistolets ? et vot' paquetage? et vot' lance? et les chocs des chenoux dans les rangs? et les déplacements d'assiette à cause des coups de chenoux? et lescoups de fourreau de sapre qu'actionnent les caefaux ? et les coups d' pieds d' chefaux mourants dans les rano-s ? et les boulets de canon? et les ennemis chargeant à grand tremplement de cafalerie? et le pruit de la pataille, tonnerre! et la folie de la cuerre?... et les chefaux qui pertcnt la tête! Vous n' savez pas cela , fous , mon fieux.. . c'est pas vot' état. . . Vous croyez qu'on trafaille defant le Pétouin d'Afrique comme defant le Pétouin de Paris! Non , ma braf homme... C'est plus commote de toucher duchefal à quatre mains aux feux des quinquets qu'aux feux tes canons. . . C'est moi qui fous 1' dis, un ancien de la fieille. .. [Le soldat s'élance sur son cheval et se lance à fond de train dans le manège. ) Ah! ah ! ah ! ah ! là... là... là... hup... cs'cs'cs'cs'c'... la crise... contre Pétouins...

nnSEB ET KACASIN COIttlQDES.

saprez... pointez... ferme là.. . du collier... hup... \ [l fait des moulinets. I

Le Peofesseur. — Mais vous allez vous casser le cou ..[Le soldat s'exalte de plus en plus. ] Vous allez vous briser la tête. . .

Le Soldat. — Allons tonc... c'est rien qu' ça! hup! la crise contre Pétouins... Charchez... arrrrtrrche!...

Le Professeur. — Vous allez casser les jambes de votre cheval...

Le Soldat. — Arrrche la crise... ferme là... en afant, et des jampes... nom de nom !... ( Cheval et cavalier s^ahattent sur une des Iribiincs du manège. !

Le Professeur. — Je vous l'avais bien dit!...

(Cheval et cavalier se relèvent comme l'éclair. Le soMat touche de l'éperon les flancs du cheval, qui repart avec une nouvelle ardeur... Les naseaux soufflent... s'enflamment... et le soldat sabre à tort et à travers... Puis il laisse tomber son sabre... retenu au poing parla dragone... il tient la bride avec

les dents... et fait la manœuvre du mousqueton au galop. . en manœuvrant son cheval avec la tête et les jambes. . . il arrive à fond de train sur le professeur et s'arrête court dessus. . . en laissant tomber son mousqueton. . . enlève le professeur sur le devant de son paquetage. . . et lui dit : )

— Fous êtes ma priçonnier... nom de nom!

(Après, le soldat saute de cheval... offi-e poliment son sabre et son mousqueton au professeur...!

— Eh pien, nia fieux, faites-en autant et fous serez cafalier ; mais afant ça, faut apprendre le maniement d'armes! et puis encore aller à la tistripution chenérale tes tragées du pathcme du soldat!... et foilà l'enflé!... ce que moi guite de la fieille, je te propose... et j'te fas vlanquer mon sapre tans le feritre... pour te rire, si tu feux... en manière tetuel... à mort... pour s'amuçer. . .

(Le professeur sourit de ce sourire particulier aux intelligences supérieures... L'officier sourit... Le soldat rit... rit... rit., tombe sur une chaise et casse sa pipe... Le professeur rit beaucoup de cet accident... Le soldat se relève en grommelant dans ses dents ; )

— Moi fouloir vlanquer à toi, ciiyer. .. moi à cheval, mon sapre tans l'fentre!...

(Mais le professeur s'avance sur le soldat en laissant tomber ces paroles prophétiques... tirées de sa dédicace à M. Ernest Leroy : )

— Cest vous qui , indirectement , serez le propagateur de ma méthode , et /'Éducation de Partisan servira de fanal aux

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