‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 53 sur 53 · PLANCHE B · texte numérisé non relu

PLANCHE B

Num. 1. Nous donnons ici une copie du fameux bas-relief de FApotliéose d'Homère , prise sur le marbre original , et plus fidèle que toutes celles qui ont été publiées jusqu'à,

présent. Sans répeter les savantes observations faites par Cuper , par Schott , que Ton pourra lire dans le second tome du Trésor des Antiquités de Poleni , je me bornerai à donner l'explication de chaque figure , d'une manière analogue aux motifs qui ont dicté l'interprétation des statues des muses , et de leurs symboles , rectifiée d'après un examen réfléchi du monument. La figure num. i est Jupiter avec le sceptre , le diadème et son aigle -P num. 2 c'est Calliope , la plus digne des muses , celle qui convient le mieux à Homère ; elle est distinguée par les tablettes , pugilLares , comme nous l'avons fait remarquer , pl. 26. La muse num. 3 avec le volume est Clio , muse de l'histoire ( v. pl. 1 6 ). Celle du num. 4 > qui fait des gestes de la main droite , qui tient une lyre dans l'autre main , est Thalie , muse de la comédie et des festins. L'action de déclamer fait allusion à la comédie , et la lyre aux festins , comme nous l'avons indiqué , pl. 18. Le num. 5 nous offre Euterpe avec les flûtes, pl. 17. Le num. 6 est Melpomène , ou la Tragédie ; elle est voilée et chaussée du cothurne , comme l'autre figure qui est sur le plan inférieur , avec l'épigraphe TPAFilAlA. C'est la première fois que l'on remarque les cothurnes aux pieds de cette figure, et ils servent à déterminer le sujet, pl. ig. La fgure dansante du num. 7 est Erato , muse des amours et des fêtes de danse, pl. 21. Il n'est Musée Pie -Clé m. Voi. I, 25

pas trop évident à qui des deux muses peut appartenir la lyre qui est placée entre Erato et Euterpe. Si on l'attribue à Erato , alors notre bas-relief s'accorde avec beaucoup de monumens , entre autres les peintures d'Herculanum et nos statues: si l'on pense qu'elle appartient à Euterpe , ce sera un simbole nouveau pour elle , et en la joignant aux flûtes , alors il indiquerait sa souveraineté sur la musique. Le num. 8 est Terpsicore avec sa lyre et le plectrum , pl. 20. Num. 9 est Uranie avec son globe. Dans le num. 10 nous trouvons Polyninie , muse de la mémoire , enveloppée dans son manteau, pl. 25. Le num. 11 représente Apollon Citharède ou Musagète ; il est vêtu de la tunique appelée or thostade ; dans la main gauche il tient une lyre , et de la « droite le plectrum 3 à ses pieds sont le voile de Delphes , un carquois et un arc, pl. i5. Près de lui, num. 12, est la Pythia qui ne tient pas, comme on croit , un volume , mais un disque sur lequel elle présente à la divinité les offrandes qu'elle reçoit. Je pense que c'est Phemonoé, une des plus anciennes chargées de ce ministère , et à qui on attribue l'invention du vers hexamètre, pl. 27. Ces deux figures sont placées dans l'antre Coricius , ce qui à fait donner aux muses le nom de Nymphes Corycéennes. La figure num. 1 3 placée devant le trépied est , selon Spanhemius et Schott , Bias compatriote d'Archelaiis fils d'Apollonius sculp-

teur du bas-relief, comme ou lk sous la figure de Jupiter: APXEAAOS AIIOAAONIOY E1IOIH2E nPIHNEYS , Archelaùs de Prienée fils d'Jpollonius f. Le trcpied sur lequel il s'appuye , lui fut donné par l'oracle. J'ai proposé à la plane. 27 mes conjectures sur cette figure que je suis disposé à croire Olénus Liei us , fondateur des oracles de Delphes , qui sont représentés par le trépied ; cet Olénus fut le premier à employer le vers hexamètre dans ses chants.

Sur le plan inférieur, dans un portique, ou temple orné de tapisserie, on voit 0MHP02 , Homère, assis sur un trône, comme une divinité ( num. 16) à laquelle offrent des sacrifices plusieurs figures allégoriques de vertus et de sciences. Il est couronné par l'Univers, représenté par une femme qui porte des tours sur la tête , distingué par l'épigrafe QIKOY- MEH!^, au-dessous , au num. 1 4. Le num. 1 5 nous montre le Temps ailé , XPONOS , qui conserve, avec le plus grand soin, les ouvrages du poëte. Au-has du trône d'Homère sont as* sises , num. 17, la guerrière Iliade , IAIAS , avec l'épée , et au/21/m. 18, la nautique Odyssée , OAY2SEIA , avec un gouvernail de navire. Autour du marche-pied on voit des rats qui font allusion à la Batracomiomachie ; queU ques personnes croyent qu'ils figurent les critiques d'Homère. Devant ce poëte est un autel orné de crânes de victimes, de guirlandes ; on

croit apercevoir sur la plinthe deux lettres grecques A A ou AA. Dans le premier cas, selon Schott, elles sont le sigle du sculpteur, et signifient APXEAA02 AIIOAAONIOY , Archelaùs fils d' Apollonius. Dans le second cas , elles pourraient signifier le nombre xxxi, pour désigner le bas-relief du même auteur parmi les ouvrages , ou parmi les morceaux d'art qui appartiennent à la même personne , comme il y en a de fréquens exemples. Près de l'autel se voit un bœuf qui est la victime ) et au num. ig , en habit de sacrificateur, avec un vase sacré et une patère, est la Fable , repré* sente e par un jeune homme \ conformément au genre masculin du mot M Y ©02 qui se lit audessous , et qui en grec signifie fable. Il sacrifie à Homère , comme au plus illustre c'en vain du cycle mytique. Au num. 20 se voit l'Histoire avec un volume et l'épigraphe UTO- PIA , science étroitement unie avec le poëme épique ; elle regarde Homère comme son premier auteur chez les Grecs , et c'est par cette raison que son portrait est joint à celui d'Hérodote, dans un hermès double du Musée Capitolili. Au num. 21 la Poésie, II0IHSI2 , portant dans ses deux mains des flambeaux , assiste au sacrifice. La Tragé die, TPArûAIA, num. 22 , qui joue un si grand rôle dans les poèmes d'Homère, assiste aussi à cette cérémonie : on la voit avec un voile sur la tête et des cothurnes aux pieds, v. la pl. 19. Au num. 2 3

la Comédie , KûMûAÏA. , dans une semblable attitude , mais diversement habillée , est aussi présente , parce que dans les poésies de cet écrivain elle entre pour quelque chose. Enfin dans le groupe num. 24 son OY2I2, la Nature, figurée par un jeune enfant qui n'est pas encore corrompu par les préjugés, ni dans ses mœurs ; au num. a5 la Vertu , APETH, qui élève la main comme pour exorter; au num. 26 MNHMH, la Mémoire, toute concentrée en ellemême -P au num. 27 III2T1S , la Fidélité, avec le doigt sur les lèvres , tenant dans sa main gauche un volume de mémoires ou d'extraits, faisant application à l'exactitude d'Homère pour conserver la vérité dans les faits et les coutumes antiques j et finalement au num. 28 est * la Sagesse , 20<I>IA , voilée , ayant le menton appuyé sur sa main dans l'attitude de quelqu'un qui réfléchit (1). Il faut observer que

(1) Cette attitude de la main au menton me fait croire qu'au lieu d'un poëte ? c'est un philosophe 7 un. des portraits empreints sur la médaille de Pompéjopolis citée par Fabri 7 imag. 104. Il Ta cru Philomè.ne, poëte comique ; et l'autre Àratus ; en suivant l'opinion de Strabon qui range ces deux personnages parmi les citoyens les plus distingués de Pompéjopolis. Mais si Fabri avait réfléchi que le premier des illustres de Pompéjopolis ? dont parle le savant géographe ; est le philosophe Chrysippe 7 il aurait pu lui attribuer cette image plutôt qu'à Phiìomène ; comme ont fait quelques antiquaires; d'au, tant plus que l'attitude de soutenir le menton sur la main convient plus à un philosophe ; que Chrysippe eit

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les quatres dernières épigraphes sont Tune sous l'autre , et non pas deux-à-deux , comme dans les autres copies de ce marbre précieux.

B. num. 2. Nous représentons ici par deux motifs toute la façade du superbe sarcophage, où sont les muses, qui est dans le Musée Capitoliti. Le premier c'est pour rectifier les incorrections qui se remarquent dans la belle gravure qui est la 26 pl. du tom. IV de ce Musée ; l'autre a pour but de fixer plus sûrement , par l'examen et le raprochement des monumens , les attributs distinctifs de chaque muse. La muse num. 1 sera dont Clio avec le volume dans les mains , ce qui dénote l'histoire, v. pl. 16. Le num. 2 offre Thalie, muse de la comédie, v. pl. 18. Ses simboles sont le masque comique bien inconnaissable par sa caricature ; la houlette, emblème de la poësie pastorale , et sa chaussure moins élevée que les tragiques. Au num. 5 est Erato, dont la tête est ornée d'une espèce de coiffe ou filet tel que nous l'avons observé dans les portraits de Sapho , la nouvelle Erato de la Grèce , v. pl. 21. On a négligé de représenter cette coif-

plus célèbre que Philomène 7 et que Philomène > suivant quelques auteurs 7 n'était pas même de Pompëjopolis. Cette opinion est confirmée par un beau portrait 7 semblable à celui de la médaille cite'e, en marbre que possédait autrefois le chev. Azara. On apprend dans Juvenal combien les images de Chrysippe étaient fréquentes dans ks bibliothèques de Tancienne Rome.

fur e dans la gravure du Musée Capitolili. Cette muse est ici comme celle de l'amour , mais même de la philosophie. Euterpe se voit au num. 4"i ^es Aûtes sont son attribut, v. pl. 17. Le num. 5 nous montre Polymnie , concentrée en elle-même, comme muse de la mémoire. Elle était aussi la muse des fables et des pantomines. C'est pour cela qu'on la voit ayant un masque à ses pieds, dans un bas-relief du palais Mattei , que nous avons cité à la pl. 2 3. Num. 6 nous voyons Terpsicore avec une lyre, v. pl. 20. Sous le num. 7 est Calliope avec les tablettes, pugillares y sur lesquelles elle trace ses vers bien étudiés , v. pl. 26. Au num. 8 nous avons Uranie avec le globe, son attribut ordinaire , v. pl. 2 4. Enfin le num. 9 présente Melpomene dépouillée , dans la gravure du Musée Capitolili , de ses très-hauts cothurnes , qui dans ce bas-relief sont un signe distinctif de la tragédie, comme l'observa déjà Winckelmann en confrontant l'habit de cette muse avec celui d'un Hercule , principal héros tragique , sur un bas-relief de la Trilla Panfili , qu'il a expliqué dans ses Monum. ined., 11. 18g. On doit remarquer l'habit théâtral ceint d'une grande écharpe , son masque héroïque , et jusqu'à son attitude, v. pl. 19.

Observations de l'auteur, insérées dans le tome VII de ledit, de Rome.

Dans les explications de la table A. III 5 et A. IV 8 j ai suppose que cet hermès, avec mne barbe bouclée et la chevelure de femme, représentait Jupiter terminal. Cette opinion vulgaire est peu fondée. La plus grande partie de ces hermès représentent Bacchus barbu, ou des divinité de sa suite. Quelques-uns qui ont la barbe conique, et auxquels manquent les attributs dionisiaques , peuvent être pris pour des Mercures Spbenopogon ou à barbe cuneiforme.

Planche A. V. 9. Je suis fâché de n'avoir pas fait dessiner l'autre type, ni exactement déterminé la grandeur de cette singulière médaille de moyen bronze , que je crois inédite. On en connaît d'autres avec l'épigraphe NEPûNI AnOAAûNI ( Eckel D. N. tom. VI , pag. 276), et avec un type pareil ; mais la lettre KT1CTHC , fondateur , qui est ajoutée à cette médaille, me fait présumer qu'elle a été frappée à Mégare, ville qui se glorifiait d'avoir eu pour fabricateur de ses murs Apollon Citharède ( Pausanias , liv. I, ch. 4 2 )•

Pl. A. X. 19. Le demi-cercle que l'on voit sur le devant du temple de Paphos , dans les médailles et sur les pierres gravées , n'existe pas au petit temple d'or ici exposé, comme les expressions équivoques de l'explication pour-

raient le faire croire. Le dessin du monument est plus exact.

A la plane. B. i à la pag. 356 j'ai supposé qu'il existe dans le Musée du Vatican un hermès double avec les têtes d'Homère et d'Hérodote. J'ai depuis rectifié cette opinion dans le tome VI, pl. 20, où j'ai établi la vraisemblance qu'il y a , que le portrait réuni avec Homère soit du poëte Archiloque. L'hermès Farnésien d'Hérodote offre une physionomie bien différente.

J'ai dit dans la même page que la figure qui représente la Vertu élève la main , comme si elle voulait exhorter. Je crois à présent que ce geste commun à beaucoup d'autres figures du bas-relief, n'exprime autre chose que le rit des exclamations sacrées et des invocations en usage dans les cérémonies du Paganisme , et accompagnées du geste de lever la main droite. Voyez la grande médaille des Colophoniens , rapportée dans les commentaires de Spanhémius sur Callimaque , page 4? 9-

Nouvelle correction de L'auteur pour ce premier tome.

Ce n'est pas le bras gauche de Junon qui était élevé et soutenait un sceptre , comme nous l'avons dit à la page 60 > mais le droit. De la main gauche elle soutenait une palère , et elle s'incline du même côté. Non-seulement

les bras étaient rapportés dans l'antique, mais même la tête avec le buste, et ce qui soutient ses pieds. Ces parties qui expriment le nu, sont d'un marbre grec plus fin , assez semblable a celui de Paros» On doit encore observer que derrière la tête de cette superbe statue , on voit la chevelure rassemblée dans une espèce de filet, comme dans les belles têtes que l'on a crues de Proserpine et d'Aréthuse, frappées sur les médailles de Syracuse. Une telle coiffure, et les formes du visage, rendent la tête du simulacre , vue de profil , très-ressemblantes à celles qui sont empreintes sur les médailles citées.

On doit aussi remarquer que lorsque l'on dit que les extrémités de la Junon Barbérine sont faites d'un marbre d'un grain plus fin, et qui ressemble au marbre de Paros , dans cette expression on a suivi la nomenclature des marbriers de Rome, qui appellent marbre de Paros celui qui ressemble à Tivoire , et dont sont faits beaucoup de bustes antiques que je crois être le coralitique. Le vrai marbre de Paros est celui que les marbriers appellent marbre grec a spocchioni

Fin du tome premier-

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