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ÉGLISE DE MONTMORENCY

Fig. IG. — Les saintes Femmes du vitrail dit des « alérions » (xvie siècle) attribué à Robert Pinaigricr.

Si pauvre qu’ait été la peinture sur verre du dix-septième au dix-neuvième siècle, il eût été regrettable de ne point présenter quelques spécimens de la fabrication des vitraux à cette époque, où des causes nombreuses, et parmi elles l’introduction d'une architecture étrangère en France, eurent pour conséquence la décadence très rapide de l’art du vitrail.

Ainsi qu’on le voit à Versailles et dans les édifices du dix-septième siècle, le

Fit;. 17. — Saint Louis. Vitrail de Gaspard de Coligny. ( Eglise de Montmorency.)

vitrail est réduit le plus souvent à une vitrerie blanche qu’encadre une bordure tle Heurs émaillées. Des débris provenant de la cathédrale de Chàlons font assez connaître ce mode de décoration, et les têtes monstrueuses provenant de l’église Saint-Sulpice de Paris témoignent assez de l’abandon où était laissé le vitrail au dix-huitième siècle. Parmi les meilleurs morceaux, nous citerons un vitrail à bordures et écussons aux armes de Lamoignon portant la date de 1736, qui nous avait été prêté par M. Babonneau.

Bien que la renaissance du vitrail en France date à peine d’un demi-siècle, nous avons cherché à présenter quelques spécimens de l’art tel qu’on le comprit

à Sèvres au temps de Brongniarl, ou plus tard à la manufacture de Choisy-le-Roi. La pièce la plus intéressante nous a été prêtée par M. Babonneau : c'est un Christ, aux couleurs criardes, exécuté en 1845. Comme spécimen des pastiches auxquels donna lieu l’étude des verrières du douzième et du treizième siècle, nous avons choisi une Vierge exécutée par Coffetier à l’imitation de la Vierge de Chartres.

Parmi les verrières récentes, nous avions réuni quelques œuvres du peintre

Fig. 18. — Françoise d’Amboisc. Vitrail de François de Montmorency. ( Eglise de Montmorency .)

verrier Lebayle, ancien pensionnaire de l’Académie de France à Rome, mort avant l’ouverture de l’Exposition. Si courte qu’ait été sa carrière artistique, on peut dire que ses œuvres sont parmi les plus remarquables qu’ait produites le dix-neuvième siècle. M. Bégule avait prêté deux verrières charmantes de cet artiste, une tète d’étude et une scène de genre où, l’un des premiers, Lebayle avait tiré parti des nuances et des irrégularités d’une feuille de verre violet pour l'exécution d une draperie, à peine indiquée par un trait de grisaille. J'avais joint à ces deux œuvres une figure exquise de l’artiste, la Rosa bellissima, et deux anges musiciens exécutés par lui pour un vitrail de la cathédrale d’Autun sur un carton de M. F. Eh rm an n.

Pour compléter cette Exposition, nous avions exposé des aquarelles et des

dessins, afin de montrer des compositions d’ensemble. Ainsi, l’art du douzième siècle était représenté par une grande aquarelle du vitrail de la Passion de Poitiers ( ftg • 1 et 2), et par quatre aquarelles représentant la Crucifixion, saint Gamaliel, l’Eglise et la Synagogue, d’après les vitraux de Châlons.

Fig. 19. — François de Montmorency, gouverneur de Paris. (Eglise de Montmorency .)

Pour le treizième et le quatorzième siècle, MM. Leprévost et Tournel nous avaient prêté des calques au trait faits avec le plus grand soin sur les verrières les plus remarquables des cathédrales de Chartres, de Bourges, d’Auxerre. D’autres calques, exécutés par Cofïetier, d’après les verrières du transept de Chartres, avaient été mis à notre disposition par la Société artistique de peinture sur verre.

L’art du seizième siècle était représenté par les grandes photogravures que j’ai fait exécuter d’après les vitraux du chœur de l’église de Montmorency (fig. lo à 21).

Quant à la période moderne, nous n’avions pu faire un meilleur choix que celui des cartons de M. Luc Olivier Merson, prêtés par MM. Fouques-Duparc et Delon. Nous y avions joint une maquette de M. F. Ehrmann et deux de nos cartons pour la cathédrale d’Autun et l’église de Montmorency.

Fig. 20. — Guillaume de Montmorency, fondateur de l'église. ( Eylise de Montmoi'ency.)

Ainsi, malgré les difficultés d’une installation trop rapide, nous avons pu tenter d’offrir aux visiteurs une vue d’ensemble sur l’évolution d'un art qui est essentiellement un art français. Au moment où l’on confond trop aisément l’excentricité avec l’originalité, il était bon de contrôler sur les œuvres anciennes l’importance des efforts faits actuellement. 11 était utile de prouver qu’en matière de décoration translucide, le dessin n’a de valeur que s'il est soutenu par l’harmonie des colorations, et qu’on commettrait une erreur capitale en subordonnant au dessin d’imitation la conception d’un vitrail qui est avant tout une mosaïque translucide.

On a pu reconnaître, d'autre part, l’importance de la tradition pour la technique d’un art, et la nécessité pour l’artiste de bien connaître cette technique, s’il a l’ambition de créer une oeuvre. On a pu se convaincre de la faute qu’on commettrait en négligeant le dessin, et en comptant trop sur les accidents de fabrication du verre pour obtenir tout l’effet d’un vitrail.

La comparaison des œuvres modernes aux œuvres anciennes n’était pas

Fig. 21. — François de Dinteville, évêque d'Auxerre. ( Eglise de Montmorency.)

toujours à l'avantage des premières : mais, si pénible que fût parfois cette comparaison , elle était salutaire, et je suis sur qu’elle portera d’excellents fruits.

Le Président de la Classe 67, Lucien MAGNE.

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