‹ Musiciens contemporainsChapitre 3 sur 22 · EURYANTHE · texte numérisé non relu

EURYANTHE

Du romantisme populaire qui lui inspira le Freyichûli Weber passe dans Euryanthe au romantisme chevaleresque, et ce vif amour de l’élément poétique national va développer chez lui le sens de l’histoire. Je n’hésitô pas à le dire, cette tendance toute moderne en musique de remonter le cours des siècles et de faire revivre dans leur caractère d’individualité propre des passions d’un autre temps, cette tendance nous vient de Weber, lequel à son tour la prit autour de lui pour la transporter de la scène dans son art. Imagination libérale et puissante, esprit informé, critique, l’auteur du Fteysohillz ètà’ Euryanthe sut étendre ses conquêtes en dehors des limites de sa profession respective. Dans cette âme sonore et sympathique, centre glorieux de résonnance, toutes lespréoccupations intellectuelles de l'époque eurent un écho, et, s’il fut contemporain de Mozart et de Beethoven, il ne le fut pas moins d’Arnim et de Niebuhr, d'Hoffmann, dcRaumcr, d’Augustin Thierry et de Michelet. En tant qu’expression de la vie chevaleresque, d’une vie où les idées d’amour, d’honneur, defoi dans les serments, régnent en souveraines et gouvernent tout, Euryanthe peut à bon droit s’appeler un opéra historique. Je doute que le drame lyrique ait jamais parlé un plus noble, un plus vaillant langage ;

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c'cst le véritable roman <lo chevalerie en musique. On connaît co grand soin que Weber apporte dans l’étude de ses caractères, qu’il approfondit et parfait pour ainsi dire au moyen de l’orchestre et de toutes les ressources combinées de son art. Eli bien ! dans aucun autre de ses chefsd’œuvre, cette préoccupation du maître n’eut occasion de s’exercer avec tant de suite et de bonheur. Euryanihe est le seul des opéras de Weber où le dialogue parlé n’intervienne pas, et l’on conçoit quels avantages pour le style soutenu comme pour l’individualité de ses personnages devait tirer de l’emploi du récitatif un esprit si observateur, si curieux de détails, et possédant aussi bien à fond Je sens intime de l'histoire, Quel suave etcharmant tableau de l’amour chevaleresque, de Ja loyauté, de la foi dans les rapports, que cos caractères d’Adolar et de sa pudique maîtresse I L’amant d’Euryanthe adore en elle le type gracieux des vertus et des perfections en honneur dans les romans de la Table-Ronde, et rapporte discrètement à cet objet d’une passion à la fois mystiqne et sensuelle tout le mérite, tout l’honneur de ses propres actes. Il so peut que jeme trompe et que mon illusion me montre au fond de cette musique des idées auxquelles le maître n’a point songé, tel n’en est pas moins le sens que garderont toujours pour mpi la romance si mélodieusement naïve d’Adolar, son air, sa partie dans ce trio du premier acte d’une si fière touche, en un mot les divers passages caractéristiques où cette physionomie se dessine. Là cependant s’arrêtent les concessions faitesau sujet, lequel se passe, comme on sait, sur les bords de la Loire, au pays d’un roman-

tisme plus tendre et plus ouvert. Génie énergique et som bre de nature, Weber chercherait en vain à répudier ces éléments de nationalité qui constituent sa force principale, et c’est par les rôles d’Eglantine et de Lysiarl que le caractère germanique reprend ses droits. Eglantine ! pâle et terrible évocation, Médée impitoyable, opposée à la mélancolique, à l’aimable, à la toute Française Euryanthe , Lysiart, âme félonne, représentant dans l’ordre héroïque cet esprit du mal quenous avons vu le Caspar du Freyschütz représenter dans la sphère populaire, moins le fantastique pourtant: que ferait le comte Lysiart des sortilèges d’un manant hérétique? Pour se donner au diable, il faut y croire. A cette âme implacable et jalouse sa haine suflit, et si par une nuit d’imprécations elle appelle la nature à son aide, ce n’est point àses puissances secrètes qu’elle en veut, mais à la foudre, mais à la tempête, dont elle invoque la complicité dans son oeuvre de perfidie et de ténèbres.

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