Lettres au docteur Heinrich Wernw
HUGO WOLP. 153
tout le Gœthe-Liederbuch : — 51 Licder, dont quelquesuns sont, comme le PromêthéCy de grandes scènes dramatiques.
La même année, toujours à Perchtoldsdorf, après avoir publié un volume de Lieder d'Eichendorff, il se jetait dans un nouveau cycle de Lieder, — le Spanisches Liederbuch, — sur des poésies espagnoles, traduites par Heyse; il écrivait les 44 Lieder dans la même fureur de joie ;
Ce que j'écris maintenant, je l'écris pour l'avenir.... Depuis Schubert et Schumann, il n'y a rien eu de semblable!...
Deux mois après avoir fini le Spanisches Liederbuch, en 1890, il composait encore un cycle de Lieder sur les poésies du grand écrivain suisse, Gottfried KeWer lAlten Weisen. Enfin, la même année, il commençait Vltalienisches Liederbuch, sur des poésies italiennes, traduites par Geibel et Heyse.
Kt puis, — et puis, ce fut le silence.
L'histoire de Wolf est un des cas les plus extraordinaires de l'art, un de ceux qui font le mieux entrevoir les mystères du génie.
Résumons ce qui précède. Wolf, à vingt-huit ans, n'a, pour ainsi dire, rien écrit encore. De 1888 à 1890, il écrit, coup sur coup, dans un délire, 53 Lieder de MOrike, 51 Lieder de Goethe, 44 Lieder espagnols, 17 Lieder d'Eichendorff, une dizaine de Keller, et les premiers Lieder italiens : soit environ 200 Lieder, tous d'une individualité admirable.
Là-dessus, la musique se tait. La source ne coule plus. Wolf, saisi d'angoisse, écrit des lettres désespérées :
...De composer, je n'ai plus la moindre idée! Dieu sait comment cela finirai Priez pour ma pauvre âme * I
...Depuis quatre mois, je souffre d'un marasme d'esprit qui me donne, très sérieusement, la pensée de fuir ce monde pour toujours.... Seul doit vivre qui véritablement vit. Je suis depuis longtemps déjà un mort. Si c'était seulement une mort apparente ! Mais je suis mort et enterré; la force de gouverner mon corps me prouve seule que je vis, que je semble vivre. Puisse la matière suivre bientôt l'esprit qui s'en est allé ! C'est mon intime, c'est mon unique vœu. Depuis quinze jours, j'habite à Traunkirchen, la perle du ïraunsee... Tous les agréments que peut souhaiter un homme sont réunis pour me préparer un heureux sort 2.... Le repos, la solitude, la plus belle nature, l'air le plus rafraîchissant. Bref, tout ce qui peut être au gré d'un ermite de ma sorte. Et pourtant, pourtant, mon ami, je suis la plus misérable créature de cette terre. Tout respire autour de moi le bonheur, et la paix, tout s'agite, et palpite, et fait ce qu'il doit faire.... Seul, moi, ô Dieul... Seul, je vis comme une bête sourde et stupide. A peine si la lecture me distrait encore un peu! Dans mon désespoir, je m'y jette. Pour la composition, c'est fini; je ne peux même plus me figurer ce que c'est qu'une harmonie et une mélodie, et je commence presque à douter que les compositions qui portent mon nom soient vraiment de moi. Bon Dieul à quoi bon tout ce bruit,... à quoi bon ces magnifiques projets, si c'était pour en arriver à cette misère I...
Le ciel donne à chacun un génie tout entier, ou pas de génie du tout. Venfer m'a donné tout à demi.
Combien vrai! oh! combien vrai! Malheureux I Dans la fleur de tes ans, tu es allé en enfer, et tu as jeté dans les gueules malfaisantes du destin son présent illusoire, et toi-même avec! 0 Kleist ^î...
Soudain, à Dôbling, le 29 novembre 1891, la source musicale semble se rouvrir en Wolf : il écrit 15 Lieder italiens de suite, quelquefois plusieurs par jour. En