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Musique et musiciens

M. Richard Wagner, individualité envahissante et hru vante, non content de son tapage musical a de tout temps, daigné faire de la critique, malgré tout le mal qu'il en dit. Il est vrai que ses injures ne s'adressent guère qu'aux écrivains de son pays qu'il accuse de fort vilains défauts. C'est, sans, doute, qu'il entend rehausser par la sienne, la. critique allemande. Malgré cette louable ambition qu'il u"a peut-èlre pas entièrement satisfaite, du moins sous le rapport de ce que nous appelons en France la bonne éducation, l'urbanité, il est difficile de ne pas supposer que son but principal, en publiant ses nombreux écrits, était de faire du bruit autour de ses œuvres musicales, d'attirer sur elles l'attention, en un mot de les faire accepter en les prônant lui-même.

M. Wagner a réussi complètement dans la pre- 11 1

mière partie de sa lâche. Il a fait du bruit et beaucoup de bruit. Pour y parvenir toutes les armes lui paraissent bonnes, même les moins courtoises; les gros mots qui, ne prouvent que contre ceux qui les emploient abondent dans sa prose. Il insulte à tort et à travers les artistes, les compositeurs même les plus illustres , les gentilshommes , les cours , les peuples et les rois, qualifiant de « singes » ceux qui prolestent contre sa marchandise musicale. Quoi qu'il en soit il a réussi ; je dirai même plus : il a pris , pour atteindre son but , le meilleur moyen.

En effet passez à côté de quelqu'un, et saluez-le; il pourra très-bien arriver que votre salut passe inaperçu. Au contraire, accostez cette même personne et lancez-lui une insulte à la face; oh! alors vous êtes certain que la personne injuriée vous remarquera et vous répondra. Il arrivera même que la querelle attirera les badauds , la foule en un mot. Et bien, c'est précisément là le langage qu'a tenu M. Wagner dans une œuvre qui ne comptera pas moins de neuf volumes dont les cinq premiers lômes ont déjà paru.

M. Wagner qui, dit-on, se montre homme d'esprit dans la conversation , n'est que prétentieux,

diffus, confus et obscur dans ses écrits. Rien n'est plus rare qu'une bonne page chez M. Wagner. Si parfois il a raison sur un point, bientôt il s'empresse de se donner tort quelques lignes plus loin. On dirait que son but est de vouloir rester seul ; qu'il écrit non pas pour convertir à ses idées mais pour faire parler de lui. En toutes choses et toujours, il vise à l'effet et au bizarre. Il y parvient dans ses oeuvres musicales par des combinaisons nouvelles de timbres, par des sonorités qui ne sont là que pour masquer l'absence de mélodie. Dans sa prose l'idée est plus apparente, mais il ne sait l'exposer ni clairement ni simplement; il en résulte que l'effet si ardemment visé n'est pas atteint.

Il y a toutefois, une grande différence entre le musicien et le critique. Autant le premier est habile dans l'art d'écrire, autant le second y paraît détestable. Mais l'œuvre musicale de M. Wagner était trop considérable par le nombre et trop individuelle par la forme pour que ses écrits n'attirassent pas l'attention du public. La situation personnelle de M, Wagner devait, en outre, aider à leur publicité.

Pauvre et errant, d'abord, obligé de vivre de copie et de transcriptions musicales, tantôt à Paris,

tantôt en Allemagne, maître de Chapelle du roi de Saxe, révolutionnaire et factieux en 1848, puis protégé, plus tard, d'un jeune roi auquel il doit son indépendance, M. Wagner s'est fait le chef d'une petite église, composée en grande partie d'impuissants, où on l'encense et oîi l'on couronne son buste au jour anniversaire de sa naissance. Il n'a pas composé le Prophète^ malheureusement pour sa gloire, mais il s'est baptisé le prophète-roi de la musique de l'avenir !

M. Wagner s'étant posé dans le monde musical comme réformateur et comme novateur, il avait droit à l'examen de ses contemporains. Pour le faire, nous avons traduit (juelques fragments de ses œuvres. Elles sont ici, suivies des réflexions qu'elles nous inspirent.

Si nous eussions traduit l'un des volumes de M. Wagner, pour le publier in extenso il nous eut fallu l'autorisation de l'auteur qu'il nous aurait peut-être refusée, à moins que nous ne nous fussions présenté comme son panégyriste dans une Introduction écrite pour sa glorification. Au lieu de cela nous nous contentons de prendre, ici et là, quelques fragments caractéristiques de ses tendances et de ses opinions, afin de les examiner. C'est notre droit et nous en usons sans sa permission.

Nous allons faire connaître les idées de l'autear du Tannhauser, et nous faire le critique de sa critique.

Le respect des maîtres, l'admiration des grands génies de la musique, l'indépendance du caractère et la conscience, tels furent les guides du travail que nous soumettons au lecteur. Puisse-t-il nous prouver que nous les avons fidèlement suivis !

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