ACTE PREMIER
envolé, le triomphateur... Plus rien qu'un petit neveu respectueux, gentil... gentil... Allons, faitesrisette, ma tante ! Vous n'êtes pas aussi méchante que ça, au fond, puisque vous avez eu la grandeur d'âme de fonder, à Neuilly, malgré votre fortune modeste, un hôpital... pour les chiens errants.
Que veux-tu? quand on est seule, quand on n'a pas d'enfants... J'ai été si peu mariée!... Qu'est-ce que je suis, moi, au fond? Une vieille fille, et, comme toutes les vieilles filles...
LÉON
Vous aimez les petits chiens...
MADAME DE RONCHARD.
Autant que je déteste les hommes !
LÉON
Vous voulez dire un homme, votre mari.
El en ça vous n'avez pas tort.
MADAME DE RONCHARD.
Et si tu savais pour quelle femme, pour quelle lille il m'a abandonnée, ruinée!... Tu ne l'as jamais vue, toi, cette femme?
LÉON
Pardonnez-moi... une fois, aux Champs- Elysées. Je me promenais avec vous et papa. \în monsieur et une clame venaient à nous, vous avez été très émue, vous avez pressé le pas, tiré fiévreusement le bras de mon père et j'ai entendu que vous lui disiez ■ i \oix basse : « Ne regarde pas! C'est elle ! »
MADAME DE RONCHARD.
Alors, qu'est-ce que tu as fait, toi?
LÉON
Moi? J'ai regardé !
MADAME DE RONCHARD, se levant.
Et tu l'as trouvée horrible, hein?
LÉON
Je ne sais pas, j'avais onze ans.
MADAME DE RONCHARD, passant à droite.
Tu es insupportable ! Tiens, je te battrais.
LÉON, câlin, se levant.
Eh bien ! non, là ! vrai ! c'est la dernière fois! Je ne serai plus méchant, je vous le promets! Pardonnez-moi.
MADAME DE RONCII A RD , faisant mine de sortir par le fond.
Non!
LÉON
Si!
MADAME DE RONCIIARD, revenant.
Non ! Si tu n'étais que taquin à mon égard, passe encore. Je sais me détendre. Mais lu as été imprudent vis-à-vis de ta sœur. Et cela, c'est plus grave 1
LÉON
Imprudent, moi?
MADAME DE RONCHARD, tapant sur la table à droite.
Oui. Ce mariage, c'est toi qui l'as fait.