ACTE PREMIER
JEAN
Gilberte! Enfin, enfin, enfin, vous êtes ma femme.
GILBERTE
En vérité, ce n'est pas sans peine.
Ah ! quelle mignonne et énergique créature vous êtes! Comme vous avez lutté contre votre père, contre votre tante! C'est par vous, grâce à vous, que nous sommes l'un à l'autre; merci de tout mon cœur... qui vous appartient.
GILBERTE
J'ai eu confiance en vous, voilà tout.
JEAN
Rien que de la confiance?
,8 MUSOTÏB.
GILBERTE
Vous êtes fat. Vous me plaisiez aussi, et vous le saviez bien... Si vous ne m'aviez pas plu, ma confiance devenait inutile. On plaît d'abord; sans ça, rien à tenter, Monsieur...
JEAN
Dites Jean... comme j'ai dit Gilberte.
GILBERTE, hésitante.
Ce n'est pas la môme chose. . . Il me semble.. . cependant. . . Non ! je ne pourrais pas.
(Elle se lève et passe à gauche.)
JEAN, se levant à son tour.
Comme je vous aime ! Je ne suis pas un emballé, je vous le jure; je suis un homme qui vous aime, parce que j'ai découvert en vous des mérites inappréciables.
Vous êtes une perfection douée d'autant de raison que de sentiment. Et votre sentiment ne ressemble en rien à la sentimentalité ordinaire des femmes. C'est cette grande et belle faculté d'attendrissement qui caractérise les nobles âmes et qu'on ne rencontre plus guère dans le monde. Et puis vous êtes jolie, très jolie, très gracieuse, d'une grâce spéciale, et j'adore la beauté, moi qui suis peintre... Et puis; avant tout, vous me séduisez... jusqu'à avoir effacé le reste du monde de ma pensée et de mes yeux.
GILBERTE
Cela me fait beaucoup déplaisir de vous entendre ; cependant, je vous prie de n'en pas dire davantage, car cela me gêne aussi un peu. Je sais bien pourtant, car je prévois à peu près tout, qu'il faut profiter
d'aujourd'hui pour savourer toutes ces choses; ce sont là encore des paroles tremblantes de fiancé. Celles de plus tard seront délicieuses aussi peut-être, quand on s'exprime comme vous, et quand on aime comme vous paraissez m'aimer. Mais elles seront différentes.
JEAN
Oh!
GILBERTE, s'asseyant sur le tabouret devant la table.
Parlez encore.
Ce qui m'a entraîné vers vous, c'est cette harmonie mystérieuse de la forme de votre être et de sa nature intime. Vous rappelez-vous ma première entrée dans cette maison?