TOMBES DANS L’ACROPOLE
Je ne connais pas d’exemple dans l’histoire d’une acropole qui ait servi de lieu de sépulture, excepté le petit édifice des Caryatides dans l’acropole d’Athènes, que l’on appelait le tombeau de Cécrops, premier roi d’Athènes. Mais nous sommes sûrs aujourd’hui que Cécrops n’est pas autre chose que Kacyapa ou Cacyapa, qui était un dieu-soleil; par conséquent l’histoire de Cécrops enseveli dans la citadelle n’est qu’un mythe. Mais ici, dans la citadelle de Mycènes, les tombes ne sont pas des mythes, ce sont des réalités tangibles. Quels étaient donc ces grands personnages, et quels immenses services avaient-ils rendus pour qu’on leur fît l’honneur insigne de les ensevelir dans un pareil endroit?
Je n’hésite pas un moment à proclamer que j’ai trouvé là les tombeaux attribués par Pausanias, d’après la tradition, à Atrée, à Agamemnon, le roi des hommes, au conducteur de son char, Eurymédon, à Cassandre et à leurs compagnons. Mais il est absolument impossible que Pausanias ait pu voir ces tombeaux, parce qu’à l’époque où il visita Mycènes (environ 170 ap. J.-C.) tous ces monuments funéraires étaient recouverts depuis des siècles d’une couche de décombres préhistoriques de 8 ou 10 pieds (2'", 40 à 3 mètres) d’épaisseur. Sur cette première couche, une cité hellénique avait été bâtie, puis abandonnée environ quatre siècles avant l’époque de Pausanias, après avoir ajouté une couche de ruines helléniques de 3 pieds (0"\90) à la couche épaisse de décombres préhistoriques. Ce n’est donc que par la tradition qu’il peut avoir connu l’existence de ces tombeaux.
Au trésor qui est proche de la porte des Lions, le travail avance très-lentement, parce que le sol est dur comme la pierre. Aujourd’hui seulement ma tranchée a atteint une profondeur suffisante pour me permettre de commencer à fouiller la niche triangulaire qui est au-dessus de la porte. J’avais supposé que ce trésor se trouverait être à peu près de la même dimension que le trésor d’Atrée ; mes conjectures semblent être justifiées par la largeur du chemin d’approche, dromos, qui a ^0 pieds 7 pouces (6'”, ! 8) de largeur dans le trésor d’Atrée et 19 pieds 8 pouces (5"\90) dans l’autre.
FOUILLES DANS LA CITADELLE
Ces édifices coniques, de 50 pieds (15 mètres) d’élévation, étaient construits sous la pente même de la colline et destinés à demeurer souterrains ; car, comme il a été constaté plus haut, la surface des pierres est absolument irrégulière à l’extérieur; l’édifice tout entier est enveloppé d’une couche épaisse de pierres dont le poids sert à consolider la maçonnerie. Je suis sûr que la tradition a raison quand elle dit que ces édifices mystérieux servaient h mettre en sûreté les richesses des anciens rois. Mais ce qui est hors de doute, c’est qu’aussi longtemps qu’ils ont servi de trésors, le dromos et la porte n’étaient pas obstrués; ici se présente donc la grande question: pourquoi et quand le dromos et la porte ont-ils été enfouis sous cette effrayante masse de décombres?
On a affirmé qu’ils avaient été enfouis à l’époque de l’invasion dorienne. Mais les fouilles faites dans le trésor d’Atrée ont-elles donné autre chose qu’une table de pierre, quelques dalles sculptées et des fragments de plaques d’airain? Eût-on pris la peine d’enfouir des trésors vides? Il demeure pourtant établi qu’ils furent enfouis, mais à quelle date? Heureusement, pour répondre à cette question nousavonsdes données fournies par la poterie de la couche de décombres qui recouvre le dromos. En effet, j’y découvre continuellement une très-ancienne poterie peinte, ornée de dessins géométriques, semblables aux vases attiques que l’on a considérés jusqu’ici comme les plus anciennes terres cuites de la Grèce; j’y trouve aussi de très-grossières idoles de Hèra, en terre cuite, oû elle est représentée tantôt sous la forme d’une lemme, tantôt sous celle d’une vache. On peut voir le style de cette poterie dans la pièce qui porte la figure 157. A la droite de l’anse se trouve le signe dont une partie seulement est visible; vient ensuite une rangée d’animaux appartenant à une espèce que l’on trouve fréquemment sur les vases; cet animal a la forme d’une grue, mais peut-être était-ce un cheval dans l’intention de l’artiste ; ensuite, on y voit un beau méandre. Sur un autre fragment (fig. 158) il y a seulement une rangée de ces animaux, grues ou chevaux, placés entre deux bandes, chacune formée de trois lignes parallèles qui font le tour du vase. En haut, on voit une rangée d’antres oiseaux.
POTEIUE PEINTE GÉOMÉ T [UQUEMENT.
Il a été trouvé au même endroit une petite cruche ornée de lignes verticales. Tout naturellement il est bien certain que les décombres qui cachent l’entrée ont été apportés d’ailleurs , mais comme ou n’y trouve que des fragments de très-anciennes terres cuites presque tous décorés de dessins géométriques, il faut que l’entrée ait été enfouie à une époque reculée, et le trésor lui-même est, sans aucun doute, plus ancien que le trésor d’Atrée.
Parmi les idoles trouvées dans le dromos devant le trésor en question, les plus anciennes idoles de Hèra représentée sous forme de femme sont très-grossièrement façonnées ; ({ueb|uefois elles ii’onl pas d’ornements peints, leur tête est oblongue ou ronde, avec ou sans diadème ; les yeux sont grands. Quelques-unes ont des mamelles, d’autres n’en ont pas; les mains sont tantôt saillantes, tantôt croisées sur la poitrine.
A la môme époque, sans aucun doute, appartiennent les idoles féminines qui ont la tête nue et fortement comprimée , les yeux grands, les mains étendues et pas de mamelles; ou bien elles ont
deux mamelles, au-dessous et de chaque côté desquelles une corne fait saillie; l’ensemble des deux cornes donne la tignre d'un demi-cercle (voy. fig. 94); on doit aussi rapporter à la même
Fig. 157. — Fragment d’mi vase peint, provenant du dromos du trésor qui est près de la porte des Lions (à 2™, 50). A la moitié de la grandeur réclic.
Fig. 15S. — Fragment de la même poterie, provenant du dromos (à 5 mètres'). A la moitié de la grandeur réelle.
FOUILLES DANS LA CITADELLE
époque l’idole masculine à tête nue dont le front a pour ornement un diadème décoré d’une étoile ; elle a un long nez aquilin, de grands yeux et une longue barbe en saillie (voy. fig. 106) ; toujours à la même époque se rapportent quelques idoles à forme de
Fig. 15U. — Idole de tcire cuilc, à tète de vache, ayant funaé l'aiise d’un vase (à 4 mètres). Grandeur réelle.
vache, décorées de peintures rouges ou noires (voy. fig. 118), le fragment d’un vase de granit et une petite figure de femme, en argent, qui porte une longue chevelure.
Dans l’acropole, les idoles les plus communes sont celles deHèra représentée sous la forme d’une femme avec des cornes ou sous celle d’une vache. Et de fait, elles sont en si grand nombre que jusqu’à aujourd’hui j’ai pu en recueillir plus de septcents; mais elles sont toutesplus oumoinsmutilées. Parmi les formes d’idoles rencontrées fréquemment dans l’acropole, je dois encore citer les suivantes :