‹ Mycosis du PharynxChapitre 9 sur 25 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Thèse du docteur A. Colin, 1893).

Madame X..., 21 ans, concierge.

Un jour, son enfant étant atteint d’ang'ine, elle eut l’idée de se regarder dans la gorge, bien qu’elle n’y ressentit aucune gêne, et vit plusieurs points blancs sur chacune de ses amygdales.

Au bout d'un mois, le 11 mars 1891, à la clinique de laryngologie de l’Institution des Sourds- Muets, nous constatons que les amygdales sont couvertes en de nombreux points, de petites excroissances d’un blanc jaunâtre.

Il existe également sur la paroi postérieure du pharynx et la base de la langue, des excroissances analogues.

Ces productions sont d’une consistance ferme et se laissent difficilement arracher au moyen de la pince non coupante.

Diagnostic.—Mycose leptothrixique confirmée par l'examen microscopique.

Traitement. —'Ablation des touffes de lepto-

ET e

thrix et badigeonnages à la solution iodo-iodurée. Le 15 mars 1892, nous la retrouvons; elle nous déclare qu’un mois après sa dernière visite à la clinique, quelques points blancs réapparurent sur l'amygdale droite, qu’elle toucha pendantun certain temps avec du jus de citron.

Au mois d'avril dernier, elle accouche. À ce moment, elle avait encore des productions mycosiques qui étaient revenues en plus grand nombre, depuis qu’elle avait cessé le traitement.

Quinze jours après son accouchement, la première fois qu’elle se leva, elle regarda sa gorge et vit qu'il n’y existait plus aucun point blanc.

Nous l’examinons et voyons en effet que toutes les parties atteintes primitivement sont guéries et qu'il n'y a plus nulle part de production de leptothrix.

D'après C. Robin, l'acidité de la salive est une condition de vie du «leptothrix buccalis ». Partant de là, Mendes-Bonito pense que les irritations de l'arrière-gorge, favorisant cette acidité de la salive, seraient la cause de la mycose leptothrixique. Mais Decker et Seifert ont inoculé à desamygdales saines et malades, de la matière leptothrixique et sont parvenus dans l’un et l’autre cas, à reproduire l’affection.

Notre maître M. A. Castex, a rencontré cette affection chez une jeune anglaise de 13 ans, sujette aux amygdalites à répétition (Voir observation VI).

Thomas dit qu’on rencontre cette affection plus souvent chez les femmes et les enfants qui souffrent d'hypertrophie amygdalienne et sont disposés aux pharyngites chroniques.

W, C. Glasgow croit qu'une condition particulière de la muqueuse est un facteur nécessaire pour le développement de la mycose, et que celle-ci existe seulement lorsque la membrane présente un terrain favorable au développement.

Mais il arrive souvent que la cause étiologique nous échappe, au point que des personnes sont atteintes de cette affection depuis longtemps, qui n’est dévoilée que par pur hasard. Ou bien ce sont des chanteurs qui en sont atteints et ne ressentent rien, à l’état de repos, mais aussitôt qu’ils chantent un peu longtemps, ils sont arrêtés (Voir observation V).

L'âge, le sexe, la profession des individus atteints, ne semblent nullement influencer le développement de l'affection. Cependant, d’après plusieurs auteurs, elle serait plus fréquente chez la femme, et de 10 à 40 ans.

Brown Kelly, sur 130 cas, a compté 52 hommes et 78 femmes ; et de 15 à 35 ans.

Garel l’a rencontré plus fréquemment dans la seconde enfance; chez les jeunes filles, entre 10 et 20 ans. /

Sur 29 cas :

14 hommes, 15 femmes.

RE

Vañderpool dit qu'il serait plus fréquent chez la femme que chez l’homme, et apparaîtrait surtout vers 90 ans.

Dans la thèse de M. A. Colin, six femmes sont représentées, pour un homme seulement.

Age, de 11 à 30 ans.

Colin donne comme proportion : trois femmes pour deux hommes.

Hering l’a rencontré chez un vieillard, Dubler sur un enfant de huit mois.

Enfin M. A. Castex sur un total de six personnes, compte deux femmes, trois jeunes filles et un homme.

Hemenway croit que la maladie est plus fréquente chez la femme que chez l’homme, parce que la première vit dans un air confiné, moins pur, et ajoute que les amygdales hypertrophiées sont un terrain favorable au parasite.

Les conditions hygiéniques (nourriture, température, humidité, ventilation, etc.) auxquelles Goris attribuait une valeur étiologique n'ont certainement qu'une importance indirecte en favorisant un état catarrhal de la muqueuse pharyngienne.

Une prédisposition due à une diathèse quelconque (syphilis, tuberculose, etc.) n’a pas pu être prouvée jusqu'ici. La plupart des malades observés n'avaient pas même fait de maladies antérieures.

Il n'y a pas de prédisposition héréditaire, bien

is

qu'on rencontre parfois cette maladie chez plusieurs

membres d’une même famille.

Toutefois Guinier pense que le lymphatisme offrirait un excellent terrain, pour le développement du leptothrix.

On a noté au contraire que la plupart des malades appartiennent aux classes aisées, où l'hygiène a le moins à souffrir. Notre maître M. À. Castex l’a rencontré six fois dans son cabinet de consultation particulier; jamais à sa clinique (Voir observation V et VI).

Garel, sur vingt neuf cas, n’en a eu que deux à l'hôpital.

Goris considère le froid comme un grand facteur étiologique de cette maladie.

On a incriminé aussi, sans preuves précises, le climat humide, la qualité de l'eau et surtout de l’eau des marais, parce que dans celle-ci on trouve des bacilles qui ont beaucoup de ressemblance avec le « leptothrix buccalis » (Thomas et Hemenway).

La maladie n'est pas directement transmissible et n’est pas contagieuse. Hemenway a expérimenté sur lui-même la transplantation des excroissances et sans SuCCès.

En résumé, l’étiologie de la mycose pharyngée estincertaine et à l’état de supposition; mais si nous faisons l'analyse microscopique des petits points blancs rencontrés sur les amygdales et sur la base de la langue, nous rencontrons des microbes divers

SU

à peu près constants qui, à eux seuls pourraient expliquer la maladie. Auquel de ces microbes donner la palme, comme étant seul à incriminer dans l’étiologie du mycosis ? Ou bien cette affection

n'est-elle pas due à ces divers microbes associés ?

Nous n'avons pas sur ce sujet une idée très nette.

Presque tous les observateurs ont rencontré le

«leptothrix buccalis», en faisant un examen super-

ficiel. Mais ce bacille qui se trouve à l’état normal et

toujours dans la cavité buccale, s'y trouve naturel-

lement aussi et « à fortiori », lorsque celle-ci est à

l'état pathogène. On a rencontré aussi l’oïdium

albicans, le nigreties linguae, le sarcinica, l’actino-

myces, l’'aspergillus fumigatus et le bacillus fascicu-

latus. Ces différents microbes semblent donc être la

cause du mycosis, mais pour que celui-ci se manifeste, 1l faut des conditions spéciales, il faut des

causes occasionnelles qui ne sont pas connues jus-

qu’à présent.

DES CREEPSELOIN

Définition. — Le mycosis du pharynx ” est une affection bénigne, chronique, caractérisée par la présence sur les différentes amygdales, sur la base de la langue, parfois sur tout le pharynx, de petits points blanchâtres de 1 à 2 millimètres de diamètre, contenant les différents microbes qui séjournent dans la cavité buccale.

Sa description demande l'étude des symptômes subjectifs et celle des symptômes objectifs.

Page 1