‹ Myrtes & cyprèsChapitre 3 sur 26 · A MADEMOISELLE MINA O · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE MINA O

Chante toujours, oh ! chante encore ! Ton chant est l'hymne de ton cœur; Ton chant est la voix de l'aurore, Et c'est l'écho de ton bonheur!

Quand la note mélodieuse Part de ta gorge harmonieuse Pour se dissiper dans les airs, La voix de la harpe éolienne

i8 Myrtes et Cyprès.

Est moins touchante que la tienne , Est moins douce que tes concerts...

Parfois, quand ta main blanche effleure Le clavier qui tressaille et pleure Sans oser dépasser ta voix; Quand, en extase suspendue, Mon oreille suit dans la nue La note partant sous tes doigts ;

Quand une roulade fébrile Échappe à ton gosier fragile, Où tu la faisais palpiter; Quand aussitôt, limpide et vive, Elle paraît suivre une rive Que le rêve aime à visiter...

Alors tu semblés plus que femme, Tu t'approches du séraphin, Tu disparais dans une autre âme, Une âme au souffle plus divin.

Myrtes et Cyprès. 19

Une âme semblable à la lyre Dont l'amour a fait les accords, Une âme au sublime délire.

Vaste comme une mer sans bords,

Et, comme la lyre d'Orphée, Tu suspends l'haleine des vents :

La brise s'éteint, étouffée Au fond de tes soupirs vibrants.

Et moi, qui t'écoute en silence, Moi qui parfois, à tes côtés, Suis les pages de ta romance, Les yeux de larmes humectés,

Je crois m'élever de la terre :

Car, enivré par tes accents, Ton chant paraît une prière Qui monte au ciel avec l'encens !

Granges,, canton de Soleure (Suisse), n octobre 1867.

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