LES FIANÇAILLES DES ROSES
Opéra-Comique en deux actes, paroles de M. Deslys, musique de M. de Vilieblanche.
Il n'y a qu'un instant nous lisions dans un journal que « la Poupée de Xuremberg est un tissu de niaiseries contées dans un patois misérable ; » que « la musique de la Poupée ne Xuremberg est pleine de verve, spirituelle, charmante ; » que « le libretto des Fiançailles des Roses est une fantaisie pleine de grâces et de choses charmantes; » que « la musique de M. de Vilieblanche est pâle; » que « c'est un perpétuel pastiche de l'Éclair. »
Pour nous, nous pensons que si, en sa qualité d'opéra-bouffe, le librctto de la Poupée de Nuremberg n'a pas le sens comnum, ce n'est certes point un tissu de niaiseries contées dans un patois misérable, — que la musique de M. Adam n'est pas un chef-d'œuvre ; — que le librctto des Fiançailles des Roses est parfaitement ennuyeux, — et que la musique de M. de Villeblanche est très-vivement colorée.
Le goût n'a pas de règles fixes, tels sont ses caprices; autant d'auditeurs, autant d'opinions. Tenez donc à l'approbation de vos semblables ! Et qu'est-ce que la réputation et la gloire? Le produit de toutes ces divergences de manières de voir et de sentir.
Ce titre seul, les Fiançailles des Roses, pronostique une étrangeté, et, en effet, c'est une étrangeté et une étrangeté malheureuse. Il ne s'agit rien moins que d'une tradition hongroise. Le jour où vous atteignez l'âge de tlix-huit ans accomplis, faites à minuit, entre deux bouquets de roses, une évocation diabolique, et, suivant que vous êtes un jeune premier ou une jeune première, vous verrez apparaître celui ou celle que vous devez épouser.
Youla-Mendez use de ce moyen, et elle est pleinement satisfaite de l'apparition de Williams-Dulaurens, son cousin, qu'elle épouse effectivement.
Nous n'avons jamais rien entendu qui nous ait paru si long. Ajoutons que la pièce était jouée d'une manière peu brillante, et que Grignon continue à être de plus en plus déplorable.
Il a fallu la délicieuse musique de M. de Villeblanche, élégamment soutenue par la jolie voix de M"*' Mendez, pour nous réconcilier avec l' Opéra-National.
A côté de nous, une jeune femme, qui semblait prendre un vif intérêt à la première représentatiun des Fiançailles des Roses, parlait du découragement et des terreurs de M. de Villeblanrhe. — Le rideau venait de baisser sur le Maître de Chapelle, et c'était pendant Fentr'acte que nous écoutions ces détails sur les souffrances intime de l'artiste. — Pour nous, nous avions confiance. Nous étions venu à cette représentation avec joie, et, sans rien connaître de la partition nouvelle, nous étions persuadé que nous n'aurions qu'à applaudir.
Ah! c'est que, pour nous, M. de Yilleblanche est un vieil ami : n'est-il pas l'auteur de Djalma, de Rose et Blanche, à\inge aux doux yeux, et de cent autres suavités musicales qui nous rappellent des souvenirs bien chers, des souvenirs d'amour? — C'était une femme d'esprit, — une artiste incarnée dans une lorette ; elle avait le bon g-oùt d'aimer la diction élégante et mélancolique de M. de Yilleblanche, et toujours elle redisait ses blondes et vaporeuses romances. J'ai conservé d'elle l'album de 1847 de M. de Yilleblanche, et bien souvent je passe des heures à rechercher les harmonies que sa voix a notées dans mon cœur.
Essentiellement dramatique, la musique des Fiançailles des Roses n'en est pas moins gracieuse. Ce sont des gammes ondées qui procèdent par vagues moelleuses et transparentes. Le talent du compositeur n'est pas encore ce qu'il sera un jour; tel qu'il est, il doit donner à réflécliir à ces vieillesses qui, de droit divin, se croient en possession des théâtres de Paris. L'espace nous manque pour noter tous les passages qui nous ont frappé; nous citerons seulement dans l'ouverture
une sérénade de cors avec pizzicato de basses du plus heureux effet.
Toujours si nous en croyons notre voisine, M. de Villeblanclic serait sur le point de continuer ses glorieux débuts par la représentation d'une œuvre capitale. Puisse notre voisine avoir raison ! Nous attendons avec l'impatience du dilettantisme.
VARIÉTÉS
L'AJn DE LA MAISON, Vaudeville en un acte, par MM. Colliot et Lefebvre.
Quand l'un entre, l'autre sort; quand l'un sort, l'autre entre. C'est ainsi que cela se passe sur la scène des Variétés, pendant un temps qui nous a paru infiniment trop prolongé. Nous n'en dirons pas davantage : ce petit acte est de ceux auxquels on pardonne parce qu'ils n'ont pas de prétentions.