‹ Mystère des théatres 1852Chapitre 54 sur 87 · MÉRIDIEN · texte numérisé non relu

MÉRIDIEN

Vaudeville en un acte, par MM. Clairville, Raymond Deslandes et Pol Merciei".

La scène se passe aux Sables d'Olonne; — elle aurait pu se passer à Cannes sans que j'y visse le moindre inconvénient.

Méridien est marin , car^ quand on s'appelle Méridien , on ne peut être que marin , à moins d'être géographe. Méridien a donc épousé Claire, et, aussitôt après son mariage, il est reparti. Claire, qui n'aime pas la solitude, s'ennuie en l'absence de son mari. Pour le faire revenir, elle lui écrit qu'elle est mère. Méridien répond que, pour goûter les jouissances inconnues de la paternité, il va revenir au plus vite. Claire a pour amis les époux Barillard : les époux Barillard ont une fille. Méridien arrive et demande son enfant. Claire n'ose tout d'abord avouer sa supercherie, et elle présente la fille des époux Barillard comme sa fille. Méridien eût préféré un fils, mais il n'y a pas moyen de faire que ce qui n'est pas soit. Méridien prend son parti, et il se console en pensant qu'il pourra faire mieux une autre fois; mais Barillard, qui n'est pour rien dans la ruse de Claire, ne sait comment le désabuser de son erreur. 11 court à la mairie, et, comme on est très-expéditif aux Sables d'Olonne, il rapporte un extrait de naissance qu'il met sous les yeux de Méridien ; il lui apprend en

même temp? quMl a vu sur les registres de l'état civil radoption d'un enfant par Claire, — il y a de tout, sur ces registres; — cet enfant, c'est le fils d'une jeune fille abandonnée par Méridien et morte de chagrin. — Méridien embrasse Claire et prend avec le public l'engagement d'avoir des enfants pour de bon !

C'est une de ces pièces dont on ne dit rien : on en jouerait mille de cette nature sans inconvénient comme sans profit : on n'en jouerait jias du tout que nul ne

sonarerait à s'en plaindre.

Cornélius Holff.

DÉLASSEMENTS-COMIQUES

LA DTPLOM.VTE SANS LE SAVOIR, Vaudeville eu deux actes, par M. Ch. Potier.

Connaissez- vous l'Allemagne? — Non. — Eh bien! allez aux Délassements-Comiques,< et, puisque vous ne connaissez pas l'Allemagne, rien ne vous peut empêcher de croire que vous êtes réellement en Allemagne.

De par M. Charles Potier, vous voilà à la cour d'un grand-duc allemand : lequel? me direz-vous. — Je n'en sais rien ; il y a peu de grands-ducs allemands, et bien sûi' que M. Charles Potier n'a pas voulu mettre sous les yeux du Français, né malin, les détails intimes du ménage de mon grand-duc à moi, celui dans les États duquel j'ai l'ineffable bonheur d'être né; mon patriotisme se révolterait, et, par la tonne d'Heidelberg, je ferais repentir M. Charles Potier de ses indiscrétions.

Figurez-vous un grand-duc quelconque, un grandduc dont les états indéfinis sont situés dans le royaume

«le la fantaisie. Ce grand-duc aime une jeune iille, Bathilde Rossi, une cliaiinante personne qu'il ne faut pas confondre avec la comtesse Rossi. Bathilde est artiste, et artiste de beaucoup de talent. Est-ce son 'talent, sont-ce ses beaux yeux qui ont séduit le prince? — .le ne vous le dirai pas. — Le fait est que le grand-duc est amoureux de Batliildo, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, et que Bathilde lui rend amour pour amour, mais pas un baiser avec; car Bathilde est sage autant que belle, sage autant qu'on peut l'être aux Délassements-Comiques. Ce grand-duc et l'artiste roucoulent avec un ensemble digne d'un meilleur sort, je ne crains pas de le dire, lorsque survient à la cour un envoyé du duc de Carinthie, — un autre duc du pays de la fantaisie. Et savez-vous ce que vient faire cet envoyé? Proposer au grand-duc la main de la fille de son maître. Jamais employé ne vint plus mal à propos. Vous me direz : Qu'importe? L'amoureux est grand-duc ou il ne l'est pas? S'il est grand-duc, qu'il le montre; — pas du tout : car, s'il n'épouse pas la fille du duc de Carinthie, c'est la guerre; et le grand-duc, qui aurait pu être membre du congrès de la paix, ne goûte point du tout une pareille perspective. Sacrifiera-t-il son amour à son repos? sacriflera-t-il son repos à son amour? S'il en croit son sénéchal, il sacrifiera son amoui; à son repos. Heureusement pour Bathilde et pour le grand-duc lui-même qu'un des confidents du prince, le comte ***, n'est pas de l'avis du sénéchal; heureusement pour tout le monde que le comte a pour femme M'"*" Taigny, une artiste qui est l'amie de Bathilde, et qui, remuante comme une intrigue de la comédie italienne, se promet de servir à la fois les principes et l'amitié. D'abord,

pour affaiblir rcnncnii, elle commence par détacher du parti de Tambassadeur carinthien le sénéchal peu perspicace, auquel elle fait croire que si le prince n'épouse pas la fille du duc de Carinthie il épousei-a sa fille, à lui, sénéchal. 11 n'en faut jias tant pour complètement changer les vues du sénéchal. Mais ce n'est pas tout, il faut donner le change à l'envoyé du duc de Carinthie : la comtesse y a pensé. Elle donnera un bal pour occuper la cour en général et le diplomate en particulier, et, tandis qu'on dansera, le prince s'échappera à la laveur de la confusion pour épouser en secret sa bien-aimée Bathilde. Mais l'envoyé du duc de Carinthie, qui est un homme très-fin, intervient au moment suprême, et le grand-duc va céder à ses menaces, lorsque l'envoyé apprend que Bathilde est sa nièce, la fille de sa sœur, jadis séduite par son maître; l'envoyé, dans sa colère, ne s'oppose plus au mariage, qui a lieu, au grand ébahisseraent du sénéchal. Le grand-duc et Bathilde se marient, et j'espère qu'ils auront beaucoup d'enfants.

La Diplomate sans le savoir, c'est M""= Taigny, qui a joué ce rôle avec beaucoup de grâce et de finesse.

Est-ce que les femmes ont besoin d'être diplomates? N'ont-elles pas leurs moues et leurs sourires?

Cornélius Holff.

— 4 septembre. —

ODÉON

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