‹ Mystère des théatres 1852Chapitre 73 sur 87 · JEAN LE COCHER · texte numérisé non relu

JEAN LE COCHER

Diamc en sept actes, par M. Bouchardy.

A oilà déjà bien des années que M"*" Guyon joue toujours la même pièce. Du temps où rAmbigu-Comiquc

Olait sous l;i domination des ennemis jurés de la littérature, et où M. Anicet bourgeois avait seul le privilège et riionneur de créer des rôles pour MM. les sociétaires, il s'est condannié, avec une abnégation bien remarquable, à toujours refaire la même pièce. Encore si elle avait été bonne ! Les directions ont passé par-dessus la tète de M'"" Guyon, elle a continué à jouer le môme rôle dans la même pièce. Ce doit être très-commode, mais c'est bien ennuyeux pour nous. Ce sont toujours les mêmes tintements de l'amour maternel. Je ne nie pas l'amour maternel, mais, quelque beau que soit ce sentiment, ce n'est pas une raison pour nous le servir à satiété. Un monsieur qui ne saurait que faire cuire un gigot à point serait un rôtisseur, mais ne serait point un cuisinier. Est-ce que M"" Guyon ne saurait que dire : « Ma fille... mon enfant?... »

Ceci se passe en 1793, avec une mise en scène un peu plus soignée que celle de la défunte adnjinistration, qui faisait figurer dans un incendie flamboyant en 1787 les pompiers de service le 4 mars 1832. Le sieur Jean Claude, cultivateur obèse, passablement figuré par le pleurnicheur Saint-Ernest, se livre dans le prologue à l'amour le plus pur pour M"'' Guyon, — sa femme, par extraordinaire et pour cette fois seulement, — et aussi à l'amour le plus pur pour sa fille, — la fiotte... — que vous reverrez aux actes suivants sous le nom de M"' Tbuillier. Ce monsieur, qui a l'air d'un marchand de plâtre, c'est le général Roger. Pourquoi le général Roger est-il là? Parce que si le général Roger n'était pas là, il n'y aurait pas moyen de faire la pièce, et que M. Bouchardy tenait absolument à faire une pièce. Puisse Dieu lui pardonner ce désir intempestif!

Ignorants do la clioso dramatiqne on quostion, jiour lesquels jo prends la plume en ce jour solennel, sachez d'abord que Geneviève, la femme de Jean -Claude, — M'"* Guyon, puisqu'il faut l'appeler par son nom, — est une ^'chappce d'avalanche. La mère de Jean-Claude l'a trouvée dans un glaçon, un jour qu'elle allait fendre la glace pour laver sa lessive; après l'avoir soigneusement fait dégeler, elle l'a élevée, A son cou elle a trouvé un collier de perles qu'elle a vendu, net de tous frais, 2,400 francs à un juif de Chambér^' (car nous sommes en Savoie). Ces 2,400 francs ont été employés à domier de l'éducation à Geneviève. La présence du collier de perles dénote chez Geneviève une origine aristocratique que ne font point pressentir les allures démocratiques de M"^ Guyon. Jean-Claude et Geneviève se sont mariés : 1° parce qu'ils ne pouvaient cohabiter sans prêter à des soupçons qui leur paraissaient injurieux; — 2° parce qu'ils s'aimaient. J'ajoute à tous ces renseignements que les deux époux ont pour ami Laurent, sonneur de cloches de l'endroit.

On dit que Théophile Gautier, ayant voulu donner mi jour un compte-rendu complet d'un drame Bouchardy, se trouva au bout de dix-huit colonnes avant d'être au bout du prologue : je promets de m'arrèter quand j'aurai fait quinze pages de copie.

Le général Roger est, à titre de passant, l'hote du ménage, qui est dans une situation assez précaire par suite de la gTéle et de la maladie de la fiotte, — car on ne veut même pas que M"* Thuillier ait une enfance bien portante. Pour se désennuyer, le ménage se fait lire le récit de la bataille de Montenotte. Tandis que Jean Claude sort avec le général pour se hvrer aux

charmes de Tagriculture, survient un monsieur que j'attendais depuis une heure : il a Tair, au premier aspect, d'un liussard autricliien , mais ce n'est ({u'un noble vénitien passablement canaille, puisqu'il nous est représenté par Chili y. Ce monsieur vient apprendre à Geneviève qu'elle est la lille du comte de Lorédan, qui a péri avec sa femme dans les écarts d'une avalanche. Au moyen du collier, Geneviève a été décou verte par son oncle, le marquis de Lorédan, qui est mort en lui laissant toute sa fortune, — 3,000,000, — à la condition qu elle quitterait son mari. Le fait est qu'un parent genre Saint-Ernest n'a rien de flatteur pour une famille aristocratique. Comme dans Paillasse, Geneviève refuse. Le monsieur vénitien, proscrit à cause de ses fredaines, qui doit rentrer dans sa patrie s'il réussit dans la négociation, déploie en vain toutes les ressources de son éloquence. Cliilly s'en va donc, mais en oubUant sa valise, pour avoir une occasion de revenir. — Le général Roger, touché de la misère de Jean-Claude, veut lui faire don de 40 écus; mais, désintéressé comme les paysans d'imagination, Saint-Ernest ne veut accepter qu'à une condition, c'est que le général lui demandera quelque chose en échange. Le général lui révèle alors son intention d'aller reconnaître les positions de l'armée autrichienne. Saint-Ernest lui servira de guide. Mes deux gaillards partent; mais ils ont été entendus par Chilly, qui s'empresse d'aller traliir leur secret, dans l'espérance de vaincre les résistances de M'^" Guyon en faisant fusiller son mari.

Les deux voyageurs sont donc fusillés, sauf Saint- Ernest qui ne l'est fort heureusement pas tout ù fait.

Quant au çi-iirral Rogor, (".iiprcssons-nous do lui faire nos adieux, car il est l)ien ot dùuicnt mort.

Geneviève, après avoir pleuré son mari, se décide à accepter riiéritage. Saint-Ernest revient de la fusillade; il apprend la nouvelle position de sa femme, et pour qu'elle et sa fille soient riches, il ne se montre pas, et s'engage dans l'armée française, au grand désespoir de Laurent.

Une fuis maîtresse de sa fortune. M"'' Guyon se trouve menacée de procès qui lui sont suscités par Chilly. Pour les terminer, elle épouse le comte Cliilly, qui ne fait ce mariage que pour avoir de l'argent à manger. Il en mange tant, qu'il serait perdu s'il fallait rendre des comptes de tutelle; aussi il veut marier M"'' Thuillier au fils d'un autre coquin comme lui. Mais M™' Guyon veut la donner à celui qu'elle aime, au colonel Tailhade, fils du général Roger, qui a pour lui la volonté de l'Empereur. Chilly se décide alors à jeter M"'' Thuillier dans la Seine. Mais un cocher de fiacre, qui passait, la repèche; ce cocher, c'est Saint- Ernest, que ses hlessures ont forcé de quitter le service. Saint-Ernest reconnaît sa femme et sa fille, mais il garde l'incognito pour éviter à M"* Guyon une accusation de bigamie. Cependant, comme il connaît les projets coupables de Chilly, il va se battre en duel avec lui; mais M"'' Guyon .intervient, et fort heureusement que Chilly rencontre le colonel, qui le tue d'un coup de pistolet, en sorte que la vertu triomphe sur toute la ligne.

Ce dénoùment est stupide : un misérable tel que Chilly ne devait périr que de la main du bourreau. En outre, M"--' Thuillier ne meurt pas, et M"*^ Thuillier devrait toujours mourir au cinquième acte; c'est un soin

dont elle s'acquitte si bien ! De plus, nous ne savons pas comment va faire M*"" Guyon pour cohabiter avec Jean-Claude, 11 semble qu'elle va être obligée de contracter un troisième mariage. Enfin, M. Rouchardy fait monter un cocher de fiacre dans un salon iiour recevoir le prix de sa course, ce qui n'était pas plus dans les mœurs de l'Empire en 1810 qu'en 18o2. Néanmoins, c'est un mélodrame pur sang, qui sera probal)lement un long succès pour l'Ambigu, quoiqu'il y manque peut-être un peu de cette gaieté grossière qui est assez dans les goûts de M. Populus, un monsieur qui fait la loi aux directeurs de spectacle qui, malheureusement, n'ont pas pour eux la seigneurie du livret. M. Bouchardy a aussi le tort de ressenibftr un peu à Paillasse par un côté, et à .je ne sais plus quelle pièce par un autre.

IVl'"*^ Guyon a joué son rôle de mère comme elle sait jouer les rôles de mère. M"« Thuillier avait une tâche bien au-tlessous de ses forces : qui peut le plus peut le moins; elle est toujours la Mimi tant applaudie de la Vie (lé Bohême, l'actrice qui fit l'unique succès d'une direction des Variétés plus malheureuse qu'inintelligente.

Saint-Ernest et Chilly ont été déplorables de cet aplomb fantastique qui distingue les anciens sociétaires de l'endroit. Chilly surtout est parfaitement ridicule avec ce ton de voix saccadé qu'il prend pour le cachet du criminel de bonne compagnie. Machanette a été très-bien dans le rôle dû général. Tailhade a relevé par beaucoup de grâce et de tenue le personnage un peu effacé du colonel.

le n'ai fait que sept pages de copie.

Cornélius ïTolff.

VARIÉTÉS

TAGONNET, Vaudeville eu cinq actes, par MM. Clairville et Béraud.

Depuis longtemps on faisait beaucoup de bruit au tour de cette pièce, avec cette distinction et ce bon goût qui distinguent les réclames du tbéàtre des Variétés. L'intérêt n'était pas dans le nom des auteurs, mais bien dans la présence de Frederick Lemaître, qui devait jouer dans la pièce de MM. Clairville et Béraud. Tout le monde était un peu curieux de savoir comment le grand acteur se tirerait des flatuosités d'une prose essentiellement anti-littéraire. La présence seule de Frederick Lemaître sur la scène des Variétés est déjà un fait assez singulier. Ce n'est pas que Robert Macaire soit mal placé dans cette salle liautement protégée par les gros barons de l'agio; mais l'acteur populaire, dans cette bonbonnière de mauvais goût, avait l'air d'un lion dans un croque-en-bouche. Il y a de tout dans les cinq actes dont MM. Clairville et Béraud ont gratifié le public, sous prétexte de Frederick Lemaitre. Le premier acte se passe dans un atelier de menuisier; le second dans les coulisses de la Comédie-Française; le troisième, chez une actrice de la même Comédie-Française; le quatrième, chez Ramponneau; le cinquième, dans la loge de la même actrice delà même Comédie toujours Française.

Que des vaudevillistes fassent des revues ou des pochades quelconques avec plus ou moins de succès, je n'y vois pas le moindre inconvénient; mais qu'ils se

«Si

permettant de parler de ce qu'ils ne connaissent pas, j'y vois une haute inconvenance.

Est-ce que M. Clairvillc connaît le xviii« siècle? Où aurait-il appris à le connaître?

Je n'aime pas le xvm'= siècle ; mais cependant ne fautil pas reconnaître qu'il avait une supériorité sur nous, celle de ces grandes fortunes concentrées entre un petit nombre de gens d'esprit, que i)ermettait la constitution financière de l'ancien gouvernement? Et, puisque je viens de parler finance, que je dise tout de suite ce que je pense du rôle du financier Camuset dans l'essai de pièce produite par MM. Clairville et Béraud. D'abord, MM. Clairville et Béraud ont commis une faute grossière en affublant Camuset du titre de baron. C'est un ridicule qu'a pu se donner un célèbre banquier contemporain, c'est un ridicule que ne se donnaient pas les financiers du xvnr siècle, parce qu'ils n'étaient pas assez sots, ou parce qu'ils ne le pouvaient pas. Cela seul, messieurs, prouverait que vous ne connaissez pas le x^nii^ siècle! Et puis figurez-vous biea que les financiers, que vous avez la sotte prétention de tourner en ridicule, avaient beaucoup plus d'esprit que vous, messieurs Clairville et Béraud. Il fallait beaucoup d'esprit pour faire des fortunes comme les leurs, beaucoup d'intelligence pour diriger une ferme; ils savaient manger leur argent comme vous ne sauriez peut-être pas manger le vôtre, et ils avaient plus de mots en un jour qu'il n'y en a dans toutes vos pièces réunies. Turcaret n'est qu'un mythe. La Popelinière était aussi grand seiii-neur que faire se peut, et il se laissait... vous m'entendez bien... par le duc de Richelieu, tout aussi no- Idement qu'un duc et pair. En vérité, cela fait de la

peino de voir ces petits vamlovillistos jotcr nno l)oiif\ réti'ospectivo sur dos existonœs qu'ils ne comprennent pas : 1° parce qu'ils ne les connaissent pas; 2" parce qu'ils ne sont pas en état de les comprendre. La France a eu à s'enorgueillir de ses soldats et de ses littérateurs, mais elle peut s'enorgueillir aussi de ses financiers, ils ont fait tout un siècle, et à ce siècle nous sacrifions encore, nous qui avons toujours dans nos appartements des meubles de Boule et des lustres en porcelaine, nous qui nous disons toujours les fils de Voltaire ! Et puisque j'ai parlé de Voltaire, est-ce que Voltaire aussi n'était pas un financier, lui qui spéculait sur les actions de la Compagnie des Indes, et qui, non content d'avoir part à ce qu'on appelait le croupion, intervenait directement comme intéressé dans les fermes? Allez, allez, messieurs Clair\ille et Béraud, retournez à vos grisettes et à vos canotiers, tournez en ridicule vos propriétaires et vos portiers, libre à vous; mais ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas, et souvenez-vous qu'il faut beaucoup plus d'esprit pour être bon financier que pour être vaudevilliste à succès. L'argent ne se laisse pas prendre aussi facilement que le public. M"« Alice Ozy joue dans cette pièce le rôle de M"'' Luzy, actrice de la Comédie-Française. Petites courtisanes de ce siècle, il vous sied mal de revêtir les habits des grandes courtisanes du xviii^ siècle! Il n'y a eu des courtisanes que trois fois :

A Athènes, du temps de Périclès : elles furent célèbres par leur esprit ;

A Rome, sous les empereurs : elles furent célèbres par leur luxure; «

A Paris, au xytii" siècle : elles furent célèbres par leur voracité.

On a tenté, au xix* siècle, d'avoir des courtisanes à Paris; on n'a pas réussi.

On n'en put trouver de remarquables par leur esprit.

On en chercha de remarquables par leur luxure; on n'en trouva pas; elles haletaient toutes, éreintées, poitrinaires!

On en chercha de remarquables par leur voracité, et on crut avoir trouvé.

Ah! mes petites amies, vous êtes des drôlettes de courtisanes!

Vous vous croyez de grandes dames quand vous avez un cheval de 1 ,200 francs à une américaine de \M0, total 2,700. La Duthé avait quatre chevaux valant 2i,000 francs, à un carrosse de porcelaine dont les ganses étaient remplacées par des cordons de perles !

En vérité, je vous le dis, mes petites amies, vous êtes des drôlettes de courtisanes !

Vous êtes bien flères de manger 100,000 francs en une année! La jolie somme! C'est un million et plus que mangeait une courtisane du grand siècle!

En vérité, je vous le dis, mes petites amies, vous êtes des drôlettes de courtisanes !

Vous habitez des appartements; elles avaient des hôtels!

En vérité, je vous le dis, mes petites amies, vous êtes des drôlettes de courtisanes !

Vous allez diner au cabaret ; elles auraient pu, chez

elles, avec do rargcnterie marqu^o, à leur chilTrc, du linge brode à leur chiirre et de la porcelaine peinte à leur chiffre^ doimer au roi un dîner i»réparé par les officiers de leur Louche !

En vérité, je vous le dis, mes petites amies, vous êtes des drôlettes de courtisanes !

Elles avaient leur livrée; où sont les vôtres?

Elles avaient leurs poètes, leurs artistes; où sont les vôtres?

On leur envoyait 100,000 livres; on se croit généreux en vous donnant 500 francs.

Elles entretenaient dix amants de cœur; vous en entretenez à peine le quart d'un!

Vous avez des pendules en zinc de la Vieille-Montagne ; on leur faisait un modèle, et, quand le bronze était coulé, on brisait le modèle.

En vérité, je vous le dis, mes petites amies, vous êtes des drôlettes de courtisanes! Allez! allez! vous non plus, ne remuez pas les cendres du xviii^ siècle : on trouve là dedans des portraits et des souvenirs qui vous feraient tort.

Vous n'êtes pas si jolies et vous n'êtes pas du tout spirituelles, quoique vous soyez de charmantes femmes, d'un commerce fort agréable!

Frederick Lemaître est peut-être un peu vieux pour le rôle de Taconet : on conçoit difficilement l'amour que peut inspirer ce visage fané.

Clarisse a le plus joli rôle de la pièce et elle le joue d'une manière vraiment fort reiïiarquable. C'est un rôle de femme de la Halle; il y a une scène d'engueulement dans laquelle Clarisse sait admirablement mettre les poings sur ses hanches et regarder sous le nez

son partner. Ajoutons que Dantcrny lui donne la réplique avec heaucoup de talent.

Nous ne raconterons pas autrement cette jùèce essentiellement mauvaise, très-mal joucc fiar le reste de la troupe et point du tout amusante. Loin d'être un succès, nous croyons que ce sera un nouveau four superposé sur tous les fours précédents de la direction des Variétés. Pour le seul plaisir de voir Frederick, pou de personnes se condamneront à cinq actes ennuyeux coupés par des entr'actes de trente-huit minutes.

— 27 novembre. — THÉÂTRE-LYRIQUE.

LA PERLE DU BRÉSIL, Drame-lyrique en trois actes. (Reprise.)

L'activité de M. Seveste est une locomotive qui fait faire au Théâtre-Lyrique un chemin effrayant. Nous n'avons pas une mmute pour nous arrêter aux stations. Dans quelques jours on nous donnera le Trompette, opéra en deux actes de M. Sarmiento, maître de chapeUe du duc de Parme. En attendant, on vient de reprendre la Perle du Brésil , un des plus charmants ouvrages du répertoire.

Il en est de cette Perle comme de tous les hijoux prt'> cieux et aimés. On les enferme un certain jour dans

leur ccrin, on range Técrin je ne sais où, dans l'angle d'un tiroir ou d'un meuble, et l'oubli passe sur le souvenir même de la merveille artistique que l'on aimait fébrilement. Puis, encore un certain jour, l'écrin s'ouvre par hasard, le bijou vous saute aux yeux comme les éclaboussures des rayons du soleil jaillissant d'un miroir, et vous le trouvez mille fois plus joli que d'aljord, et vous ne comprenez pas que vous ayez pu le délaisser et l'oublier pendant huit mois !

Avec quel plaisir nous l'avons revue, cette Perle du Brésil! Personne ne comprenait que M. Seveste l'ait tenue cachée si longtemps ; on lui en voulait presque, et les plus gourmands de musique éprouvaient tout ensemble le même dépit et la même joie que l'écolier auquel le maître d'études restitue sa bille d'agate, son télescope, sa boîte de fines couleurs, exhumés du néant de la confiscation aux vacances de Pâques.

La musique de Félicien David est de celles dont on ne peut jamais se lasser. Quand on se refuse à l'entendre après l'avoir beaucoup entendue, c'est uniquement pour se reposer, et avec lïntention d'y revenir.

Gentil Bernard assure qu'un peu d'absence surexcite l'amour; il a raison! Qu'une jolie maîtresse est' bien I)lus jolie au retour d'un voyage en province! il semble qu'on la possède et qu'on la voie pour la première fois ! Que ses ongles sont roses au bout de ses doigts d'ivoire ! Que ses cils ont grandi ! que ses sourcils sont bien plus noirs et arrondissent bien mieux leur croissant! On ne lui avait jamais vu ce petit pied si mignon, si affriandant, qu'on voudi-ait le tremper dans le Champagne et le manger comme un biscuit ! On lui découvre un tas de petites fossettes au cou, sous la chevelure, à l'épaule.

au coude, au menton, qu'on ne lui connaissait pas ! On la fait marcher, on la place sur un tabouret, on la regarde, devant, derrière, de près, de loin. —C'est pourtant la même; mais la même deux fois : la remème!

Faites excuse, lecteur, pour ce paragraphe barbouillé de théorie d'amour, et n'oubliez pas que la maîtresse revenue après huit mois d'absence est la Perle du Brésil, drame-lyrique en trois actes.

Avec cette réserve, je maintiens la comparaison. Le chant du Mysoli, le chœur des marms, la ballade de Zora, les duos, les trios, l'ouverture, ce sont les ongles roses, les noirs sourcils, le col blanc et pur, le pied arabe. Je me rappelais bien tout cela ; mais j'ai découvert encore un fouillis de mille belles petites choses, des notes, des phrases, des effets d'mstruments qui mX' talent parfaitement inconnus : les fossettes, enfui, dont on mesure le cône du bout des lèvres...

Vous comprenez que sous l'empire des dispositions que j'ai eu l'homieur de vous révéler en la vile prose ci-dessus, M"'= Petit-Brière, M°"^ Guichard, MM. Carré, Bouché, Biéval, m'ont paru superbes ! le signor Junca même sous son écorce de sauvage.

Ah ! il y a un nouveau ballet inventé par M. Lerouge. Il est iort joU, — pas M. Lerouge, — le ballet.

Simon.

■in

VARIÉTÉS

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